L.\ PRUDENCE
2° Il faut réfléchir, veiller et prier. — Réfléchir, sur votre lin dernière et sur la vanité de tout ce monde : In omnibus respice fmem (Imit. Vanitas vanitatum... Quidprodest?... Unum est necessariam... Répétez- vous souvent à vousmême quelques* unes de ces sentences divines: 0 vanité des vanités!... Qu'est-ce que cela auprès de l'éternité?... Une seule chose est nécessaire.
Veiller, demander conseil, et ne pas vous fier à votre prudence : Ne innitaris pradentix tnœ (Prov. m, 5). Vous défier toujours de votre faiblesse.
Mais surtout il faut prier, car la lumière et la force viendront du ciel. Vous ne pouvez rien sans la grâce, Notre-Seigneur lui-même a donné à ses apôtres le grand conseil de la prudence pnrfaite dans ces deux mots : Viyilateet orate... Veillez et priez, afin de ne pas succomber à la tentation. N'allez pas au-devant du danger, car vous trouveriez la mort !
Pour résumer et analyser toute cette méditation et en garder le souvenir dans votre Ame, vous penserez pendant ce jour à la parabole des . Vierges prudentes et des Vierges folles. Notre divin Maître n'a-t-il pas voulu nous présenter dans celte histoire l'imace du monde entier ?
Oui, sans doute... Seulement n'y a-t-il pas aujourd'hui bien plus d'âmes folles que d'àmes prudent
Vous gémirez sur le malheur de ces pauvres pêcheurs qui restent dans l'imprévoyance jusqu'au jour de la mort ; car il n'y aura pas moyen de revenir. Vous examinerez si vous avez vousm me encore un peu d'huile dans la lampe mystérieuse que nous devons tenir à la main, quand l'époux viendra nous chercher. Mais soyez prêt, ne remettez pas même à demain, puisque cette nuit vous pouvez être appelé ; pas d'imprudence I Il faul ôtre prêt ; les vierges folles se préparaient, et la porte fut fermée pour elles; le céleste Kpoux refus) de les reconnaît.:- : Clausa est janua... ffescio vos (.Math, xxv, 12).
Vous t' rminerez l'exercice par une prière fervente à Marie, la Vierge très-prudente, et à soi .1 J tsepfti qui, par ses conseils, a été comme la lumière de sa vie; et vous demanderez à Dm h. pi r leur puissante intercession, cette vertu de prudence qui vous portera non-seulement à 1 • danger, en prenant toutes les prècanaires, mais qui vous engagera à dller avecardeur, pour- \ou^ amasser quelque trésor au ciel et pour la vie éternelle.
Joseph autem vir ejus, cum esset fuslus.
liais Joseph, époux fie Marie, était juste. (Mallh. i, 19.)
Saint Joseph appelé à l'honneur incomparable d'être l'époux de la Vierge Marie, et le père nourricier de Jésus, devait posséder toutes les vertus. Pourquoi donc le Saint-Esprit ne lui donne-t-ilque celte qualité d'homme juste? C'est que la vertu de justice suppose, ou plutôt renferme toutes les autres. On peut dire qu'elle est la fidélité même, la sainteté et la perfection. Dieu est juste, dit le prophète David, et il aime la justice : Justus Dominas et jusiitiam dilexît (Ps. x, 8). La justice est la seconde vertu cardinale : elle nous fait uneobligalion sain te de donner et rendre à Dieu ce que nous avons re© e lui.
Dans ce sentiment du plus noble devoir, saint Joseph a réellement tout donné à Dieu, à Marie
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el au divin Enfant: son dévouement, son travail constant el sa vie entière.
î. N us commencerons par expo-er la notion de la justice. II. Nous verrons ensuite les conséquences pratiques à déduire de cette élude.
I. Tour le point de doctrine, c'est toujours saint Thomas d'Aquin qui va nous éclairer. Il défini: la justice : Consîans et perpétua voluntas reddendi cuique suum ; une volonté ferme et constante de donner, ou de rendre à chacun ce qui lui appartient. Ceci est dit. en général, de toute justice, et peut s'entendre de la probité purement humaine et morale; mais nous ne us. nous, que de la vertu religieuse, qui serait comme la probité envers Dieu et le prochain, une sorte d'honnêteté surnaturelle; et le principe de cette justice étant supérieur et immuable, ses effets aussi el ses fruits seront bien plus précieux, et seuls dignes d'une éternelle récompense.
Je ne veux pas dire que la justice naturelle et la probité humaine ne méritent pas nos éloges et notre admiration. Certes] ces vertus commencent à devenir si rares dans le inonde, qu'on ne saurait trop les encourager; mais il ne faut pourtant pas non plus trop les exalter et
en faire parade. Un homme parfaitement honnête, selon le monde, pourrait manquer absolument de la justice divine, et j'ajoute qu'il ne faudrait pas même s'y fier bien longtemps, quoique je reconnaisse volontiers, avec saint François deSales, qu'ilpuisseyavoirdes hommes qui n'ont jamais, ou presque jamais, rien l'ait pour mériter les galères, comme il le dit, et qui ont fait fort peu de chose pour mériter le ciel. La sainte Ecriture les appelle des hommes stériles : Virum sterilem; ils n'ont rien fait, rien de bon pour l'éternité.
La justice est une vertu si grande, que les livres saints semblent affecter de la confondre avec la sainteté même, comme on le voit dans une foule de textes sacrés : Jus tus, ut palma floreb'U (Ps.xci, \3).Beati qui esuriunt et siliuntjustitiam (Malth. v, 6). Justi autem in perpeîuum vivent (Sa p. vi, 16). Le juste fleurira comme un palmier... Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice... Les justes vivront éternellement. Nous pouvons assurer qu'il serait facile d'ajouter plus de cent autres passages semblables.
Mais il suffira pour résumer toute la partie dogmatique de cet exercice, de rappeler une parole de l'angélique saint Thomas : Justifia exprimit cordis rectitudinem : c'est surtout la
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droiture du cœur qu'il faut entendre par ce mot de justice.
II. Si maintenant nous jetons un regard attentif eur le monde, nous verrons, en gémissant, qu'il n'y a que bien peu de justes devant Dieu; et, si nous voulons nous-mêmes rentier dans notre cœur, nous serons bien humilies en reconnaissant que nous n'avons pas été justes en sa piésen e. Tout, avons-nous dit, est renfermé dans ce mot : Suum cuique; la justice consiste à donner, à rendre à chacun ce qui lui appartient, à Dieu ce qui est à Dieu, au prouiain ce qui lui c-l du. Mais que cela e>l rare!
d° Voyons d'abord envers Dieu. Que lui defons-nous? — Eyo Dominus, je suis ie maître, dil-il... et il répète si souvent celle parole au livre de ses lois suprêmes, qu'on pourrait croire que c'est comme la signature apposée à ses décrets éternels : moi Dieu : moi le roi! Il a donc sur' nous et sur toute la création les droits les plus sacres, les plus inaliénables, les plus imprescriptibles, et sur notre corps cl noire âme le plus haut domaine qui puisse se concevoir. Nous lui devons tout: notre vie entière lui appartient.
Il est notre souverain maître; nous devons le
servir, mais il est aussi noire père, nous devons l'aimer. Comblés de ses bienfaits et doués par lui des facultés les plus admirables de l'intelligence el du cœur, nous sommes obligés de lui rendre l'hommage de ses dons, et tenus de vivre pour sa gloire et pour son amour. Nous devons riiouorer de la substance même de notre être, c'est-à-dire par toutes les puissances de notre âme et de notre corps, ou de nos sens. Voilà les droits de Dieu; le devoir de justice pour tous les hommes... Nous avons tout reçu de Dieu, nous lui devons tout.
