LIVRE VI. — LElS SPECTACLKS
p. 100 sur les ours, mais dont les donateurs de fêtes de rang sénatorial étaient alors exempts. Le droit de chasse était en général illimité, sur le territoire de l'empire romain; l'animal y appartenait au chasseur, qu'il l'eût pris sur son propre fonds ou sur les terres d'autrui ' .
Cependant la possession d'éléphants était le privilège exclusif des empereurs. Le premier particulier qui put, après la chute de la république, se vanter de posséder une pièce de ce « bétail impérial^ », fut Aurélien. Il l'avait, n'étant pas encore empereur, reçue en cadeau du roi des Perses , et l'on vit dans ce présent un pronostic de sa grandeur future ^. Aussi, la chasse aux éléphants ne pouvait-elle avoir lieu que par ordre ou avec la permission de l'empereur'*. Les empereurs se réservèrent de même, exclusivement, du moins dans les temps postérieurs, la chasse aux lions. <c Nulle personne qui tue un lion , » lisons-nous dans un édit des empereurs Honorius et Tliéodose, de l'an 414, « ne saurait avoir à craindre d'être actionnée pour ce fait, attendu que le bien de nos sujets doit nécessairement passer avant notre plaisir personnel, et que celui-ci n'en souffre pas du reste, puisque nous avons seulement permis de tuer ces animaux, mais non de les chasser et de les vendre ^. »
1 InsUtutes, II, 1, § 12 i Feree igitur, bestiee, volucres et pisces, id est omnia animalia, quœ terra, mari, cœlo nascuntur, simulatque ab aliquo capta fuerint, jure gentium stalim ilUiis esse incipiunt; quod enirn nuUius est, id naturali ratione occupanti conceditur. Nec interest feras, bestias et volucres utrum in suo fundo quisque capiat au in alieno, etc.
2 Csesaris armentum nulli servire parât u m Privato Juvénvl, XII, 106.
^ Vie {TAurélierij chap. v.
i Élien, Nat. anim., 10, 1.
^ Code Théodosien, 1. XV, titre xi, i, 1.
Les livres sibyllins ayant prescrit dans une occasion, sous le règne d'Aurélien, des sacrifices qui devaient être célébrés avec une solennité toute particulière , l'empereur écri- •vit au sénat : a Quœlibet animalia regia non abnuo, sed libens offero ^ » On peut juger de la richesse des ménageries et des parcs impériaux, à Rome, en animaux rares et de prix, par l'inventaire de leur effectif, à l'époque du règne de Gordien III. Il y avait 32 éléphants, 10 élans, 10 tigres, 60 lions et 30 léopards apprivoisés, 10 hyènes, 1 rhinocéros, 1 hippopotame, 10 maîtres lions, 10 girafes, 20 onagres ou ânes sauvages, 40 chevaux sauvages et d'innombrables animaux des autres espèces ^ que l'empereur Phihppe employa tous, aux jeux millénaires de Tan 248 ^. Il y avait déjà un parc d'animaux près de la maison d'or de Néron ^. Procope ^ mentionne une ménagerie près de la porte de Préneste, et l'on a cru reconnaître les traces d'une autre dans les souterrains de l'église de Saint- Jean et Saint -Paul. L'entretien des ménageries dévorait tous les ans des sommes importantes, et demandait un personnel d'administration considérable ^. Dans un mo-
1 Vie d'Aurélien, chap. xx. J'ignore s'il faut entendre par ces mots, non- seulement des éléphants et des lions, mais d'autres animaux encore. Symmaque, priant (Lettres, VII, 122) « ut aliarum ferarum Libycarum mihi emptio sacra auctoritate prœsletur ^>, n'entendait peut-être parler que de lions.
'^ Vie de Gordien Ilf, chap. xxxiii.
3 Suétone, Néron, chap. xxxi.
4 Bell. Goth., I, 22 (Vivarium portée Prenestinee).
5 Henzen, 6342 : Gami Aug. 1. proc. aloricata. Borghesi croit que le mot « loricata » désignait un parc entouré de haies, tel que le décrit Ammien (XXIII, 5), dans le passage suivant : Loricse ambitu circumclusum.... continens feras. — Orelli (2951) fait connaître un « Ti. Claudius Spectator procuralor Laurento ad helephanlos »; Muratori (619, 2), un « custos vivarii ».