LIVRE IX. — LES BEAUX- ARTS. — LA MUSIQUE
théâtre devaient se répandre beaucoup plus vite et se propager bien davantage qu'il n'est possible actuellement, et l'on entendait le peuple chanter, dans les rues et sur les places publiques, les airs qu'il avait appris au théâtre1. Il y avait déjà, au temps de Cicéron, assez de connaisseurs qui, à la première note d'une ritournelle de flûte, savaient dire, tout de suite, si le morceau était tiré d' Antiope ou d'Andromaque, ce qui étonnait Cicéron lui-même 2 ; le grand public aussi exerçait, dès lors, une critique acerbe contre les chanteurs, et ne laissait passer aucune faute3. De nos jours encore, le public de Rome est renommé, ainsi que redouté, pour la finesse de son oreille, et toute cantatrice tient à grand honneur d'y avoir su plaire. Les progrès que l'intérêt pour la musique avait faits, sous l'empire, résultent le plus clairement du fait qu'il se donnait, alors déjà, des espèces de concerts ou représentations lyriques, sans le soutien d'aucune action dramatique, tandis que telle avait été, en l'an 167 avant Jésus-Christ encore, l'extrême rudesse du public, à Rome, que les premiers joueurs de flûte grecs, avec leurs chœurs, n'avaient trouvé moyen de captiver son intérêt qu'en mettant en scène une espèce de rossade \ Un siècle plus tard, c'était déjà quelque chose de très-ordinaire que des musiciens virtuoses, des chanteurs s'accompagnant eux-mêmes sur là cithare (citharèdes), fussent applaudis à Rome. Ils s'y produisaient, suivant l'usage grec, dans le plus ma-
1 Ovide, Fastes, III, 535; Art d'aimer, III, 317.
2 Cicéron, Acad. prior, H, 7, 20.
s Cicéron, De orat., III, 25, 98 : Quanto molliqres sunt et delicatiores in cantu flexion es et falsae voculae quam certae et severae! quibustamen non modo austeri sed, si saepius fiunt, multitudo ipsa réclamât.
4 Polybe,XXX, 13; Athénée, XIV, 4 (lors des jeux du triomphe de L. Anicius, en l'an de Rome 587).
gnifique costume, vêtus d'une longue robe traînante et brodée d'or, couverts d'un manteau de pourpre avec des ornements des couleurs les plus' diverses, une Couronne d'or ornée de grosses et étincelantes pierres précieuses sur la tête, et la cithare artistement travaillée, avec des incrustations d'or et d'ivoire, à la main f. A côté des citharèdes, d'autres artistes se faisaient entendre, au temps de l'empire, sans accompagnement de chant, sur divers instruments tels que, notamment, la cithare2 et ses différentes variétés3, la flûte, l'orgue4 et d'autres encore; des chanteurs dramatiques ou tragédiens, dont les airs et les scènes lyriques, souvent chantés par eux sous le masque et en costume, étaient déjà placés sur la limite de la représentation dramatique, et des chanteurs lyriques proprement dits, faisaient de même s. Ceux-ci, probablement, entonnaient surtout des hymnes en l'honneur des dieux 6, comme Néron, qui doit avoir chanté, aux jeux isthmiques, un hymne sur Neptune et Amphitrite et une courte chanson sur Mélicerte et Leucothée7. On ne sait si les femmes virtuoses8 et les chanteuses qui, comme on l'a dit plus
1 Auct. ad Herennium, IV, 47. — Voir aussi Cicéron, Deorat., II, 80, 330, et Tusculanes, V, 40, 116. .
2 Suétone, Domitien, ch. îv (psilocitharistœ).
3 Gomme le trigonon, déjà mentionné.
4 Suétone, Néron, ch. xli, 54: Voverat... proditurum se... etiam hydraulam et choraulam et utricularium. — On voit des joueurs d'orgue sur des contorniates (Sabatier, Descript. yen. des méd. cont., pi. X, G à 9).— Sur la mosaïque de Nennig, un musicien jouant du cor accompagne le joueur d'orgue.
5 (|)8o(. — Suétone, Néron, ch. xlii : Jocularia in defectionis duces carmina lascivequemodulata.... etiam gesticulalus est.
6 Orelli, 2617 : Ti. Claudius Glyptus hymnologus de campo Cœlimontano.
7 Pseudolucieu, Néron, chap. m.
8 Orelli, 2609 (citharœda) ; 2610 (xopavXiç).