Scène X
Armand, puis Dutrêcy
Arm., seul. Ce visage ému... ces paroles sans suite... Est-ce que je me serais trahi !... Oh l non ! je connais Georges ; s'il avait eu seulement un soupçon il ne serait pas allé écrire ces lettres !
Dutr., entrant Ça n'a pas le sens commun ! Ils 5 ouvrent une fenêtre, juste au moment où Thérèse vient de valser ! Je vais chercher sa fourrure.
Arm. Mon oncle...
Dutr. Ah ! c'est toi, mon ami !... Eh bien ! tu as vu Georges? 10
Arm. Il me quitte à l'instant.
Dutr. Ah! Eh bien?
Arm. Quoi ?
Dutr. Il ne t'a rien dit?
Arm. Non... que voulez-vous qu'il me dise? 15
Dutr. C'est bien étonnant? Enfin, qu'est-ce que tu veux, mon pauvre garçon? Ce n'est pas ma faute... tu as parlé trop tard !
Arm. Moi ?
Dutr. C'était mon rêve !... Deux enfants que j'ai 20 élevés !
Arm. Mais de quoi me parlez-vous?
Dutr. De Thérèse, que tu aimes !
Arm., vivement. Oh ! taisez-vous, si Georges vous entendait ! 25
Dutr. Lui, il sait tout, je lui ai dit...
Arm. Comment ! vous avez dit à Georges que j'aimais Thérèse?
Dutr. Parfaitement !
Arm. Et qu'a-t-il répondu? 5
Dutr. Rien !
Arm. Ah !...
Dutr. Ah !... Il a fait semblant de dormir.
Arm. Oh ! c'est impossible !
Dutr. C'est une âme sans élévation... après ce que 10 tu as fait pour lui.
Arm. Oh ! ne parlons pas de ça !
Dutr. Au contraire ! parlons-en. Je crois que si tu lui adressais quelques paroles véhémentes ! si tu lui disais : Georges, j'ai porté ton arbre, porte le 15 mien !
Arm. A quoi bon?
Dutr. Tiens ! ça romprait tout... et je pourrais... et tu pourrais épouser Thérèse... cela vaut la peine d'y penser !... Où est le vestiaire? ah ! je 20 dis que ça vaut la peine d'y penser !... {A part,) Je ne suis pas mécontent de moi ! {Il sort)