Eh bien ! la plupart des hommes, infidèles à ce devoir sacré, cœurs ingrats, lui refusent tout ! Mais, pour ne parler que des injustices les plus criantes, n'est-il pas vrai que l'on commence presque toujours par donner aux vains plaisirs le plus beau temps de la vie, les années de la jeunesse, comme si le Seigneur n'y avait aucun droit? Et puis, on se réserve de lui consacrer les restes d'un cœur usé et dont le monde même ne voudrait plus!... N'est-ce pas là une horrible injustice? Est-ce que tous les âges n'appartiennent pas à Dieu? N'a-t-il pas expressément déclaré qu'il tenait surtout à ce droit des prémices mômes de la vie? Primitias tuas non tardabis reddere (Exod. xxu, 29); et
qu'il ne voulait pas que Ion donnât ces premières années à son cruel ennemi? Ne des annos tuos crudeli (Prov. v, 9).
Mais, indépendamment de ce droit essentiel et divin qu'un si grand nombre d'hommes oublient et méconnaissent, il y a une autre sorle d'injustice et d'im probité qui se commet sans cesse contre le Seigneur, et qui consiste à lui refuser ce qu'on lui avait promis Librement, ce qu'on avait juré même de lui donner.
On rougirait de manquer de parole à un homme, on craindrait avec raison de passer pour un malhonnête et de compromettre son honneur ; et tous les jours on manque de parole a Dieu même, on oublie les promesses les plus solennelles , on trahit les serments les plus sacrés 1 On s'est engagé au service de Jésus- Christ, on a promis d obéir à sa loi, on a juré de ne plus l'offenser, et puis, on ne fait rien pour lui, on méprise ses commandements, on retombe toujours dans les mêmes fautes; c'est indigne, c'est manquer d'honneur et de probité! Ah! qu il était bien autrement fidèle et chrétien ce grand maréchal de France qui, interrogé un jour par son confesseur, s'il n'avait pas encoi-e commis une faute dont il avait obtenu un premier pardon, répondit avec un peu de sur-
prise et de vivacité : « Mais, mon Père, je vous avais promis, et à Dieu, de ne plus le faire! je ne manque pas à ma parole! »
2° Et maintenant envers le prochain : Simm cul que ; il faut aussi nous examiner et voir si nous n'avons pas manqué à la justice, à la parfaite équité. Il a droit à sa vie, à sa fortune, à son honneur : Suum cuique. Vous y tenez, et avec raison, pour vous, mais il a le même droit, il y tient aussi ; l'avcz-vous respecté toujours?
La vie. — 11 y en a tant qui disent : je n'ai ni tué ni volé, et qui font consister en cela l'essence de toute justice humaine. Or, quoique cette idée et celte définition singulière et toute personnelle de l'équité ne soit pas précisément sublime et parfaite, quoiqu'elle nous semble un peu trop vague et restreinte, il faudrait encore savoir si c'est bien vrai dans la bouche de ceux qui le disent. Us n'ont pas tué! soit; mais ces haines, cette soif de vengeance, et ces sentiments honteux inspirés par la cupidité et l'impatience d'un héritage, ces désirs dont on rougit et que l'on n'ose s'avouer, n'est-ce pas quelque chose qui ressemble à une pensée de mort, à un meurtre devant Dieu! Mais, si votre dureté envers les pauvres les a jetés dans le désespoir, si vous les avez laissés mourir,
vous serez pins coupables que vous ne croyez... Il v a un saint Docteur qui dit que, ne pas les seenmir. c'est leur donner la mort, les tuef -s Non pavisti, occiilistï.
Les biens. — Vous n'avez pas volé; non! Voyons pourtant, si dans les affaires, dans les grandes industries, dans les jeux, voyons s'il n'v a pas eu quelquefois de petits secrets, des ruses, des indélicatesses même et des mensonges pour faciliter les affaires, pour aider au succès des entreprises et assurer les bénéfices les plus clairs, toujours à votre avantage et au détriment d'un concurrent, d'un ami, d'un paient même. Il y a, dans ce genre, des eboses qui ne seront pas certainement portées au tribunal de première instance ou de commerce, mais que la conscience juge, et que Dbu un jour condamnera publiquement par u** arrêt terrible et une sentence éternelle.
L'honneur. — Sans doute vous n'avez pa- à vous reprocher de ces calomnies abominables qui ravissent la réputation, ce trésor [dus précieux même que la vie; mais dans le monde, pourtant, que de médisances et de railleries! Que de paroles imprudentes ! On dit que les femmes entre elles se déchirent cruellement. Il est encore plus affreux peut-être de voir des
hommes sans cœur, par une parole légère, perfide, par un lâche mensonge de vanité, attaquer, blesser même, et quelquefois perdre, ravir, tuer l'honneur d'une femme vertueuse, d'une épouse fidèle, d'une mère chrétienne.
Ah î mille fois malheur au monde! où l'on méconnaît, pour ne pas dire que l'on méprise partout le grand principe de justice et de charité : Ne faites pas à votre prochain, ne dites pas de votre frère ce que vous ne voulez pas que l'on fasse pour vous, ou que l'on dise de vous. Dans les salons dorés, dans ces belles réunions du soir, on ne parle donc pas seulement de vanités, on s'y entrelient souvent du mal et des défauts du prochain; et plus je contemple ce monde, celui qu'on appelle le beau monde, le monde comme il faut, plus j'y vois de ruine-, les ruines de toutes les vertus, et même celles de la probité et de l'honneur. 11 y en a partout, on n'y fait presque plus attention.
Oui , parmi les chrétiens de nos jours , on en voit bien peu qui méritent la couronne de justice, bien peu dont In justice soit plus abondante que celle des païens. Mais vous, aujourd'hui, mon cher lecteur, après cel examen qui a dû vous humilier devant Dieu, lâchez d'abord de réparer ce que vous auriez pu faire de tort à
Dieu et à votre prochain ; efforcez-vous, avant de mourir, d'accomplir ce devoir de haute et parfaite équité : Ante obitum tiium, operare justitiam (Eccl. xiv, 17). Ce sera pour vous la sourie même de la paix, et l'espérance de la vie, comme dit la sainte Écriture : Fructus justitiœ in pace setnïrialur (Jac. m, 18). Opus justi al vitam (Prov. x, 16).
Méfiez ces bonnes et saintes résolutions sous îa protection du juste Joseph, en finissant l'exercice par un colloque fervent.
Factus es fortitudo pauperi, et f«rtxtudo egeno in trilulaiione sud.
Vous avez été la force du pauvre et la force de l'indigent, au jour de ses tribulations. (ls. xxv,4.)
C'est avec bonheur que nous appliquons ces paroles à saint Joseph, qui a été, dans le temps, la force d'un Dieu pauvre et anéanti, le soutien et l'appui de Jésus enfant et de sa sainte mère, la Vierge Marie. Heureux, mille fois heureux Joseph, d'avoir trouvé la femme forte par excellence, ce trésor précieux et si rare dont parle le livre de la Sagesse ! plus heureux encore d'avoir lui-même reçu de Dieu celte belle vertu de la force divine, ce mâle courage, cette constance qui mérite le ciel et assure la couronne de gloire! mais infiniment heureux d'avoir été la force et l'appui de son Dieu sur la terre et dans les souffrances de la pauvreté • Factus es fortitudo pauperi.
De 1 ou tes les vertus cardinales, la force est la plus nécessaire; car la vie de l'homme et du ebr tien surtout est un combat et une douleur: il faul beaucoup de force pour lulter et souffrir, toujours lulter, toujours souffrir.
