‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarquesChapitre 97 sur 217 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

en Grèce, où presque chaque ville avait reçu de ses bienfaits, et où plusieurs pouvaient le célébrer, à bon droit, comme leur « sauveur » et leur « fondateur » , quelquesunes des plus importantes. Dans l'Isthme, il transforma le sentier de montagne, aussi périlleux qu'âpre, des écueils de Sciron *, au moyen de grands travaux, faits dans le roc, et de substructions colossales, en une chaussée, commode et praticable pour des voitures chargées, d'environ 6,000 pieds de longueur, et dont on a peine à concevoir, aujourd'hui, la possibilité d'exécution, à cet endroit; il conduisit de plus, au moyen d'un puissant aqueduc, de la haute vallée de Stymphale les fraîches eaux des sources, dont ces montagnes abondent, jusque dans Gorinthe, et orna cette ville de magnifiques thermes. Mais son principal titre de gloire architecturale est dans la splendeur nouvelle à laquelle il fit remonter Athènes, dont il convertit la partie sud-est en . une nouvelle ville, dite d'Adrien , qui eut pour noyau le temple colossal de Jupiter Olympien, prodige de magnificence, resté inachevé pendant six siècles. On entoura ce temple fameux de 120 colonnes corinthiennes, de plus de 60 pieds de hauteur, disposées sur trois rangs aux frontons, et courant sur deux le long des deux autres côtés de l'édifice. Quinze de ces colonnes sont encore debout. Parmi les bâtiments érigés par ce prince dans les autres quartiers de la ville, il y avait celui de la bibliothèque avec 120 colonnes, des cloisons en marbre phrygien (pavonazzetto) et des pièces resplendissantes d'albâtre, de soffites dorés, d'images et de statues; puis un gymnase, orné de 100 colonnes en marbre de Libye (giallo anticoy. L'aqueduc

« * Nom d'un brigand, dont Thésée purgea l'isthme de Corinthe. 2 Herzberg, II, 305 à 330.

commencé par Adrien, pour fournir de l'eau de Céphisia à sa ville neuve d'Athènes , fut terminé en 140 par Antonin le Pieux, qui acheva, somptueusement aussi, la construction des établissements de santé de la ville d'Épidaure1, et accomplit, tant à Rome que dans d'autres parties de l'Italie, divers autres travaux importants, comme la restauration d'un phare, à Ostie probablement, et celle du port de Terracine, ou des constructions neuves, telles que celles du port de Gaëte, de bains à Ostie, d'un aqueduc à Antium et d'un temple à Lanuvium. En outre, il mit beaucoup de villes, parmi lesquelles il y en avait certainement aussi des provinces, en état de restaurer leurs bâtiments anciens, ainsi que d'en construire de nouveaux, avec les secours d'argenf qu'il leur fournit à cet effet2.

Ces relations donneront une idée de ce qu'il y avait de grandiose dans la sollicitude déployée, par les empereurs, en fait de constructions, pour l'embellissement des villes en Italie et, depuis Trajan notamment, aussi dans les provinces. Cependant il nous serait difficile d'évaluer, même approximativement, toute l'étendue des constructions impériales, en dehors de Rome, attendu qu'il n'en reste que des mentions fortuites et des traces accidentelles , assurément très-insuffisantes. Si, par exemple, Aristide 3, dans la lettre où il implore le secours de Marc-Aurèle et de Commode, pour la reconstruction de Smyrne , après le tremblement déterre de 178, rappelle, en passant, la sollicitude de ces deux princes pour les villes d'Italie, rebâties et relevées par eux de leur décadence, cette mention,

1 Herzberg, H, 358 à 360.

* Vie d' Antonin le Pieuoc, ch. viii.

3 Or., XLI, éd. Jebb, p. 515 (I, 76G, Dindorf).

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