LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
consommation de luxe avaient été introduits en Italie dès le temps de la république. Il est vrai que, chez les détracteurs absolus du luxe, la naturalisation de poissons et d'oiseaux exotiques, poursuivie dans le but d'accroître et de multiplier les plaisirs de la table, encourait, dès lors, un blâme tout aussi sévère que la simple importation des mêmes objets par les voies commerciales. Sous Tibère, le préfet delà flotte, Optatus Elîpertius, réussit à naturaliser dans les eaux du littoral occidental de l'Italie, entre Ostie et la Gampanie, un poisson des plus estimés, le sarget (scarus), que l'on péchait entre les îles de Crète et de Rhodes. Gela fit dire à Pline l'Ancien, après que ce poisson se fut multiplié dans les parages italiens : « Yoilà donc que la gourmandise s'est procuré un nouvel élément de bonne chère, en semant du poisson, et a donné un nouvel habitant à la mer, pour que l'on ne s'étonne plus dorénavant de voir pondre à Rome des oiseaux exotiques1. » Cependant, même les plus âpres censeurs du luxe de table ne trouvaient pas mal qu'on en tirât profit. Ainsi Varron n'a pas dédaigné de donner les instructions les plus minutieuses sur la manière d'élever et de propager artificielle-^ ment le gibier, la volaille, le poisson et les mollusques, pour les espèces venues de l'étranger, telles que les pintades d'Afrique, les lièvres et les lapins de la Gaule et de l'Espagne, les escargots d'Illyrie et d'Afrique, tout comme pour les indigènes3. Ce fut aussi, d'après le témoignage de Pline3, l'amour du lucre, non- seulement la gourman-
1 Hist. nat., IX, 62, etc.
2 Dureau de la Malle, Économie politique des Romains, II, 175, etc.— » Varron, De re rustica, 111, 10, 18; 12, 5, etc.; 14, 4.
3 Hist. nat.f IX, 108. — 11 est vrai qu'il y a dans Valère Maxime (IX, 1, 2) une version différente.
dise, qui conduisit à l'invention des parcs d'huîtres établis dans le lac Lucrin, due à Sergius Orata. Du reste, la culture artificielle des huîtres avait déjà été tentée antérieurement, mais sans succès. Suivant Aristote l, des habitants de Ghios, ayant emporté des huîtres vivantes de Pyrrha, dans l'île de Lesbos, les auraient déposées au fond de la mer, sur quelques points analogues des parages de leur propre île. Or, après un laps de temps assez considérable, il se trouva qu'elles avaient bien gagné en grosseur, mais ne s'étaient pas multipliées. Hors de l'Italie, on ne connaît, dans l'antiquité, de parcs d'huîtres qu'à Bordeaux*. Mais ce qui, dans l'antiquité, était une spéculation lucrative pour quelques particuliers seulement, occupe aujourd'hui l'économie politique comme une branche d'industrie, de grande importance pour des populations entières, et l'histoire naturelle comme un des problèmes scientifiques les plus dignes d'efforts sérieux. On sait qu'en France l'État a puissamment secondé et largement encouragé le renouvellement et la naturalisation, par M. Goste, de la culture artificielle des huîtres, •que l'on continue d'ailleurs à pratiquer en Italie même, d'une manière très-intelligente, dans sa simplicité primi« tive, au lac de Fusaro.
Les animaux dont l'introduction en Italie fut occasionnée par l'accroissement du luxe des tables, étaient des oiseaux pour la plupart. Le paon, qu'Hortensius eut le premier l'idée de faire servir rôti, n'était plus alors du nouveau pour les Romains. Par suite d'une plus forte demande, l'élevage des paons prit le caractère d'une1 véritable indus -
1 De generatione animalium, III, 11.
2 Marquardt, Mariuel,y, 2, 53, n. 471