Mais quelle est belle celte vertu dans notre saint patron ! 11 l'a montrée surtout dans trois circonstances qui remplissent sa vie entière. D'abord, dans la peine d'une condition pauvre et humiliée; puis, dans la manière dont il porta la gloire de ses titres incomparables, c'est-à-dire dans l'accomplissement de ses devoirs sacrés auprès de Jésus et de Marie, sa céleste épouse ; et entii a .très-sainte ut tiès-heureuse mort:
trois pensées que le pieux lecteur doit retenir et méditer dans son cœur pendant celte journée. Bien comprises, elles suffiraient pour nous donner le sujet et le plan d'un punégvyique à la globe de saint Joseph. Tous ceux qui sont dans le (iel ont pu diie comme lui : Ma force est en Dieu, mon Dieu est ma force, tonte ma force! Detts meus fadus est forlitudo meu (Is xlix, 5); mais seul il peut ajouter: Et moi aussi j'ai été la force lie mon Dieu, quand il s'est fait pauvre et indigcnl sur la terre : Forlitudo pauperi et fortttudo egeno, in tribulatione suû.
Dfcu* parties dans celte méditation : I. Une
étude théorique; II. Un examen pratique sur la vertu de force.
I. Dans celte élude nous ne pourrions jamais trouver un guide plus sûr, un maitfîe plus habile que saint Thomas d'Aquin. 11 expose toujours sa doctrine avec un ordre et une clarté admirables, mais surtout dans le traité (les vertus. Il commence naturellement par définir celle dont il \a parler : ainsi pour la force deux mots lui suffisent : Sustinet et aygréilitur, La force est un courage puissant, dans l'épreuve comme dans le combat; calme à la vue du danger, patiei t au milieu des dont urs.
Après la définition, le saint Doclcur a coutume dénumerer les principales qualités qu'3 appelle parties intégrales de celle vertu et qui concourent à ses actes Ici, c'est la confiance et l'intrépidité, la constance, la patience et la magnammilé,sins lesquelles, en effel, il est comme impossible de concevoir la force, et, sans lesquelles jamais elle ne pourrait agir.
Enfin, ii fuit connaître tons les défauts opposés a cette vertu, moyen simple mais excellent pour compléter la notion doctrinale qu'il 4 en donne, il indique ici deux vices opposés à la force, l'un par défaut, c'est la timidité ; 1 autre
QUINZIEME JOl'R.
r excès, et vous apprendrez avec surprise que c'est l'audace ou la présomption, et pourtant rien n'est plus vrai. Ainsi, dit-il, quoi de plus faible qu'un enfant ou un insensé? et cependant rien de plus hardi, de plus présomptueux ; aussi ne peuvent-ils rien faire, manquant absolument de force et de constance.
La force, vertu morale que l'on désigne plus habituellement sous le nom de force de caractère, est déjà un don bien précieux de la nature, ou plutôt de son auteur, c'est la qualité qui fait les grands hommes, les héros, les conquérants. Mais nous ne parlons ici que de la force surnaturelle, vertu sainte et divine, inlîfiniment supérieure dans son principe et dans ses effets; car sa source est Dieu même : Quia tu es, Deus, fortitudo mea (Ps. xlii, 2).
Celle grâce divine de force peut très bien s'allier, et de fait, elle s'allie parfailement avec la vue et le sentiment de notre faiblesse et de notre misère. Que dis-je? la connaissance même de notre faiblesse en est comme ia base et le fondement : Cum xnfirraor , lune potens sum (Il Cor. xu, 10), dit l'apôtre saint Taul; c'est alors que je suis puissant, quand je suis faible... c'està-dire, lorsque je sais que je suis faible : et saint I Augustin dit posilivement que toute la force
est dans l'humilité : Omnis fortitado in humilitate. •
Mais aussi, quelle force le Seigneur n'a-t-il pas donnée aux âmes douces et humbles? Quelles conquêtes et quels triomphes ! Les Apôtres d'abord, nos pères dans la foi, et tous les fondateurs de nos églises les ont cimentées dans leur sang et illustrées par leur mort. Après eux, un grand nombre de nos frères aînés, glorieux martyrs ont triomphé du monde et de Tenter, ils ont méprisé les menaces et la rage des persécuteurs ; ils allaient en chantant à la mort. On a vu des enfants, des femmes, des vieillards, plus forts que tous les empereurs de Rome et ses tyrans, monter avec joie sur les bûchers ardents, ou descendre clans les arènes pour y être dévorés par les lions, les tigres et les léopards; et ils avaient trouvé cette force en Dieu; Dieu qui s'unissait à leur âme dans l'ardeur d'une prière fervente, que dis-je? qui se donnait à eux dans la vertu môme de la sainte Eucharistie, ce vrai pain des forts. Car ils avaient la coutume de se nourrir de ce pain sacré dans leurs sombres cachots, et c'est sur leur poitrine déjà souvent blessée par le fer des bourreaux, que les prêtres, ces premiers soldats et disciples de Jésus, célébraient les augustes mystères; autel
bien digne de l'agneau qui a été tué pour
10ll<.
II. Venons maintenant à l'étude pratique de cette vertu. Déjà nous en avons indiqué les sources vives et fécondes : la prière, une prière pleine d'humilité et de confiance ; la sainte Eucharistie, la communion surtout, ce sont là les deux premiers moyens pour acquérir la force de Dieu. J'ajoute l'esprit de sacrifice, l'habitude de se vaincre soi-même : Vince te ipsum, c'e-t la dev.se des loris, et le secret des plus glorieuses victoires. Mais, afin que celte leçon devienne encore plus directe à tous nos lecteurs, et par conséqut nt plus pratique et plus efficace, je me propose de donner i; i des conseils particuliers au\ hommes et aux femmes.
1° Pour les hommes d'abord. La plupart usent et perdent toutes leurs forces dans les plaisirs et dans les affaires de ce monde. Les plaisirs commencent par affaiblir la jeunesse imprudente et légère; puis, ce sont les affaires, les intérêts matériels de celle vie qui épuisent l'âge mùr. Mais ce qui est certain, c'est que dans celle classe, chez les hommes, on voit partout *3es cœurs amollis, des esprits fatigués; partout des âmes sans ressort, sans énergie, sans volonté.
Une autre cause de faiblesse et de lâcheté pour les hommes, je le dirai, quoique cet aveu me coûte et me fasse honte, c'est le respect humain. Il y a des chrétiens qui ont des peurs incroyables : lâches soldats de Jésus-Chrisl, qui rougissent de lui et de son Évangile, odieux et infâmes apostats de la foi ou de la loi de Dieu, et devant qui7... il ne s'agit pas d'un persécuteur, d'un bourreau, mais d'un petit incrédule ou d'un libre penseur! 11 n'est pas question du supplice ni de la mort, mais d'un bon mot ou d'un sourire! Illic trepidaverunt timoré, ubi non erat limor (Ps. xm, 5). Quelle faiblesse! quelle lâcheté!...
Souvent aussi c'est l'imprudence, la prôsompiion qui est la cause des défaillances et des faiblesses des hommes. Ils vont comme des téméraires et des insensés se jeter au milieu des ennemis, s'exposer au danger et à la mort dans les vains plaisirs et les spectacles d'un monde profane et corrompu. Malheureux!... Êtes-vous donc plus saints que David?... plus forts que Samson?... plus sages que Salomon?... Ils sont tombés! et vous allez périr !
Conclusion. Les hommes perdent leur force et succombent toujours, ou par timidité ou par
présomption. Ce sont les deux défauts signalés par saint Thomas d'Aquin. Pour leur rendre un peu de courage et les relever, il n'y aurait vraiment que la prière et les sacrements. Mais hélas! ils ne prient pas, ils ne communient pas, ils seront donc toujours vaincus.
