LIVRE VI. — LES SPECTACLES
g 2. — Jeux de la gladiature.
Commencements et amplification successive de ces jeux. — Effectif numérique des gladiateurs. — Mise en scène. — Moyens extraordinaires employés pour augmenter l'intérêt du spectacle. — Les gladiateurs. — Emploi d'esclaves comme gladiateurs. — Affranchis. — Presse des gladiateurs. — Engagements volontaires. — Avantages de la profession de gladiateur. — Trafic de gladiateurs. — Écoles impériales de gladiature à Rome et mode d'administration. — Gladiateurs impériaux en Italie et dans les provinces. —
— Nombre des gladiateurs impériaux à Rome. — Organisation des écoles.
— Rigueur de la discipline. — Régime alimentaire. — Organisation du corps des gladiateurs. — Attachement à leur profession et fidélité à leurs maîtres. — Suicides et mutineries dans les écoles de gladiateurs. — Annonce des jeux de gladiateurs. — Le repas gratuit. — Défilé de parade dans l'arène. — Principaux genres de combats. — Les gladiateurs vaincus sont mis à mort ou congédiés. — Attitude des spectateurs prenant parti pour ou contre. — Combats en troupe.
Les combats de gladiateurs , originaires de l'Étrurie ^ et de la Carnpanie, où il paraît môme qu'ils formaient, dans les grands festins, un des divertissements dont on régalait les convives^, étaient primitivement inconnus dans le Latium. Outre certains passages de Valère Maxime, de Nicolas Damascène et de TertuUien , qui se fonde sur l'autorité de Suétone, une peinture représentant des jeux de gladiateurs, dans un tombeau à Tarqninies% atteste qu'ils
^ Henzen, Explicatio musivi Borghesiani, dans les Dissertazioni délia pontif. Acad. Rom. di archeol., Xil, p. 74 (1852).
2 Strabon, V, 4, p. 250, C.
3 Canina, Etruria maritima, tav. 85; Micali, Storia delV Ilalia, etc., p. 53.
î)8 MŒURS ROMAINES.
étaient en usage chez les Étrusques. Enfin, le mot lanista, qui, dans la langue de ce peuple, signifiait bourreau \ et le personnage également étrusque de Charon, qui figurait avec Mercure, le conducteur des âmes, aussi parmi les masques de ramphilhéâtre^, militent en faveur de la même thèse.
A Rome, ces jeux n'apparaissent pour la première fois que près de cinq siècles après la fondation de cette ville. Jusqu'à la dernière période de la république, on n'y recourut que pour la célébration d'obsèques, sans jamais les faire servir, comme les courses et les représentations scéniques, dans les fêtes données par l'État. Rares d'abord, ces combats devinrent de plus en plus fréquents dans la suite. A mesure qu'ils se nmltiplièrent, on renchérit sur la magnificence des apprêts de ce genre de spectacles, et on y prodigua la vie des hommes. C'est en l'an 490 de Rome (264 avant notre ère), lors des obsèques de Brutus Pérus, que ses fils, Marc et Dèce, firent les premiers combattre trois paires de gladiateurs sur le marché aux boeufs^. Ces jeux grandirent tellement, en moins d'un demi-siècle, que l'on vit aux prises vingt-deux paires de combattants au Forum, lors des funérailles de Marc- Émile Lépide, dès l'an de Rome 538 (216 avant notre ère); vingt-cinq à celles de Marcus Valérius Lévinus (an de Rome 554, ou 200 avant notre ère), et soixante aux obsèques de P. Licinius (an de Rome 571, ou 183 avant notre ère). Dans l'année de Rome 580 (174 avant J.-C), il y eut plusieurs petits jeux de gladiateurs, écUpsés par celui que
1 Isidore de Séville, Orig., X, p. 247.
- Dion Cassius, LXXII, 19. — TerluUien, ApoL, chap. xv.
3 Valère Maxime, II, 4, 7. — Tile-Live, Epit., 16.