LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
tures et statues anciennes n'y prédominaient pas, elles n'étaient pas moins censées en former la partie la plus précieuse, ou même la seule précieuse. Il est, souvent aussi, dit expressément qu'amateurs et collectionneurs les recherchaient particulièrement, comme Jules César1 et ce Damasippe qui s'appliquait comme un fou à l'achat de statues antiques2. On forme les galeries de tableaux, dit Pline3, avec un ramassis de vieux tableaux. C'est aussi dans l'argenterie que l'on regardait surtout à l'ancienneté ; elle était presque le seul titre dans l'appréciation de ces œuvres d'un art tombé en décadence, et les ciselures les plus estimées étaient celles que l'usage avait effacées, au point de le3 rendre méconnaissables 4. Il ne manquait même pas d'antiquaires préférant les incunables proprement dites de l'art à tout le reste, et les peintures grossières, ou peu s'en faut, d'un Aglaophon et d'un Polygnote à celles des peintres postérieurs, au dire de Quintilien, qui taxait cette manie, non sans raison probablement, de prétention vaniteuse au titre de connaisseur. Cette direction du goût semblerait avoir été répandue le plus au temps d'Adrien. En général cependant, on entendait par œuvres d'art anciennes celles du temps de la grande floraison de l'art hellénique. Parmi les « ouvrages des anciens » , que Stace R vit dans la villa de Manlius Vopiscus, à Tibur, il y avait des ébauches de Myron, en argent et en bronze, pour ses colosses ; parmi les vieilles peintures et sculptures de la villa de Pollius Félix, à Sorrente, des œuvres d'Apelle* de la jeu-
2 Horace, SaL, II, 3, 64.
3 Hist. naL, XXXV, 4.
4 Ibidem, XXXIII, 157.
5 Silves, Ij 3. 50, etc.
nesse de Phidias, de Polyclète et de Myron1; dans la collection d'œuvres anciennes de Nonius Vindex, des bronzes de Myron eH3e Polyclète, des sculptures en marbre de Praxitèle, des ouvrages en ivoire de Phidias et des tableaux, dans lesquels on reconnaissait, déjà de loin, la touche du vieil Apelle2. Dans ces mentions fortuites, on n'indique presque toujours que des noms d'artistes du premier rang, parmi lesquels celui de Polyclète revient le plus souvent. La mention des noms obscurs de Bryaxis, de Phradmon et d'Agéladas, par Golumelle 3, ne peut être citée qu'à titre d'exception. Dans Juvénal4, à propos d'un incendie frappant un riche, l'un des amis qui se sont réunis pour contribuer à l'ameublement de la maison à reconstruire, est heureux d'apporter quelque chose d'exquis d'Euphranor et de Polyclète. Effectivement, ce dernier était considéré, par nombre de gens, comme le premier des artistes, maître dans la reproduction de la beauté jeune, et ne s'aventurant jamais au-delà des premières années de l'âge où les joues cessent d'être imberbes et lustrées; aussi ses œuvres se distinguaient-elles par la perfection de la forme plus que par la profondeur de la conception. Après lui, l'artiste que l'on nomme le plus souvent est peut-être Myron, dont les figures d'hommes et d'animaux frappaient surtout par la vérité saisissante, la vive ressemblance et le parfait naturel. Aussi voyait-on, à
1 Stace, Silves,, II, 63 :
Si quid Apellei gaudent animasse colores, Si quid ad hue vacua tamen admirabile Pisa Phidiacae rasere manus
2 Ibidem, IV-, 6, 10 à 21.
1 De re rustica, I, prœf. 31, et X, 30. 4 III, 216, etc.