Tour vous, mon cher lecteur, si vous voulez éviter ce malheur, il faut prier, veiller et combattre, mais combattre légitimement, c'està-dire avec constance et jusqu'à la (in, c'est la condition pour remporter la victoire et mériter la couronne d'immortalité : Viyilate et orale (Matin, xvi, 41).IY(w coronabitur nisi qui légitime certavMt (11 Tim. n, 5).
2° Les femmes. Je commencerai par dire qu'il y en a vraiment beaucoup de fortes et de courageuses, quoique le plus sage des Rois ait demandé, avec une sorte d'ironie, où l'on pourrail en trouver une? Mulicrem fortem quis inveniet (Prov. xxxi, 10)? 11 y en a dans l'Église, il y en a beaucoup qui soutirent avec courage, qui savent lutter avec constance. On en voit triompher de la douleur et vaincre dans les combats les plus redoutables. Elles ne sont presque jamais assez faibles ou assez lâches pour devenir esclaves du respect humain, et cela de tout temps. Déjà au jour de la Passion du Sau-
veur, elles s'élaient montrées plus courageuses que les hommes, et même que les disciples de Jésus . elles l'ont suivi au Calvaire, elles ont pleu:é au pied de sa croix et à son tombeau. Aujourd'hui encore, il y en a peu qui succombent à celle épreuve du respect humain.
Je vous dirai bien pourquoi elles ont plus de force que nous; c'est certainement parce qu'elles prient mieux, parce qu'elles communient plus souvent que les hommes. Dieu les soutient, Dieu les bénit.
Mais il y a aussi pour elles des causes de faiblesses étonnantes, et la première, c'est leur sensibilité même : elles sont faibles par leur cœur, qui est en même temps toute leur force. La seconde, c'est la légèreté el l'inconstance de leur esprit : elles changent souvent ; elles se découragent facilement.
Avec la prière qui les préservera toujours, et qui leur donnera la victoire, elles doivent recourir au travail. Le Saint-Esprit, dans le portrait admirable qu'il a tracé de la femme forte, au livre de la Sagesse, a révélé ce grand secret de vie parfaite et de ses plus beaux triomphes. Que fait-elle donc de si extraordinaire, cette femme, que l'on serait heureux de trouver, et dont le prix est au-dessus de tous les trésors
de la terre? Ce qu'elle fait? Elle travaille; ses doigls tiennent l'aiguille, et sa main tourne le fuseau. C'est elle qui met l'ordre dans sa maison; la joie, l'honneur y habitent avec elle. Ses domestiques surveillés avec soin sont heureux, bien vêtus, bien nourris; et son mari est (1er et glorieux des vertus d'une si douce et si fidèle compagne.
Donc, c'est dans l'amour du devoir, dans l'ordre et le travail, dans le dévouement même de sa vie que se trouvent la force et le triomphe de la femme parfaite, de la mère chrétienne, de l'épouse bicn-aimée et d'une sœur chérie.
Demandons à Dieu celle grâce, nous qui sommes les frères ou les enfants des martyrs. Adressons-lui celte prière de Samson , au moment de sa dernière victoire cl de sa mort glorieuse : 0 mon Dieu, rendez-moi toute ma force : Redde mihi mme foitltathnem pristinam (Judic. xvi, 28). Concussisque fortiter columnis, cecidit domus super omves... (lbid.) et les colonnes du lemple se brisant sous sa main puissante, l'immense édifice s'écroula sur la tête de ses ennemis, et il en tua plus en mourant qu'il n'en avait lue pendant toute sa vie. Il est certain que souvent il a sufti d'un seul acte de courage pour assurer le salut et la sainteté
d'une âme : lisez la Vie de saint Louis de Gonzague, de sainte Elisabeth, du P. de Bcauvau, et de tant d'autres, et vous verrez ce que peut un acte héroïque de vertu.
Mais n'oubliez pas qu'il n'y a pas d'autres moyens pour aller triompher dans le ciel; il Faut se vaincre, se faire violence, combattre et souffrir : et violenti rapiunt ïllud (Matth. xi, 12). Il faut vaincre ou mourir. Courage donc, foulez aux pieds le respect humain, combattez, résistez par la force de la foi : fortes in fide% jusqu'à la fin, jusqu'à la mort. — La mort! c'est le dernier combat, la lutte suprême. Demandez à Jésus, Marie, Joseph, de venir à votre secours en ce jour-là, à celte heure décisive, et de vous donner la victoire de l'éternité
Jésus, Marie, Joseph I
Assistez-moi dans la dernière agonie.
Sobrie et juste et pie v.ramus. Vivons dans la tempérance, 1»
justice et la pieté. '(TU. u, l%-\
Nous abordons aujourd'hui un sujet difficile, et dont on parle rarement dans les livres qui traitent de la perfection chrétienne. C'est pourtant une belle vertu que la tempérance, une des quatre vertus cardinales, c'est à-dire essentielles ou fondamentales. Celle étude peut être regardée comme l'une des plus importantes pour la réforme de nos mœurs et pour notre salut.
Saint Joseph s'est élevé à la plus sublime perfection de cette vertu, comme il sera facile de s'en convaincre dans l'exposition même de la doctrine de saint Thomas d'Aquin sur ce sujet. Non-seulement il l'a pratiquée fidèlement par un don spécial de la grâce divine, et par un attrait particulier; mais, s'il est permis de s'exprimer ainsi, par la nécessité même de sa
condition. Il a fait de nécessité vertu, car il était pauvre et simple artisan; il mangeait donc le pain de chaque jour à la sueur de son front. Et quelle pureté, quelle simplicité, quel amour du silence, pendant tout le cours de sa vie!
I. Commençons par la notion de cette vertu admirable de la tempérance. Saint Thomas d'Aquinen définit la nature, les caractères et les effets en quelques mots pleins de lumière : Temperantia est moderato, passionum circa bona sens'ibilia concupiscentix domiiiatio, prxserlim gulx; la tempérance est une vertu qui nous apprend à dominer et modérer toutes les passions qui flattent la sensualité, mais surtout la gourmandise; et nous pouvons dire que cette définition renferme tout un traité, avec les principales divisions du sujet.
Il y a, d'après ce saint Docteur, une foule de petites vertus qui dépendent de la tempérance et qui concourent à la perfection de ses actes. Ainsi l'abstinence, la sobriété, la retenue, la décence, la pudeur, la modestie, la clémence, la douceur, la discrétion, etc., toutes ces qualités qui composent un ensemble de vie parfaitement chrétienne et sainte, ont des nuances particulières qu'il serait trop long d'indiquer
ici, maïs elles ne sont que les sœurs et les fidèles compagnes delà tempérance elle-même; et les fruits de ces vertus sont pleins de douceur.
En fin, par opposition, et pour nous fa ire mieux comprendre la nature de celte vertu, saint Thomas, selon sa coutume, énumère les vices principaux qui lui sont contraires. C'est donc ici, d'après ce grand Docteur, la gourmandise directement; puis l'incontinence, la vainc curiosité, l'abus ou l'excès dans les jeux et divertissements, le luxe immodéré dans la toilette, dans les vêlements, d;ms l'ameublement et toute la vie extérieure; et il définit également tous ces i!s, en prouvant qu'ils sont opposés à la vertu de tempérance, dont il exalte le mérite et l'excellence.
II. Ces principes bien établis, et la définition une fois bien comprise avec l'explication de l'Ange cl maître de l'école sacrée, l'étude pratique de cette vertu de tempérance deviendra facile au lecteur de bonne volonté.
