LIVRE VI. — LES SPECTACLES
s'était jeté au milieu des combattants pour les séparer, eut été mis en pièces par une populace furieuse de celle interruplion du spectacle ^ En Orient, ces combats avaient cessé dès la fin (^i quatrième siècle. Saint Jean Chrysostome, qui condamne plusieurs fois, dans ses sermons, la fréquentation du cirque et du théâtre comme un péché funeste, ne fait jamais mention des spectacles de l'amphithéâtre, contre lesquels il aurait eu certainement raison de tonner bien plus fortement encore. Mais il ne manque pas, non plus que d'autres prédicateurs chrétiens, de s'élever avec véhémence contre les tueries d'animaux, dans lesquelles il voit une école d'insensibilité et de cruauté^. Or, les égorgements de l'espèce se sont maintenus, en Orient comme en Occident, pour le moins jusqu'au sixième siècle. En 469, les empereurs Léon et Anlhémius ne défendirent les grandes chasses (venationes) , « ces spectacles qui faisaient verser tant de larmes, » que le dimanche ^
En 536 encore, Justinien prescrivit expressément aux consuls, entrant en. charge, de donner, entre autres spectacles, aussi des combals d'animaux''. Deux années auparavant, il avait dû exprimer, dans une lettre à l'archevêque de Constantinople, son déplaisir du fait que certains ecclésiastiques ne s'abstenaient pas môme de la fréquentation de ce spectacle'^. A la même époque, Cassiodore admirait à Rome la prestesse et l'agilité avec lesquelles les bestiaires savaient se dérober aux attaques des betes féro-
^ Théodoret, Hist. ecclésiastique , V, 26.
2 Muller, l. c, p. 87. — Wallon, p. 427.
3 Code de Justinien, Ilf, 10, 11 (10, 9). * Just. Nov., CV, chap. i.
^ Code de Justinien^l, 4, 34. — Voir aussi Anthol. Pal., IX, 581 (éd. Jacobs, II, 207j.
ces, ainsi que l'habilelé déployée dans les dispositions multiples que l'on prenait pour les garantir, et que nous voyons encore en partie figurées sur les tablettes, en ivoire sculplé, des invitations que les consuls^envoyaient, pour convier à leurs spectacles. Ainsi l'on s'appliquait du moins alors, à Rome, à rendre la vénerie moins sanglante, sinon à y interdire l'effusion du sang^
g 6. — Ruines des principaux amphithéâtres.
Vicissitudes des amphithéâtres au moyen âge et dans les temps modernes, — Les amphithéâtres de Nîmes et d'Arles, celui de Vérone et le Colisée.
Il existe encore des ruines d'amphithéâtres dans presque toutes les parties de l'empire romain. C'est, comme nous l'avons déjà dit au commencement de ce chapitre, en Italie et dans la Gaule méridionale qu'elles frappent le plus, par leur nombre et la grandeur des proportions; on en voit le moins en Grèce et dans les autres provinces d'Orient.
L'état de conservation de ces édifices diffère beaucoup, selon la nature des vicissitudes qu'ils ont eu à traverser. Quelques amphithéâtres menaçaient déjà ruine dans l'antiquité, à l'époque de la suppression des jeux de gladiateurs, ce qui fit songer à en utiliser la pierre dans la construction de nouveaux bâtiments, comme cela eut lieu
1 Casslodore, Var. LeUreSj V, 42.