‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 52 sur 217 · LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LE LUXE ROMAIN

féerique des deux palais de Galigula et de Néron, qui, comme dit Pline1, embrassaient toute la ville. Nous ne savons rien de plus du premier. Le second, la fameuse Maison d'Or, rebâtie après le grand incendie de l'an 64 2, s'étendait du mont Palatin, par-delà le vallon, sur la pente nord-est de celui-ci, jusque sur les hauteurs de l'Esquilin, où il touchait aux jardins impériaux de Mécène. Il était coupé de plusieurs rues. Sur la place d'entrée s'élevait une statue colossale de Néron, déplus de cent pieds de haut. Le palais comprenait, entre autres dépendances, de triples portiques de la longueur d'un mille romain, soit d'environ un kilomètre et demi, un étang semblable à une petite mer et entouré de bâtiments qui figuraient , ensemble, comme une espèce de ville, des parties agrestes, avec des champs, des vignobles, des prés et des bois, contenant une multitude de bêtes sauvages et apprivoisées, de toute espèce. Les salles et autres pièces y étaient toutes revêtues d'un placage d'or, incrusté de pierres précieuses et de nacre ; les boudoirs galants, tapissés de perles3, comme on l'a déjà dit plus haut. On avait pris, pour les décorer, des chefs-d'œuvre de l'art hellénique, choisis dans ce que le butin de la Grèce et de l'Asie Mineure comprenait de plus merveilleux \ Parmi les artistes du temps qui furent occupés à la décoration de ces pièces, Pline nomme un peintre distingué par la vivacité de son coloris, Amulius ou Fabullus5. Des inventions et découvertes nouvelles y furent mises en application :

1 Hist. nat., XXXVI, 111.

2 Suétone, Néron, en. xxxi. — Voir aussi Becker, Manuel, I, 431, etc.

3 Pline, Hist. nat., XXXVII, 17.

4 Ibidem, XXXIV, 84.

1 Ibidem, XXXV, 120.

ainsi on y bâtit un temple de la Fortune avec une pierre trouvée en Cappadoce, d'une transparence telle que l'on y voyait clair, même à portes fermées1. Les panneaux d'ivoire du plafond des salles à manger pouvaient être écartés, de manière à répandre sur les convives des fleurs, ou des eaux de senteur, jaillissant de tubes. La grande salle des festins était surmontée d'une coupole, tournant jour et nuit sur son axe?. Les bains contenaient de l'eau de mer et des eaux minérales. Quand les travaux du palais furent assez avancés pour que Néron pût s'y installer, il dit, en témoignage de sa satisfaction, qu'il commençait enfin à être logé comme il convient à un homme. Othon accorda pour la continuation des travaux 50 millions de sesterces, soit près de 13,600,000 fr. 8. Vitellius, pourtant, trouva ce qui avait été fait indigne d'une résidence impériale*. Vespasien fit démolir la majeure partie de ces constructions, que luimême et Titus remplacèrent par des édifices consacrés au divertissement du peuple : ainsi l'amphithéâtre s'éleva sur l'emplacement du grand étang et les thermes de Titus furent bâtis sur le mont EsquiKn5. Quant au colosse de Néron, Vespasien le transforma en dieu du Soleil. Le piédestal du géant existe encore 6.

Parmi les constructions de palais des empereurs suivants, celles deDomitien se distinguèrent par leur magnificence7. Plutarque8 rapporte que, dans le quatrième

* Ibidem, XXXVI, 163.

2 Voir aussi Varron, De re rustica, III, 5.

3 Suétone, Othon, ch. vu.

* Dion Gassius, LXV, 4.

6 Martial, Spect., 2.

(i Becker, Manuel, I, 220, n. 341.

7 Ibidem, 433, etc.

8 Poplic, ch. xv.

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temple de Jupiter, bâti sur le Gapitole par cet empereur, la dorure seule avait fait l'objet d'une dépense de plus de 12,000 talents, soit près de 71 millions de francs; mais quiconque, ajoute-t-ïl, aura eu la bonne fortune de voir, dans le palais du maître, un portique ou une grande salle, les thermes ou un des appartements de ses maîtresses, sera bien obligé de convenir que le créateur de toutes ces belles choses trouvait, comme un autre Midas, son plaisir à changer en or tout ce que sa main venait à toucher. Ce bâtiment si grandiose et si imposant, d'après l'élogieuse description de Stace1, reposait, non gur cent, ce serait trop peu dire, mais sur une multitude de colonnes, si grandes qu'elles paraissaient en état de soutenir la voûte du firmament, et il comprenait, dans son enceinte, de vastes espaces libres. Les marbres de Numidie, de Synnada, de Chios et de Garyste, y rivalisaient d'éclat et de splendeur avec le granit de Syène ; il n'y avait que les bases des colonnes qui fussent en simple marbre de Carrare. L'élévation de l'édifice était telle que le regard fatigué pouvait à peine atteindre les cintres des coupoles et les suffîtes dorées.

1 Silves, IV, 2, 18-31,

§2. — Maisons de campagne et jardins.

Accroissement progressif du luxe des maisons de campagne depuis l'an 31 avant Jésus-Christ. — Difficultés de terrain surmontées. — Constructions sur le fond de la mer. — Les maisons de campagne de Pline le Jeune. — Les maisons de campagne décrites par Stace. — La villa tiburtine d'Adrien. — La villa des Gordiens.

Comparaison des maisons de campagne romaines avec les châteaux ruraux d'Angleterre. — ' Le luxe déployé par les Romains dans le bâtiment peutêtre sans égal. — La passion de bâtir domine toutes les autres chez les riches et les grands de l'empire romain. — Les parcs et les jardins de cette époque uniformes et mesquins en comparaison de ceux de l'âge moderne. — Le luxe de fleurs des Romains comparé au nôtre.

Si, dans Rome même, le luxe de bâtir rencontrait beaucoup de difficultés, venant des bornes relativement étroites de l'espace, dans la circonscription limitée du ressort urbain, et du prix élevé qu'y avaient les terrains, la passion de bâtir pouvait se donner carrière, d'autant plus librement, dans la construction des villas, sur les immenses domaines des grands1. L'insalubrité de Rome, en été et au commencement de l'automne, nourrissait le goût de la vie champêtre et faisait d'une villégiature régulière un besoin pour les classes supérieures. Des possessions étendues leur offraient, déjà dans les derniers temps de la république, le choix entre des résidences diverses, également agréables. Il suffit de rappeler ici les différentes villas de Pompée, d'Hortensius, de Gicéron et deLucullus2.

1 Tacite, Annales, III, 32 : Villarum inlinita spatia.

* Voir Drumann, IV, 538, etc. ; III, 105; VI, 387, etc. ; IV, 167.

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