Nous dirons d'abord ce qu'il faut éviter, pour ne pas tomber dnns une foule de finies opposées à la vertu, et ce qu'il faut faire pour tâcher d'arriver à la perfection : quid vitandum,
quul agemlmn, c'est encore une formule ordinaire de notre saint Docteur.
1° Quul vitandum. Ce ne sont pas seulement tous les excès honteux dans le boire ou le manger, vices hideux dont l'homme seul es capable par l'abus de sa raison, mais la re^ cherche immodérée, le luxe somptueux des festins, où l'on étale à grands frais tout ce qui peut flatter la sensualité, les mets les plus rares des pays étrangers, les fruits exotiques qui souvent ne valent pas les nôtres, les primeurs qui n'ont guère que le mérite de n'avoir ni leur maturité, ni b-ir saveur, ni leurs parfums naturels; les vins exquis, les liqueurs de grand prix, et qui viennent de l'autre monde... Tâchez d'éviter ce luxe, ce faste exagéré de la table, et ne consacrez pas à cet acte matériel autant d'heures que certains peuples du Nord: cela est contraire à la tempérance, au moins pour tous les autres pays du monde.
Quid vitandum. Donnant au mot de tempérance un sens plus général et plus étendu, avec saint Thomas, nous dirons que Le Chrétien doit éviter la vaine curiosité, qui porte à faire tant de lecluri s frivoles, dangereuses et propres à jeter Le trouble dans les inteligences cl à gâter la vie des cœurs. C'est pour plusieurs comme
une fatale ivresse, et qui peut aller jusqu'à la morl de l'a me.
Quid vitandum. Les enlrainemenls passionnes pour le jeu, que des hommes insensés prolongent pendant des nuils entières, avec la (lèvre du gain ou le désespoir des pertes immenses, d'une ruine consommée; quelquefois même avec le remords d'une injustice toujours si difficile à réparer, ou qui aurait compromis l'honneur d'un nom et d'une famille.
Quid vitandum. Ces excès d'un luxe effréné dans les habillements et surtout dans les modes et parures du soir. Quelle intempérance par excès et par défaut dans ces belles robes qui descendent trop Las et ne montent pas assez haut, sans parler du prix incroyable de ces brillantes soieries!...
Quid vitandum. Mais, toute cette abondance, ces flots, ces torrents de paroles vaines, inutiles, trop souvent aussi légères et curieuses, parfois méchantes et inspirées par l'envie, la jalousie, Foi -gueil, le mensonge, peut-être même par l'irréligion ou par une sorte d'incrédulité de bon ton.
Quid vitandum. Ce qu'il faut éviter, pour ne pas s'exposer à tomber dans toutes les sortes d'intempérance que je viens de signaler, je le
dirai simplement : eh bien ! il ne faut pas trop aimer ce qu'on appelle de nos jours le confor table ; mot hideux, qui finira certainement par devenir français, mais qui ne sera jamais ni chrétien ni évangélique; car, s'il n'y a pas toujours intempérance dans ce qui est purement confortable, on en est bien près assurément, on y sera bientôt et comme infailliblement conduit. Évitez donc celle mollesse et celte sensualité dos gens du monde; le Chrétien doit être mortifié, crucifié avec Jésus-Christ, par amour pour Jésus-Christ, pour triompher un jour dans la gloire avec Jésus-Christ.
2° Qu'ul agendum. Et maintenant que faudrat-il faire pour arriver à la pratique, à la perfection de celle vertu de tempérance? Les détails ici deviendraient infinis, si nous voulions parcourir toutes les sortes de tempérance, et les vertus qui en dépendent. Afin donc de nous borner, ne parlons que de la modération dans le boire et le manger : prœsertim gulœ, dit saint Thomas d'Aquin; et, pour prévenir tout excès à cet égard, toutes les fautes de gourmandise, donnons quelques règles sûres et faciles.
La première règle est tirée de TÉvangile même et se résume en deux mots : Simplicité, morlifieation. — Simplicité : Manducate qux
appowntur vobis (Luc. x, 8): Mangez ce que Ton vous sert, dit Jésus-Christ, sans rechercher, sans choisir ce qui paraîtrait mieux ; mais aussi certainement, en se conformant aux prescriptions légales, aux préceptes de 1 Église. — Mortification : Il faut bien faire pénitence: pœnitentiam agite (Àct. u, 58). Le jeûne, l'abstinence, sont extrêmement utiles au salut de noire à me; c'est, disent les saints Docteurs et l'Église même dans une des plus belles prières de sa liturgie sacrée, c'est le moyen le plus sur de vaincre nos passions, d'élever noire esprit à Dieu, d'acquérir toutes les vertus et de mériter la gloire : viliu comprima t mentemelevat, virtutem largilur et prxmia.
La seconde règle est renfermée dans les consonnes par les Saints, et pourrait en effet suffire, non-seulement pour éviter à jamais toutes les fautes de ce genre, mais pour nous porl er en peu de temps à la vraie perfection de la vertu. Et d'abord, c'est saint Jean Glimaqucet saint Augustin, qui engagent le disciple de Jésus- Christ, au moment du repas, à penser souvcnl à la Passion du Sauveur, au fiel et au vinaigre qu'on lui donna au Calvaire -.memoria passionis Christ» , aceti cl fellis.
Puis, c'est saint Ignace de Loyola qui, dans le
livre des Exercices, nous propose deux moyens, l'un plein de force et l'autre plein de douceur, pour arriver au même but d'une parfaite tempérance.
Le premier moyen est indiqué dans les règles qu'il donne de cette vertu, et qui tendent à mortifier pleinement la sensualité, en se privant autant que possible et par degré : quant o plus, dit-il, le plus (pie l'on pourra; c'est donc la mortification progressive dans la nourriture : on retranche tous les jours un peu, et principalement dans les eboses qui lia1 lent le «:oût.
Le second moyen e^t de nous représenter Jésus-Christ même et sa sainte Mère auprès de nous, à table avec nous. Celle pratique pleine de douceur et qui plait extrêmement aux âmes intérieures, aux personnes pieuses, les élève au-dessus de cet acte matériel, et les dégagé complètement. Non-seulement cette pensée vous préservera de tout excès blâmable; mais elle vous portera sans cesse aux petits sacrifices qui réjouissent le cœur de Dieu, et méritent une augmentation de charité et de gloire.
Nous ne craignons pas d'assurer, que celui qui voudra prendre une de ces règles sainleSj et suivre celui de ces conseils qui lui plaira lp plus, n'aura jamais à parler de ses repas
IW SEIZIEME JOUR,
dans la confession, jusqu'à la fin de sa vie. Je finis, en priant le lecteur, conformément au conseil de saint Ignace, de se figurer souvent qu'il prend sa nourriture avec la sainte famille, avec Jésus, Marie, Joseph, et de ne jamais sortir de table, sans leur avoir offert une légère mortification, mais avec simplicité, et en faisant bien attention, pour que cette petite pénitence ne puisse être remarquée ou aperçue que des anges seulement.
Beati mnndo corde, çnoniant ipH Deum vidtbunl.
Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.
(Matth. y, 8.)
La pureté... Quel nom donner à cette vertu? Souvent on l'appelle simplement la belle ou Y aimable vertu, ou bien encore la vertu des anges, parce qu'elle nous rend sembables à ces esprits célestes; et puis, parce que comme les anges voient sans cesse la face de Dieu, ainsi les âmes pures le contemplent avec bonheur dans la lumière de la foi vive : Deum videbunt !
