LIVRE VI. — LES SPECTACLES. M
souvent impérieux et rude au spectacle; on ne pouvait se hasarder à y prendre parti contre ses gladiateurs ^ Trajan rétablit la liberté antérieure et se montra bon pour le peuple, à tous égards^. Adrien mettait plus de rigueur dans ses façons et, le peuple s'étant avisé un jour de lui adresser une réclamation avec impétuosité, il lui fit, comme Domitien, imposer silence par le héraut, sans daigner y répondre ^ L'affranchissement d'un cocher, qui n'était pas de ses gens, lui ayant été demandé dans une autre circonstance, il refusa net, par écrit''.
Les vœux émis par le peuple et agréés par les empereurs avaient trait, tout d'abord et principalement, aux spectacles mêmes. Ce que demandaient les spectateurs, c'était tantôt la représentation de telle pièce ou telle espèce de combat ^% l'entrée en champ clos de gladiateurs célèbres^, ou le congé d'un champion qui avait combattu vaillamment^, tantôt l'affranchissement d'un acteur ou d'un conducteur de char, gens en majeure partie de condition servile, tantôt la grâce d'un criminel condamné à combattre avec les bêtes féroces^. On sollicitait ainsi des empereurs, et
' Suétone, Domitien, chap. x et xiii.
^ Pline le Jeune, Panégyrique^ chap. xxxiii.
•^ Dion Cassius, LXIX, 6.
^ md., 16.
^ Tacite {Hist. I, 32) dit : Dissono clamore cœdem Olhonis poscenlium, ut si in circo ac theatro ludicrum aiiquod postularent.
'^ Comme par exemple dans Suétone, Caligula, chap. xxx, où on lit : Cumque Tetrinius latro postularetur, et qui postularent^ ïctrinios esse ait.
7 Missio saepe viris magno clamore petila est. (Martial, Livre des spectacles ^ 29, 3.)
8 Fronton, ad Marcum Cxsarem, II, 4, 4 : Eos qui bestias strenue interfecerint, populo postulante ornatis aut manumittitis ; nocentes <îtiam homines aut scelere damnalos, sed populo postulante concedilis.
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naturellement aussi des ordonnateurs [editores] de la fête, le don de la liberté, môme pour des sujets appartenant à d'autres maîtres, et mainte fois le peuple réussit à leur arracher le consentement à ses désirs, comme on le voit par Suétone ^ On présentait en outre au souverain, dans ces occasions, des requêtes de la nature la plus diverse, les réponses négatives étant rares et l'exception dans ces cas^. Aux jeux triomphaux donaés en l'an 9 après Jésus-Christ, les chevaliers sollicitèrent pourtant en vain d'Auguste l'abolition d'une loi sévère, qui venait d'être rendue sur le mariage^. Lors d'une grande disette de l'an 32, les réclamations du peuple se manifestèrent au théâtre, plusieurs jours de suite, avec une véhémence insolite vis-à-vis de l'empereur 4. Tibère ayant fait transporter dans son palais une statue de Lysippe, l'athlète avec le fer à racler, qu'Agrippa avait fait poser devant ses thermes, le peuple en demanda, au théâtre aussi, la restitution, avec force tapage, et Tibère rendit la statue, bien qu'elle lui plût singulièrement ^ Caligula, pareillement prié par le peuple, au cirque, peu de temps avant l'assassinat qui mit fin à ses jours, d'alléger les charges de l'impôt , était au contraire entré dans une telle fureur qu'il fit saisir et mettre à mort les auteurs principaux des vociférations qui l'indignaient^. Palfurius
^ Tibère, chap. xlvii. — Voir'aussi Paul, Digeste, XL, 9, 17 : Si privalus coaclus a populo manumiseiit, quamvis voluntatem accommodaverlt, tamen non erit liber; nain et Divus Marcus prohibuit ex acclamatione populi manumiUere.
2 Josèphe, Ant. Jud., XIX, 1, 4.
3 Dion Cassius, LVI, 1.
* Tacite, Annales, VI, 13.
'-> Pline, Hist. nat., XXXIV, 62.
6 Josèphe, A. /., XIX, I, 4.