‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 187 sur 217 · LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS. LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS. LA MUSIQUE

syringe et maint autre instrument encore, formeraient, en concert, l'accompagnement d'un chœur chanté1.

Il se donnait aussi, à Rome, devenue la capitale des empereurs, des représentations de musique vocale, avec un appareil colossal de moyens. Sénèque dit que, de son temps, il y avait, lors de ces représentations, plus de chanteurs réunis, au théâtre, qu'on n'y voyait autrefois de spectateurs ; que les chanteurs et les musiciens ne remplissaient pas seulement la scène, mais tous les espaces non occupés par le public ; que l'accompagnement consistait en une multitude d'instruments à vent métalliques, placés dans la salle de spectacle, ainsi qu'en flûtes et orgues de toute espèce, établis sur la scène2. En se rappelant que les théâtres de Rome contenaient de vingt mille à quarante mille spectateurs, on est porté à croire que ces représentations devaient, pour les dimensions , l'emporter de beaucoup même sur les concerts monstres anglais. Ce goût pour les effets de musique produits par des masses, ne paraît, du moins, guère avoir diminué, même dans les temps postérieurs de l'empire. Dans une célébration de la fête des jeux romains ordonnée par l'empereur Carin, tels morceaux furent exécutés par cent trompettes, tels autres par des centaines

1 Maxime de Tyr, Diss. XXXII, 4. — Voir aussi une description de la musique de noce, dans YAnthol. lat., éd. Riese, II, 742, à savoir YEpithalamium Laurentii, du temps de Claudien, praef. XXVII, vers 60 à 64;

Tympana, chorda simul, symphonia, tibia, buxus, Gymbala, bambilium cornus et fistula, sistrum, Quaeque per aeratas inspirant carmina fauces, Humida folligenas exclament organa voces.

Voir aussi Haupt, dans V Hermès, IV, 14;

2 Sénèque, Lettres, 84, 10.

de flûtes de diverses espèces1; et Ammien, qui dépeint l'aristocratie romaine de son temps comme une classe souverainement éprise de musique, mais entièrement dépourvue de sens pour les intérêts de la vie intellectuelle, dit que l'on construisait, dans les grands palais, des orgues hydrauliques et des flûtes de toute espèce, ainsi que ces cithares déjà mentionnées à dimensions de carrosses 2.

Le renforcement des moyens employés devait avoir pour conséquence, ou expliquer du moins, ce fait, qu'à Rome la musique perdit de plus en plus de sa dignité morale, avec le temps, et qu'on en abusa pour flatteries sens, avec des effets grossiers, et chatouiller vulgairement les oreilles. L'ancienne musique de théâtre romaine, du temps de Névius et de Livius Andronicus, est caractérisée par Gicéron 3, comme empreinte du cachet d'une sévérité qui avait son charme. Elle était, peut-être, à la musique du temps de l'empire romain, ce qu'un opéra de l'époque antérieure à Mozart est à un opéra de Meyerbeer, ou de "Wagner. A la contrainte et à la mesquinerie anciennes, ne tardèrent pas à se substituer une plus grande liberté d'allures du rhythme et des méthodes, le changement et la variété des modulations, la richesse et le mouvement des mélodies 4. Mais il paraît que cette émancipation de la

1 Vie de Carin. ch. xix.

2 Ammien, XIV, 6,18.

3 Gicéron, Le legibus, II, 15, 39 : Illa quidem (se. theatra) quœ sc-lebant quondam compleri jucunda severitate Livianis et Nœvianis modis, nuncut eadem exultant, ut cervices oculosque pariter cuni modorum flexionibus torquent.

* Varron, ap. Non. 7, 16 (Satire Ménippée, éd. Oehler, p. 175. — Vahlen, Conjectaneà, p. 16) : Saepe totius theatri tibiis, crebro flectendo

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