Apres la sainte vierge Marie, mère de Jésus, Reine des anges et la plus pure des créatures de Dieu, le plus chaste des hommes, c'est saint loseph, et c'est par cette pureté incomparable qu'il a mérité la gloire d'être choisi pour devenir l'époux de la Vierge immaculée. Nul doute qu'il n'ait voué à Dieu une perpétuelle virginité,
191 uiX-SEPTïESE JOUB.
comme Marie elle -môme, quoi qu'aient pu dire certains livres apocryphes et les écrits des rabbins auxquels, de nos jours, on a eu le malheur de donner quelquealtcnlion, et donl on n'a pas
craint de répéter les erreurs eî les impostures, même dans des livres de piété, heureusement devenus Irés-suspcds.
f. N ius méditerons sur l'excellence de la pull. Nous apprendrons à aimer et à imiter celte verlu «les anges.
I. Définir la vertu de pureté, c'est en dire la gloire et le bonheur. Saint Thomas dWquin nous a donné cette définition générale : Libéra m}/) omnium deLctatwnum, vottiptalis prœcipue; c'est le renoncement libre et volontaire à tout plaisir, de la chair surtout, ou à la volu- lé. La perfection de cette verlu est la virginité, qui renonce même aux plaisirs permis ou légitimes, il y a une pureté de corps, une purclé de cœur et une puretJ d'esprit ; les trois réunies constituent la pureté absolue, la parfait».' chasteté.
D'après saint Thomas, celte vertu ne peut exister dans une âme, sans la modestie, h pudeur-, la retenue, qui en sont comme les parties intégrales, et qui, la gardant comme detidéles
compagnes, révèlent toujours sa présence en nous.
Cetle vertu est d'autantplus glorieuse- qu'elle est j'ius difficile aux hommes ; car les hommes, qui sont nés de la terre et qui touchent à la terre, sont Lien différents des anges, purs esprits, qui sont du ciel et dans le ciel.
C'est aussi pour cela que Dieu l'a toujours tant aimée, et qu'il la comble de ses plus grands bienfaits. Ceux qui sont purs vivent dans sa lumière, dans sa paix et dans la joie de son divin Esprit. Mais tous ne sont pas appelés à celte haute perfection de la virginité : non omîtes vaphnil verbum istud (Matth. xix, il). Aussi faut-il bien distinguer entre le précepte et le conseil.
Le précepte : On doit éviter tout, ce qui peut blesser la vertu de pureté et de chasteté : les pensées, les sentiments, les désirs, les regards, les paroles, les actions. Hélas! et c'est pour manquer à ce précepte saint, que la plupart des hommes se perdent, a dit le grand pontife de Reims, saint Ilemi : propler vilium tamis pauci salvantur.
Le conseil porte celui qui l'a entendu ci compris, à se priver pour toujours de tous les plaisirs même permis. Alors on vit dans Létat
1% iiiX-SKPTiEMS JOLI;.
de virginité parfaite, à limitation de Joseph et de Marie, et c'est une gloire et un bonheur incomparables, même sur la terre.
Remarquez bien qu'il est de foi définie au Concile de Trente, que cet état de virginité est non-seulement plus saint, tout le monde le croit facilement, Sanctius, mais aussi plus heureux que l'état de mariage, et Beatius; et c'est ce que peu de personnes savent et peuvent comprendre: sed quibus datum est!... Oh! oui, elle est belle cette génération pure : oh ! quam pulchra est! belle même ici-bas; on la voit s'élever comme le lis au milieu des épines, au sein de la boue, mais quelle est belle surtout dans les cieux, où sa gloire sera immortelle devant Dieu et devant les hommes! Oh ! quam pu I dira est casta generatio cum claritùte, immortalis est enim... (Sap. îv, 1 1. On ne peut s'empêcher d'admirer celte grâce de la pudeur sur le front d'un jeune homme ou d'une jeune fille ; la pureté, dit saint Bernard, est comme, l'éclat d'une pierre précieuse, comme le feu d'un diamant superbe, qui brille dans les traits de ces anges de la terre : Quam pulchra et splendida gemma verecundia in vultu adulescentis !
Mais hélas! cette vertu sainte n'est-elle pas précieuse aussi, parce qu'elle est extrêmement
rare? Comment pourrait-il en être autrement, pour ceux qui sont condamnés à vivre au milieu des dangers de ce monde pervers! Comment y garder et sauver ce trésor de l'innocence, quand tout cherche à nous le ravir? quand te ut ce que Ton voit, tout ce que l'on entend, quand l'air même que l'on respire est comme rempli et imprégné de ce poison du mal, et souillé par le vice impur?
Nous allons pourtant essayer de défendre et de proléger les âmes contre cet ennemi, le plus redoutable de tous.
II. Pour arriver à la perfection de cette vertu de pureté, commencez par vous persuader d'une chose, c'est qu'il n'y a pas de combat plus difficile dans la vie chrétienne, et que sans cesse il vous faudra lutter : contendite, resistite, efforcez-vous, résistez de toutes vos forces, dit le saint Apôtre. Mais avec quelles armes? Jésus- Christ môme l'a révélé en deux mots : vigilate et oraîe, veillez et priez ; cette parole nous apprend tout ce qu'il faut pour être purs, ce qu'il faut faire : la vigilance, quid vitandum ; et la prière, quid a y end u m.
1° Quid vitandum : Il faut éviter le monde, fuir les occasions du péché qu'on y trouve par-
tout, dans ses fêtes et ses plaisirs les plus vantes. Oui, malli ur au monde: Vas tnnnclo! Malheur, parce qu'il >é.luil cl trompe, pnrec qu'il entraine et perd une foule dames 1... Ah ! mon frère, que je vous plains d'être obligé de vivre au milieu de fous ces dangers, et comme dans le feu! mais aussi pourquoi vous exposer? Pourquoi aller chercher la mort dans ces soirées brillâmes, dans ces bals et rcs spectacles! ne savezvous donc pas qu'il n'v a rien de plus inflammable que le cœur de l'homme? On en a vu brûler même au désert et loin de toutes ces vanités. On se souvient encore de ce qu'on a vu, et quelquefois on désire, on souffre, on lutte avec peine, en regrette ce que l'on a aimé, malgré les laines et le sang de la pénitence... Jérôme s'en p'aignait amèrement; les plus grands saints en ont gérai, et vous, comment pourrez-vous faiie '.' comment espérer de ne pas brûler, quand 10 s vous jetez au milieu des flammes ! Elles vont vous dévorer certainement, si vous n'avez pitié de votre àme.
Quid vilandum. VigilaU, veniez sur votre cœur, mais aussi gardez vos veux. Ne louchez pas à (es livres, à ces romans où déjà vous avez trouvé la mort; craignez ces entretiens dangereux et ces danses voluptueuses; évitez,
fuyez le péril, ou vous allez mourir. Vous goûterez comme (ant d'autres ce fruit amer, ce fruit cruel de la volupté, oui, plus amer que le fiel, dit saint Jérôme, et plus cruel qu'un glaive acéré : Quam acerbus est fructus luiurïx, [elle amarior, cruel e lior ferro !... N'a-1-clle pas fait plus de victimes dans le peuple que foutes les postes, plus de victimes dans nos armées que toutes les guerres et les batailles les plus sanglantes?
