LIVRE IX. — LES BEAUX- ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
La ferveur, dans l'adoration des dieux, et le désir de se procurer leurs bonnes grâces par des œuvres pieuses de toute espèce, se manifestaient, de préférence, par des donations et des fondations pour les objets du culte, mais surtout par le don d'images de ces divinités, destinées non pour les temples seulement; car elles étaient regardées aussi comme les objets les plus dignes de former Fornementdes places et des édifices publics. La mention du fait, accidentellement rapporté par Pline l'Ancien1, que la capitale des Arvernes (Clermont) fit exécuter une statue colossale de Mercure, pièce à l'établissement de laquelle on travailla dix ans, et pour laquelle l'artiste reçut 400,000 sesterces (108,750 fr.) d'honoraires, donne une très-haute idée des sommes que l'on dépensait, même dans les provinces, pour les images des dieux. Or, si l'exécution de celles-ci, dans toutes les dimensions, avec l'emploi de matériaux de toute espèce, ainsi qu'à tous les degrés de la valeur artistique auxquels on pouvait atteindre, occupait des milliers d'ateliers dans l'empire romain, on est, naturellement, porté à admettre aussi qu'il devait y avoir de nombreuses spécialités, dans cette fabrication. Le hasard nous en a fait connaître une, celle des fabricants de génies, dont les boutiques et les ateliers se trouvaient, paraît-il, réunis en grand nombre à Rome, derrière le temple de Castor. Il y a lieu de croire aussi qu'il existait, dans le voisinage de chaque temple considérable, une colonie d'artistes et d'industriels pratiquant les beaux-arts. Elle procurait aux dévots, affluant de toutes parts, les moyens de témoigner leur vénération à la divinité, par des offrandes et des fondations pieuses d'images des dieux, d'ex-voto et de tables
1 Hist. nat., XXXIV, 46.
votives, ainsi que de se pourvoir des souvenirs, de toute espèce, qu'ils avaient l'habitude de rapporter chez eux du sanctuaire visité. Ces artistes se trouvaient ainsi également sous la main, pour exécuter les réparations et les travaux de décoration, dont les temples avaient continuellement besoin1. Tout le monde connaissait l'orfèvre Démétrius, qui façonnait, à Éphèse, des modèles en argent, copiés du temple de la grande Diane, ce qui faisait gagner beaucoup à nombre d'ouvriers2. Il n'est pas besoin de dire qu'il devait y en avoir d'autres , fournissant, à tous les prix, des copies de l'image célèbre de la déesse. Il en était probablement de même pour tous les grands temples, où affluaient les visiteurs, bien que l'on n'ait des données. positives, à cet égard, que pour ceux d'Aphrodite, dans l'île de Chypre, dont les idoles d'argile passaient pour opérer des miracles, dans les périls de mer. Ainsi l'on sait, par un rapport qui remonte au commencement du septième siècle avant notre ère, que, dès lors, un navire de Naucratis fut, miraculeusement, sauvé d'une effroyable tempête par une statuette, d'un travail antique et de la longueur d'une palme, qu'avait achetée, à Paphos et portait avec lui un marchand qui se trouvait parmi les voyageurs du bord 3.
1 Les fabri subaediani à Narbonne (dans Henzen, 7215), les fabri subidiani (sic) à Cordoue (dans le C. I. L.,'11, 2211), les amici subaediani d'une inscription d'Antium (dans Lanciani, Bull. d. /., 1870, p. 15), le corpus subaedanum, à Rome (dans Muratori, 1185, 8), et le marmorarius subaedanus, à Rome (dans Henzeu, 7245), étaient peut-être de ces artisans ou collèges, attachés à demeure aux temples, dans la construction, l'entretien et la décoration desquels ils trouvaient de l'emploi. Mommsen (Bull. d. Inst., 1853, p. 30) croit pouvoir admettre que l'on désignait ainsi les intestinarït, ouvriers travaillant en maison (sub scdibus), pour les distinguer des tignarii, travaillant en plein air (sub divo).
2 Acta apost., 19, 23.
3 Athénée, XV, 18, 676, Hesych.