LIVRE VI. — LES SPECTACLES. 1 4o
reste, pas tout à fait sans utilité pour l'histoire naturelle et Tanatomie, même à cette époque, ainsi que l'atteste Galien. Elle servait naturellement aussi Tart, en offrant aux artistes de grandes facilités pour les études d'après nature ^ .
Comme il y eut, sous l'empire, des véneries tant à Rome que dans toutes les autres grandes cités et même dans beaucoup de petites villes, il faut supposer que l'on s'occupait continuellement, pour la fourniture des animaux nécessaires, d'organiser des chasses sur la plus grande échelle, non-seulement dans les provinces, mais même au delà des frontières de l'empire, pour le compte des empereurs comme pour celui des particuliers. Dans cette dernière catégorie figuraient, avec les donateurs de fêtes, aussi des trafiquants d'animaux ^. L'empereur Macrin avait été, dit- on, lui-même chasseur de profession en Afrique^. Ces chasses, continuant pendant des siècles, eurent pour effet, dans beaucoup de contrées, de refouler les' bêtes féroces de plus en plus au fond des steppes et des déserts; et de faire gagner ainsi du terrain à l'agriculture et à la civilisation. Elles servirent à transformer, dans l'Afrique septentrionale, les repaires des lions et des panthères en pâturages pour le bétaiF', tout comme elles avaient déjà permis, du temps d'Auguste, aux tribus, nomades jusque-là, des terres si fertiles qui s'étendent de Carthage aux Colonnes d'Hercule, de tourner leur activité vers le labour ^^. Ces populations,
1 Voir Pline, Hist. nat., XXXVI, 10.
2 Symmaque, Lettres, V, 62 (ursorum negotiatores).
3 Voir sa biographie, chap. iv.
* AnthoL, éd. Jacobs , IV, 202.
^ Strabon, II, 5, 34, p. 131 C.
devenues agricoles, y exterminèrent peu à peu tous les élépliants et délivrèrent, de même, les champs ensemencés de l'Egypte des ravages causés par les hippopotames, qui venaient encore fréqueuiment y paître la nuit, au sud de la préfecture de Sais, du vivant de Pline \ mais se trouvaient déjà généralement refoulés en Nubie au quatrième siècle ^. Cependant, si le butin de ces chasses diminuait en Afrique, les ressources des contrées asiatiques, en animaux sauvages, demeuraient inépuisables. Encore au temps d'Ammien % d'innombrables lions rôdaient entre les massifs de roseaux et les jongles de la Mésopotamie, et l'Hyrcanie regorgeait de tigres et d'autres bêtes féroces \ Les rois et les satrapes de la Perse avaient de grands parcs d'animaux ^ Gratien aimait à chasser dans ces parcs <^. Dioctétien^ et Théodose ^ reçurent des présents d'animaux des rois de Perse. A la frontière de l'empire romain, on percevait un droit d'entrée sur les animaux destinés pour les spectacles, notamment sur les lions, les panthères et les léopards'. Symmaque ^^ parle aussi d'un droit de port de 2 1/2
i Hist,nat.,\\ym, 121.
■^ Ammien Marcellin, XXII, 15, 24. — Themistius, Orat. X, p. 140 a. 3 XVIII, 7, 4.