2° Quid agendum. Je l'ai dit : priez, pour vaincre le mal : Orcite; Deus adjurât utvincas, dit saint Augustin, et Dieu vousdonnerala victoire. Recourez, comme ce saint docteur, aux plaies de Jésus, cachez -vous dans son Cœur: Ad vulnera Christi coufugio. Je vous recommande surtout la prière à Marie : Trois Are Maria en l'honneur de sa Conception immaculée, le Souvenez-vous; la petite prière : Per sanctissimam pirgmitatem, etc. Par votre sainte virginité, etc., ou Finvocalion si connue vOMarïe conçue smispécké, etc. Toutes ces prières font des miracles chaque jour et suffisent pour éteindre le feu impur... Faitesen donc l'essai au premier choc de l'ennemi, et vous verrez 1
Je ne pois m empêcher de dire aussi un mot des sacrements. La confession prévient ou guérit
100 DIX-SEPTIEME JuUK.
ces tristes blessures. La communion, pain des anges pain des forts, purifie le cœur, y fait germer la virginité même; vous serez étonné de la facilité delà victoire ; essayez.
Un autre moyen encore, c'est le travail; le démon n'a pas de prise sur une âme occupée, il ne peut entrer dans une place ainsi défendue et fermée. Quand on est sur ses gardes, il a peur, et n'ose même pas s'approcher : semper te eccupatum diabolus inventât, dit saint Jérôme. Courage donc; travaillez avec ardeur, et vous serez pur.
Enfin, un peu de mortification : Jésus-Christ même a dit : Ce n'est que par la prière et le jeûne que l'on peut chasser ce genre de démons : Hoc aulem gemts {dxmoniorum) non ejicilur, nisi per oralionem et jejunium (Mallh. xvu, 20). Il faut donc mater le corps, mortifier cette chair rebelle, et vous serez chaste. Dieu alors vous aimera à cause de l'innocence de votre cœur: Qui diligit cordis munditiam..., habebit amicum regem (Prov. xxu, 1 i).
Terminez cet exercice par un colloque fervent à Jésus, Marie, Joseph, pour obtenir cette belle vertu. — A Jésus, agneau de Dieu que les vierges suivront partout dans la gloire, — à Marie immaculée, reine des anges et reine des
LA PUltfcïÊ. 2C1
vierges, — à Joseph, lis de la terre et chaste époux de la Vierge sainle. La seule invocation de ces trois noms bénis : Jésus, iMarie, Joseph, suffit souvent pour ramener la paix dans un cœur, et assurer la victoiie sur l'enfer. Diies-les avec confiance, à l'heure de la tentation.
MX-IIUITIÊME JOOK
Qui se humiliât, ercltabitur.
Celui qui s'humilie, sera exalté.
(Luc. xiv, 11.)
Pour le dernier jour de cette neuvaine, nous devons donc étudier la \crlu d'humilité, dans les exemples de saint Joseph, notre glorieux protecteur. Mais, dans l'ordre des dons célestes, on peut dire que celle venu lient le premier rang, et qu'elle est peut-être la plus excellente de toutes celles que nous avons admirées dans ce grand saint. Ce n'est pas une vertu cardinale, puisqu'on n'en compte que quatre, mais, s'il fallait la désigner par un nom particulier, et qui pûl, en quelque manière, indiquer ses fonctions dans l'owre de la sanctification des âmes, il nous semble qu'on devrait l'appeler une vertu capitale ou fondamenlale, la plus essenlielle de toutes enfin, car les saints Pères n'ont pas hésité sur ce point : caput virtutis humilitas, dit saint
Jean Chrysoslome ; c'est la source et le fondement de la saintelé ; et saint Basile enseigne qu'elle renferme le trésor le plus sûr de toutes les perfections : tuiissimus virtuîum thésaurus.
11 n'y a rien de plus admirable, cl, j'oserais dire, de plus regrettable que l'humilité de saint Joseph. Qu'a-t-il fait cet homme juste?... Qu'a-t-il dit?... Nous ne savons presque rien de celte vie céleste. Nous n'avons pas un mot de lui. Et cependant, nous pouvons croire qu'il fut le plus saint, le plus parfait de tous les hommes, puisqu'il a clé choisi pour être l'époux de la sainte Vierge, et le père nourricier, le gardien, et en quelque sorte le maître de son Dieu.
C'est précisément, parée qu'il était le plushumble, qu'il a été appelé à celle gloire. Quelle vie que celle de Nazareth 1 Quels prodiges de sainteté! Et pas un motl On ne sait rien; l'Évangile garde le silence; mais aussi quelle perfection, quels mérites dans le ciel! Jésus, Marie, Joseph, cachés, inconnus et humiliés sur la terre, sont exaltés, gloriliés ensemble dans les cicux; si vous méditez bien ces paroles, elles seront une lumière pour votre âme : Qui se humiliât, exaltabitur.
Il faut apprendre aujourd'hui I. à connaître, II. à aimer, III. à pratiquer la vertu d'humilité.
I. Connaître: Qu'est-ce que l'humilité? C'est, en un mol, le mépris de soi-même et plus simplement encore^ c'est la vérité. Ce mépris a pour raison la connaissance de notre misère, de noire néant, cl le souvenir delà grandeur môme de Dieu. Lorsque lange superbe a dit dans son cœur : je moulerai, aseendam, et qu'il a voulu prendre la place de ce grand Dieu, il a menti: in veritate non stelit (Joan. vu, 44); et il a été aussitôt humilié, précipité de la gloire. Au contraire, quand la Vierge Marie a dit : Je suis la Irès-lmmble servante du Seigneur : Ecce anciUa Dommi (Luc. i, 58 ), elle a été fidèle à la vérité, et elle a été exaltée, glorifiée: le Seia fait aussitôt en elle de grandes choses ; elle a mérité de devenir la mère de son Dieu.
Il y a une humilité d'esprit etunehumilitéde cœur. La première, c'est la pensée, la vue et môme le sentiment de notre faiblesse, de notre néant; et il faudrait être aveugle ou insensé pour ne pas voir, comprendre et sentir cela; aussi bien n'est-ce pas la vertu proprement dite, quoique ce soit déjà une grâce de Dieu, et elle n'est pas donnée à tous.
La seconde, l'humilité de cœur est l'acquiescement à celte vue> à ce sentiment, intime de notre misère, et aussi aux justes conséquences
de cet état, c est-à-dire, au mépris de nousmêmes, qui nous fera rester à noire place d'abord, et désirer même de nous abaisser. Pénétrée de cette pensée et du sentiment vrai de sa faiblesse, de son néant, l'âme fidèle n'aspire qu'à se soumettre aux autres ; elle obéit avec bonheur, elle accepte en silence, avec joie, les humiliations, les mépris du monde; et nous verrons que ce sont là en effet les œuvres principales et les degrés même de cette belle vertu. Celte définition de l'humilité suffit aussi pour apprendreà distinguer la vi aie vertu delà fausse: est Veritas. La vraie se tait, l'autre aime à parler; l'une se cache, l'autre veut paraître. Il y a des personnes qui veulent absolument parler d'elles-mêmes, qu'on s'occupe d'elles; elles en diraient du mal plutôt que de se taire : (T'est évidemment un orgueil mai déguisé ; faites seulement semblant de les croire, et vous le verrez bien, elles s'cmporlerout aussitôt : tandis que Marie, avec humilité el reconnaissance, ne craint pas de dire : Fecit mihi magna qui païens est..., et B.espexit humUitalem ancillae sux (Luc. i); Le Seigneur tout-puissant a fait en moi de grandes choses, etc. Voilà l'humilité vraie, qui reconnait d'une part son indignité, mais qui rend grâces à Dieu de ses bienfaits.
Le vice opposé à cetle vertu est l'orgueil, et c'est le plus dangereux de tous, puisqu'il détruit tout bien, et enfante mille iniquités dans le cœur de l'homme : initlum omnis peeccati tuperbia (Eccl. x, Jo). Autant Dieu aime l'humilité, aulantil déleste l'orgueil; il a en horreur ces pauvres superbes et il les jette dans la nuit, ou bien il les laisse tomber dans la boue, c'està-dire qu'ils deviennent incrédules ou libertins, impies ou de grands impudiques, le plus ordinairement même ils sont l'un et l'autre... et toujours bien misérables, dit saint Augustin: .a miseria liomo superbus.
