‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 127 sur 217 · LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

qu'il existait pareillement des statues de ce prince dans les autres grandes villes de l'empire, dès avant qu'il en fût devenu le chef1. Après la mort d'Élius Vérus, qui avait été destiné au trône, Adrien lui fit ériger des temples, dans quelques villes, et des statues colossales, dans tout l'empire2. L'image du bel Antinous a, comme on sait, occupé la peinture et la sculpture dans les provinces les plus diverses, sinon dans toutes.

Les plus hauts fonctionnaires, ceux qui tenaienten mains les rênes du gouvernement, furent aussi honorés de monuments dans tout l'empire, à l'instar des empereurs euxmêmes, surtout, comme il va sans dire, quand ils étaient les favoris déclarés du maître. A l'époque où Séjan était à l'apogée de son pouvoir, le sénat et l'ordre équestre, les tribus et les plus grands personnages de Rome, lui firent élever à l'envi tant de statues que personne, suivant l'expression de Dion Cassius3, n'aurait pu en dire le nombre, notamment depuis que Tibère lui avait fait ériger, sur une résolution du sénat, une statue en pied de bronze, au théâtre de Pompée4. On plaçait généralement l'une à côté de l'autre les images et les statues de l'empereur et de son alter ego*, même dans les camps (mais peut-être là les premières seulement figuraient-elles sur les insignes militaires), ceux de l'armée de Syrie seule exceptés6; et Tibère permit que les images de son favori fussent honorées sur les places de rassemblement des légions comme

1 Suétone, Tibère, ch. xm.

2 Histoire Auguste, Élius Vérus, ch. vu.

3lviii,2. ;

4 LVII, 21. — Tacite, Annales, III, 72; IV, 7.

5 Dion Gassius, LVIII, 4; Tacite, Annales, IV, 74. 1 Suétone, Tibère, ch. xlviii.

dans les places publiques et les théâtres des villes1 . La chute soudaine de Séjan, en l'an 31 de notre ère, fut le signal de la destruction des monuments qu'une basse servilité lui avait élevés, au temps de son omnipotence. Ses statues, d'après Juvénal2, furent arrachées de leurs piédestaux, au moyen de cordes, et traînées dans la boue. Des coups de hache fracassèrent les roues des chars à deux chevaux et les jambes des innocentes bêtes de leur attelage de bronze ; bientôt on vit fondre, dans le brasier pétillant des hautsfourneaux, attisé par des soufflets , cette tête naguère adorée du peuple, et se liquéfier, au milieu des crépitations, toute la figure colossale de Séjan ; puis, de ce qui, naguère, représentait les traits du second personnage de l'empire, on se mit partout à confectionner des pots, des casseroles, des bassins et des vases de nuit. On rapporte des choses semblables du favori de Séptime Sévère, Plautien, qui tomba tout aussi soudainement d'une hauteur également vertigineuse. Dion3 raconte qu'on lui avait érigé des images et des statues non-seulement en bien plus grand nombre qu'aux empereurs, mais aussi de plus grandes dimensions, et cela non-seulement dans les villes autres que Rome, mais dans cette capitale même, nonseulement aux frais de particuliers, mais par l'ordre du sénat. C'est là précisément ce qui rendit Sévère ombrageux. La chute de Plautien fut de même suivie du renversement de ses statues, dans toute l'étendue de l'empire. Si le nombre de ceux auxquels on érigeait des statues, dans tout l'empire, était nécessairement très-limité, une multitude incroyable de personnes arrivaient à jouir de

* Tacite, Annales, IV, 2.

3 LXXVII, 14 et 16. — Histoire Auguste, Sévère, ch. xiv.

Page 1