LIVRE VI. — LES SPECTACLES
la note d'infamie que la loi avait attachée à cette profession s'effaça jusqu'à un certain point; et, avec la participation active de personnes des classes supérieures aux combats de l'arène, condescendance qui affaiblit le sentiment de ce qu'il y avait de vil, au fond, dans le métier de gladiateur, les barrières qui séparaient du reste de la société des hommes autrefois méprisés et repoussés par elle, tombèrent de plus en plus.
Avec la masse de gladiateurs qu'il fallait chaque année pour les spectacles, en Italie et dans les provinces, le trafic d'esclaves aptes à cette profession ne pouvait manquer d'être une spéculation très-lucrative.
Et fellator es et lanista. Miror Quare non habeas, Vacerra, nummos,
dit Martiale Mais, quelque peu déshonorant qu'il fût de louer ou de vendre des gladiateurs , pour les hommes des hautes classes, qui en possédaient des bandes nombreuses, l'exercice professionnel de cette espèce de traite n'en était pas moins réputé infâme^. Ces trafiquants, maîtres d'escrime pour la plupart, étaient les uns sédentaires , les autres ambulants^.
Non-seulement ils achetaient et vendaient des gladiateurs, mais se chargeaient aussi de former et de lancer ceux d'autrui , comme il va sans dire moyennant une indemnité, pour l'entretien et l'instruction des hommes qui
* XI, 66, 3. — Le nom d'un certain Marcus Tullius Olympus. negotiator familiœ gladiatorisp, figure sur une inscription arlésieune. — Voyez Gruter, 333, 3, et Millin, Voyages dans le midi, 111, 610.
2 Tables héracléennes , chap. viii, ligne 49 : Quive lanistaturam fecerit.
3 Suétone, Vitellius, chap. xii : Lanistae circumforaneo.
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leur étaient confiés, ou une part dans le bénéfice des i"epréscntations ^ Ils faisaient métier de louer eux-mêmes leurs gens à des entrepreneurs de jeux, ou bien ils donnaient des spéciales pour leur propre compte, en faisant payer une entrée, ce qui passait toutefois également pour un profit sordide-. Les bandes de cette sorte doivent avoir été nombreuses à Rome, déjà sous le règne d'Auguste : cela résulte du fait que, lors de la disette des années 6 à 8 de notre ère, qui motiva l'expulsion des étrangers et des trafiquants de familles d'esclaves, on trouve ces bandes expressément nommées sur la liste des bannis ^
Il ne paraît pas qu'il y eût des écoles de gladiature à Home, antérieurement à l'empire, puisque les conjurés, dans le complot contre Jules César, avaient dû réunir leurs gladiateurs, sous le prétexte d'exercices, au théâtre de Pompée^ Mais probablement déjà Caligula en eut une, à Kome^. Ce fut toutefois Domitien qui fonda et fit construire les quatre écoles impériales , connues sous les noms de la Grande École, de l'école Gauloise, de celle des Daces et de celle des Bestiaires, où l'on formait aux combats contre les ani-
1 Tel paraît du moins être le sens d'inscriptions comme celle de la « Familia gladiat. (C.) Salvi Capitonis » (/. R. iV., 736), où sont énumérés des gladiateurs appartenant à différents maîtres.
- Tacite, Annales , IV, 62 : Ut qui... in sordidam mercedem id negotium ([uœsivisset.
•' Suétone, Auguste, chap. xlii : Lanislarum familiœ. — Dion Cassius, LV, 26.
' Dion Cassius, XLIV, 16. — Horace, Art poétique, 32 ?
'" Pline, Hisi. nat., XI, 144 : Viginli gladiatorum paria in Caii principis ludo fuere ; in his duo omnino qui contra comminationem aliquam non conniverent. — Ibid., 24û : Studioso ïhreci in Caii Cœsaris ludo notum est dexteiam fuisse proceriorem. — Voir aussi Josèphe, il. /., XIX, 4, 3