‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 145 sur 217 · LIVRE IX. — LES BEAUX- ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX- ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

vue de leurs constructions et entreprises artistiques à l'étranger. Arrien trouva, près de Trébizonde, à l'endroit où Xénophon et l'empereur Adrien avaient aperçu la mer Noire, une statue de ce dernier, érigée en commémoration de sa visite ; elle avait la main tendue vers la mer; mais, comme elle n'était ni ressemblante ni bien faite, Arrien pria l'empereur d'en envoyer une autre, ayant la même attitude, mais qui fût plus digne de lui. Pour un beau temple de Mercure de la même localité, en pierres de taille, mais dans lequel il n'y avait qu'une mauvaise statue de ce dieu, Arrien pria de même d'en envoyer une nouvelle,, de cinq pieds de haut, et d'y ajouter une autre, de quatre pieds de haut, de Philésius, héros descendant de Mercure, que Ton y révérait aussi1. L'exécution de statues sur la plus grande échelle était surtout facilitée, à Rome, par la circonstance que les produits des mines d'or, et d'argent, appartenant au domaine impérial, comme la plupart des mines de cuivre et des carrières de marbre, pouvaient y arriver par la voie de la mer et du Tibre, sur le port duquel, au pied de l'Aventin, le gigantesque entrepôt de marbres de la Rome impériale n'a été découvert que depuis peu. Probablement il y avait, à Rome, une petite armée, bien fournie et parfaitement organisée pour la coopération, d'artistes et d'industriels voués à l'art, comme celle dont Adrien se faisait accompagner dans ses voyages, et continuellement occupée au service des empereurs; aussi n'est-ce, sans doute, que pour les entreprises artistiques d'une importance ou d'une urgence extraordinaire, qu'il y avait nécessité d'attirer des artistes du dehors, comme le fit Alexandre Sévère, pour l'érection d'une multitude de

1 Périple du Ponl-Euxin, ch; i et it.

statues colossales, d'empereurs divinisés surtout *. Il existait nombre d'ateliers de sculpture, dans lesquels on a trouvé des statues, des têtes tant finies qu'ébauchées, différentes espèces de marbres et des outils de toute sorte, à l'usage des sculpteurs, lors de la pose des fondements de la Ghiesa nuova et d'autres bâtiments, sur le Monte Giordano, dans la neuvième région, entre le Portique d'Europe, le cirque Agonalis et la Via Recta ; mais il en existait certainement aussi ailleurs2. Ainsi, il y avait entre le pont ^Elius et le mausolée d'Auguste, sur la rive du Tibre, dans les Navalia ou tout près, une place, autre que le port déjà indiqué, pour le déchargement des marbres3 [statio marmorum). Or il existait, là aussi, des ateliers où travaillaient les marbriers dépendant de l'administration impériale, comme il résulte d'inscriptions que l'on y a trouvées, et sans doute encore d'autres ateliers, ne relevant que de l'industrie privée4.

Qu'il y eût cependant, dans toutes les carrières de marbre et d'autres pierres, fournissant des matériaux pour les statues, nombre de statuaires et de tailleurs de pierre, établis là en permanence, comme on le voit encore maintenant à Carrare, lesquels ou ébauchaient des œuvres de sculpture et taillaient dans le gros, ou les finissaient même, c'est un fait dont il existe encore des traces en beaucoup d'endroits. Le fameux colosse d'Apollon , à Naxos, long de 10 mètres 60, qui, depuis les temps de Gyriaque d'Ancône, attirait l'attention de tous les voya-

1 Histoire Auguste, Vie d'Alexandre Sévère, ch. xxv.

2 Pellegrini, Bull. d. Instit., 1859, p. 68, etc.; Benndorf et Belles images du musée du Latéran, p. 350.

3 Preller, Régions, 241 à 243.

* Bruzza, p. 137, etc.

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