‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 32 sur 217 · LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN

obligés de restreindre, dans l'intérêt de l'exportation italienne, la production gauloise d'huile et de vin1. Immédiatement après la conquête de César, avec laquelle commença le grand travail de la romanisation des Gaules, on n'y trouvait, en dehors de la province romaine déjà antérieurement existante, que du vin importé2, à côté de la bière, et Strabon encore dit que la vigne ne réussissait plus que difficilement au-delà du domaine de la culture du figuier et de l'olivier, vers les Gévennes3. Mais, dans Pline et Golumelle, la France actuelle apparaît déjà comme un pays vignoble, indépendant des autres et rivalisant avec eux sous ce rapport, ayant ses cépages et ses crus propres, en exportant même pour la consommation et l'acclimatation en Italie. Ces auteurs mentionnent, entre autres, des vins de la Bourgogne et du Bordelais. Dans le cours de la période du règne des empereurs, la culture de la vigne s'empara des vallées de la Garonne, de la Marne et de la Moselle, gagna même la Suisse, où une inscription près de Sainl-Prex, sur le rivage septentrional du lac Léman, entre Rolle et Morges, en a conservé la trace*, mais ne franchit pas le Rhin. On dit de l'empereur Probus qu'il permit, sans aucune restriction, la culture de la vigne dans les provinces des Gaules, d'Espagne et de Bretagne, suivant d'autres rapports dans les Gaules, la Pannonie et la Mœsie \ Par la plantation de vignes sur le revers méridional des Garpathes, au mont Aima, près de Sirmium (Mitro-

1 Hehn, 31, etc.

2 Diodore, V, 26.

3 Strabon, IV, 1, p. 178.

4 Mommsen, la Suisse au temps des Romains, p. 23. Note reproduisan l'inscription de Liber pater Cocliensis.

5 Hehn, 31 à 35.

vicz), il devint le père de la viticulture hongroise1. Un siècle plus tard, Glaudien2 chantait déjà le Danube ombragé de vignobles. Cependant l'Italie resta, dans l'antiquité, le premier pays vignoble du monde ; aujourd'hui le rang qu'elle tenait appartient à la région moyenne et au midi de la France, et la vigne produit ses plus nobles crus, tels que ceux de la Bourgogne, du Johannisberg, etc., dans des districts voisins de l'extrême limite septentrionale de sa zone de propagation 3.

Ainsi s'accomplit, dans l'empire romain, sous des influences qui ne pouvaient se réunir et s'exercer efficacement que dans cette période de l'histoire, le long travail d'assimilation qui eut pour résultat une constitution homogène de la culture du sol, dans tous les pays riverains de la Méditerranée ; et, si nous convenons que, sur ce domaine aussi, l'Europe centrale doit le plus au Midi, auquel remontent toutes les sources mères de notre civilisation4, nous ne saurions oublier quelle large part, dans ce travail de culture, revient au temps des empereurs romains, auquel on n'a pas encore suffisamment rendu justice, à cet égard.

1 Volz, Éléments pour servir à V histoire de la culture, p. 142 (en allemand).

2 De laud. Stilich., Il ; éd. Gessner, XXII, 199. s Hehn, 39.

4 Le même, 389.

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