LIVRE IX. — LES BEAUX -ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN. 30o
donner aux questeurs de faire un accord, pour l'exécution du socle et de la statue, et payer à l'entrepreneur (redemptor)'la, somme stipulée1. En général, le verbe locare, qui a le sens d'une stipulation, est souvent employé lorsqu'il s'agit de la commande d'oeuvres d'art2. Il devait y avoir lieu de supposer une moyenne de savoir faire artistique chez chaque entrepreneur, tandis qu'un degré d'habileté extraordinaire était, chez eux, d'autant plus rare qu'il n'était pas indispensable, et que Ton en faisait peu de cas. Ainsi le prix et le temps, demandés pour l'exécution, devaient décider de la préférence en première ligne, dans le choix entre les soumissions.
Le grand et riche développement du métier dans l'art, aussi bien que l'exploitation de celui-ci en fabrique, exigeait une division du travail qui a été poussée très-loin, et dont on a retrouvé mainte trace. Il y avait, comme nous l'avons dit, des ouvriers pour la spécialité des génies, ainsi que des maisons spéciales pour la fabrication des monuments tumulaires. Il y avait des ouvriers ne faisant que mettre aux statues des yeux, confectionnés avec des matières de couleur3. Toutes les grandes entreprises artistiques supposent la coopération d'un grand nombre d'artistes et d'artisans divers, sous une direction unique. Ainsi, la décoration intérieure des murs, dans les maisons pompéiennes, où les ornements sont tous comme émanés d'un même esprit, et sortis du même pot de couleur, a été exécutée, sinon généralement, certes du moins
1 Gicéron, Philippiques> IX, 7, 16.
a Comme, par exemple, dans Perse, VI, 47x et dans Suétone, Claude, ch. îx.
3 Fabri ocularii, comme le scalptor uclarius (sculptor ocularius) dans Orelli, 2457-4278.
en majeure partie, par une seule et même association de peintres, dans laquelle badigeonneurs et peintres d'arabesques, de fleurs, d'animaux, de paysages et de figures, devaient travailler ensemble, côte à côte ou successivement, aux mêmes fresques. C'est, en effet, seulement de cette manière que la peinture de toutes les maisons de la ville, travail qui, selon toute vraisemblance, ne fut exécuté qu'après le tremblement de terre de l'année 63, put être achevée, dans les mêmes conditions que toute autre grande entreprise de production artistique, avec la promptitude voulue1.
Une grande partie des ouvriers employés à l'exécution d'entreprises artistiques majeures, étaient des esclaves, et l'esclavage est effectivement l'un des facteurs sur la coopération desquels reposait, essentiellement, la production artistique en grand. Les métiers d'art, dont les produits satisfaisaient, peut-être, la majeure partie des besoins existants, pouvaient être, aussi bien que tout autre métier, appris par quiconque avait un peu d'adresse et de bonne volonté, et les possesseurs d'esclaves, cherchant à tirer de leurs gens le plus de profit possible, les faisaient naturellement instruire dans le travail du genre d'ouvrages le plus recherché ; or, avec le temps, les œuvres d'art passèrent de plus en plus dans la catégorie de celles sur lesquelles seportaitlaplus forte demande. De même que l'on formait de grandes familles d'esclaves des bandes de gladiateurs, des troupes d'acteurs, des chœurs de chanteurs et des bandes de musiciens, on pouvait en former, tout aussi bienj des compagnies de peintres et d'autres ouvriers d'art qui, tantôt avaient pour occupation de décorer les demeures de
* Voir aussi Overbeck, Pompéji, II, 2e édit., 184.