‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 68 sur 217 · L1VUE V11I. LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

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affranchis. Quintilien ^disant de Sénèque qu'il fut souvent induit en erreur par les faux renseignements de ceux qu'il avait chargés de faire des recherches pour lui, entend évidemment aussi parler d'esclaves et d'affranchis. On outra jusqu'au ridicule Ge genre d'économie consistant à n'agir, voire même à ne penser par soi-même que le moins possible. On ne se déchargeait pas seulement de la peine de retenir les noms de ses clients et partisans sur la bonne mémoire des nomenclateurs; il y avait aussi nombre de personnes qui se faisaient avertir par des esclaves du moment d'aller au bain, ou de se mettre à table*. Elles sont, dit Sénèque3, tellement énervées que ce serait, pour leur tempérament, un trop grand effort de se demander si elles ont faim. Un de ces efféminés, quand on l'eut tiré du bain et déposé sur un fauteuil, était allé dans sa passivité inerte jusqu'à demander: Suis-je assis maintenant? Un siècle plus tard, Lucien4 rapporte, avec un sentiment mêlé d'étonnement et de dégoût, que les gens de qualité, à Rome, avaient pris l'habitude de se faire avertir par leurs esclaves, marchant devant eux dans la rue , quand il y avait une aspérité du sol ou le choc d'une rencontre à éviter, ainsi que la moindre pente du chemin à gravir ou à descendre. « Il faut, » poursuit-il, « leur rappeler qu'ils marchent et les traiter, de leur propre gré, comme des aveugles. » Les personnes qui les abordaient devaient s'estimer contentes d'obtenir un regard muet, ou qu'à la place du maître quelqu'un de sa suite

2 Ce qui se fait d'ailleurs, encore aujourd'hui, dans toutes les maisons bien montées.

3 De Brevitate vitœ, 12, C.

4 Mgr in. , 34. •

daignât seulement leur adresser la parole. C'est ainsi que put venir aussi l'idée de suppléer,, par Féducation des esclaves, au manque d'instruction propre. Sénèque1 raconte qu'un homme riche de sa connaissance, Calvisius Sabinus, voulant passer pour instruit, bien qu'il fût entièrement dépourvu d'éducation et de mémoire, fit apprendre par cœur à un de ses esclaves Homère tout entier, à un autre Hésiode, à d'autres encore les neuf poètes lyriques. Aux festins qu'il donnait, ces esclaves étaient obligés de se tenir derrière lui et de lui souffler des vers qu'il pût citer avec à propos dans la conversation. Chacun de ces souffleurs lui coûtait 100,000 sesterces. Autant de caisses de livres, lui dit un de ses parasites, vous eussent coûté moins cher. Le même farceur l'ayant engagé à lutter, bien qu'il fût malade et caduc au dernier point: Comment pourrais-je? lui demanda notre original; j'ai à peine un souffle de vie. Ne dites pas cela, fut la réponse; oubliez -vous que vous avez des esclaves forts comme des géants?

Les esclaves de luxe proprement dits étaient surtout mis en évidence dans les grands festins, où il était de leur office non-seulement de servir les convives, mais aussi de parader devant eux et de leur procurer de l'amusement. Ils y paraissaient groupés distinctement d'après la couleur, la race et l'âge, avec un soin tel que nul d'entre eux ne devait trancher sur ses compagnons, ne fût-ce que par un duvet plus apparent au menton, une chevelure plus crépue ou des boucles plus abondantes. De jeunes garçons, d'une beauté remarquable, la fleur de l'Asie Mineure, que l'on payait 100,000 et jusqu'à 200,000 sesterces, servaient d'échansons; la mode était de prendre leurs cheveux pour

"' Lettres, 27, 5 à 8.

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