‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 4)Chapitre 93 sur 265 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

tre de Nîmes ^ A cet effet, ils l'entourèrent d'un large fossé, le flanquèrent de deux tours carrées, qui n'ont été démolies qu'en 1809, et établirent des logements pour une garnison dans l'intérieur, ce qui valut à tout ce corps de bâtiments le nom de château des Arènes {Castrum arenarum) .

De 720 à 737, il servit également de forteresse aux Sarrasins, que Charles Martel en expulsa cependant, malgré leur vigoureuse résistance. Sa tentative de le détruire par le feu avait échoué. L'amphithéâtre forteresse demeura, jusqu'à la fin du quatorizième siècle, en possession d'une espèce d'ordre militaire, dont les membres prirent euxmêmes le titre de chevaliers du château des Arènes (milites castri arenarum). Plus tard, il fut abandonné aux classes les plus infimes de la population, qui en couvrirent l'intérieur de misérables huttes; il forma ainsi, durant plusieurs siècles, un quartier à part, celui des Arènes, dont la population, qui compta jusqu'à 2,000 âmes, se distinguait par un accent particulier.

En 1533, François I", ayant visité Nîmes, fut frappé d'admiration à la vue de ces débris de l'antiquité romaine. On le vit s'accroupir et se mettre à genoux sur les pierres, pour déchiffrer les inscriptions qu'elles portaient, et les frotter avec son mouchoir, pour enlever la poussière dont elles étaient couvertes. La ville lui fit cadeau d'un modèle en argent de l'amphithéâtre; mais on n'exécuta pas l'ordre, qu'il avait donné, de démolir les maisons construites dans l'enceinte des Arènes.

Le déblaiement de celles-ci n'eut lieu qu'en 1809. Au-

1 Clérisseau, Antiquités de la France, p. 88, etc. — Millin, Voyage dans le midi de ta France, IV, p. 220, etc. — Pelet, Description de l'amphithéâtre de Nùnes, p. 137, etc. (1853.)

jourd'hui, il s'y tient des carrousels, des luttes d'athlètes et des combats de taureaux, spectacles tous fort goûtés des Nîmois. Ce bâtiment peut contenir encore jusqu'à 15,000 personnes ^

L'amphithéâtre de la ville voisine, d'Arles, a eu des destinées semblables. Déjà Henri IV avait voulu le faire déblayer et lui rendre l'ornement d'un obélisque, enfoncé dans la vase du Rhône. On croit qu'il pouvait contenir jusqu'à 25,000 spectateurs 2.

L'amphithéâtre de Vérone subit sa première dégradation dès l'antiquité. Il se trouve des pierres distraites de cet édifice dans le mur que l'on construisit à la hâte, sous Gallien, pour protéger la ville contre une invasion imminente des barbares. Une description de la cité véronaise, du temps de Pépin, appelle l'amphithéâtre de cette ville un labyrinthe de galeries, duquel il n'est possible de trouver une issue qu'avec le secours d'une lampe ou d'un fil conducteur; pour l'évéque Ralher, c'est « un cirque qualifié d'arène. » Au dixième siècle, et plus tard, on en parle souvent comme d'une forteresse. Il servit ensuite de champ clos pour les combats judiciaires, et probablement aussi pour d'autres duels. D'après un témoignage de 1263, quelques membres de la famille des Visconti avaient encore, à cette époque, le droit de percevoir pour chaque combat singulier qui devait y avoir lieu unç somme de vingt-cinq lire, moyennant laquelle ils s'engageaient à faire garder la place par des hommes armés et à en écarter la foule. Souvent aussi, on décapita dans l'arène des condamnés gens d'ini-

1 Revue archéologique, VII, p. 194.

2 Estrangin, Études sur Arles. — On renvoie pour plus de détails sur ces deux ruines et tous les amphithéâtres, en général et en particulier, à l'annexe n» 3.

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