D'après saint Thomas, les parties intégrales de l humilité sont la simplicité, la réserve, la retenue, la discrétion, la modestie; l'orgueil au contraire enfante dans une âme mille et mille aubères, de vanité, de présomption, d'arrogance, d'ambition, d'envie, de jalousie, de mensonges, etc., etc., etc. ln'uium omnis peccati tuperbia.
IL Pour apprendre à aimer cette vertu d'hu-
ililé, il suffira de la montrer et de l'étudier
dans le Cœur de Jésus, et de prouver combien
il 1 aime dans le nôtre. Et d'abord, c'est toute la
leçon de notre maître. Apprenez de moi, dit-il,
que je suis doux et humble de cœur. Tonte sa vie n'a èlé qu'un exemple d'humilité, d'anéan* tissement : humiliavit... exïnanivlt semelipsum (Pliil. ii, 8). — Méditez les mystères de sa vie cachée à Nazareth : eral subditus (Luc. n, 51). Il était soumis ; un Dieu, pauvre ouvrier pendant trente ans ! — Méditez les mystères encore plus étonnants de la mort de ce D eu sur une croix! Il a été outragé, flagellé, traité de fou, crucifié; et il se taisait!... Comment après de tels exemples un homme, un ver de terre oserait-il s'élever et s'enfler d'orgueil?.-. Comment pourrait* on ne pas aimer à se cacher, à s'humilier' avec Dieu et pour Dieu!... Ama nesclriet pro nilulo reputari (Imit.).
Voici une autre considération moins élevée peut-être, mais plus directement personnelle encore et dans nos intérêts les plus essentiels. Je veux dire que l'humilité est la condilion suie qua non de notre salut, de notre bonheur, de notre gloire. Dieu morne l'a dit, il résiste aux superbes, mais il donne sa grâce aux cœurs humbles. 11 ne connaît que de loin ce qui est fier et orgueilleux. Toutes ces paroles sont di- « vines, et saint Augustin les interprétant, ajoute : Si vous vous humiliez, Dieu descend jusqu'à vous; si vous vous élevez, il s'enfuit loin de
vous, si loin qu'il ne vous verra et ne vous entendra plus... Citons les textes, cela est trop important, pour ne pas obliger le lecteur à y penser un peu sérieusement. Deus superbis resislit, humilibus autem dat giatiam (Jac. iv, 6). Deus alla a longe cognoscit (Ps. cxxxvn, G). Humilias te, Deus descendit ad te ; erigis te, et fugit a te (Saint Aug.).
Mais la raison capitale en ce sujet, c'est la loi même et la règle de la conduite de Dieu avec les hommes ; loi juste et éternelle, règle générale et sans exception. Voici le texte de cette loi, la formule étonnante de cette règle... qui se humiliât exallabilur, ou, si vous aimez mieux : Deposuit potentes, et exaltavit humiles (Luc. i, 52): encore plus simplement et avec plus de force: ea aux non sunt (I Cor. i, 28). — C'est-à-dire que Dieu glorifie ce qui est humble, que Dieu rejette ce qui se croit capable, puissant, pour ' exalter ce qui est petit et faible ; qu'il n'emploie que ce qui n'est rien, qu'il ne se sert jamais que de ce oui n'est rien, qu'il ne travaille qu'avec et sur le néant : ea quse non sunt ! C'est la loi, la règle, la condition même; loi sans exception, règle éternelle, condition nécessaire, essentielle : ea qux non sunt!
Si vous voulez faire quelque chose de grand, et
que Dieu daigne un jour se servir de vous, humiliez-vous, abaissez-vous, anéantissez-vous, commencez parn'èlreplusricn. Plus vous serez pâlit, anéanti, plus vous serez digne délie associée l'œuvre de Dieu. Dans toute l'histoire du monde, dans les annales des siècles, el dans tous les ordres des opérations divines, au livre de l'Ancien Testament comme dans le Nouveau, je vous défie de trouver une seule exception : ea quœ nonsunt... et exaltavit humiles. Rappelez-vous seulement quelques noms : Moïse, Samuel, David, Judith, Esllier; et plus près de Jésus : Marie, Joseph, ies apôtres ; et encore plus près de nous : Geneviève, François d'Assise et de Borgia ; et nos derniers saints, un mendiant, une petite servante. Benoit-Joseph Labre, Germaine Cousin! Plus vous méditerez ces lois saintes, plus vous aimerez l'humilité, et plus vous désirerez travailler à conquérir cette belle vertu.
III. Pour arriver à la pratique de l'humilité vraie, de l'humilité du cœur, il y a plusieurs moyens. Le premier, c'est la réflexion ; quoiqu'il semble d'abord qu'elle ne peut nous conduire qu'à l'humilité d'esprit, elle unit toujours par toucher aus^i le fond de l'âme Vous méditerez seulement ces mots : Quis ut Deus'I... Quid est
homo?... Tu (fuis es?.,. Quo radis?... Qnid super* bis, terra et finis y... Qui est semblable à Dieu?... Qu'est-ecqueriiomme?Etvous,qui étes-vo-us?... où allez- vous?... Cendre et poussière devant Dieu, malheureux pécheur aujourd'hui et demain peut être damné !.. De quoi pourriez-vous donc vous gîorider, vous enorgueillir? Humiliatio tua in medio lui (Mie. vi, 14). C'est ainsi que vous trouverez dans votre sein la raison de vous humilier et de vous anéantir, lors même que vous auriez élé comblé des dons de Dieu, car enfin, si vous avez tout reçu, de quel droit vous élèverioz-vous '.' Si rero accepisti, quid glo* riaris? (I Cor. iv, 7).
Le second moyen, c'est la prière. Ne sovoz pa? un pauvre honteux devant Dieu ; ce sont les plus malheureux de tous, ceux qui cachent leur mi-ère et n'osent demander. Le Seigneur vous aurait en horreur : Pauperem superbum odit (Eccl. xxv, 4). Priez, priez sans cesse, adressezvous au Cœur de Jésus : Jesu, mitis et humilis corde, fac cor meum secundum Cor taum... Au cœur de Maiie, si douce et si humble : Inter omnes mitis, mites fac et castos... Invoquez notre bon saint Joseph et les autres saints, qui à son exemple ont excellé dans celte vertu.
Le troisième moyen, c'est l'action, ou la vie
pratique de l'humilité môme. Faites monter votre âme par les degrés admirables de cette vertu jusqu'à la perfection* Or, voici les principaux degrés, d'après l'Ange de l'école, saint Thomas d'Aquin : Avant tout éviter l'orgueil, la vanité, l'ambition, l'amour-proprc et ne point parler de soi-même. Craindre Dieu, se soumettre à sa volonté, obéir à sa loi, s ■ plier aux ordres de ceux qui ont autorité sur nous. — Souffrir les mépris sans murmures , en silence. — Aimer, rechercher les humiliations; les goûter avec bonheur, s'en rassasier avec joie: Tacitus jiati, libenter ferre ! Ama nesciri et pro nildlo réputari; aimer à vivre dans l'oubli, se réjouir d'èlre regardé comme rien; c'est la perfection et le vrai bonheur.
0 malheur! ô honte des esprits superbes, des cœurs orgueilleux! Dieu rejette et maudit ces animaux de gloire : oui, ils tomberont dans la nuit ou dans la boue. Que dis-je? ils y ont été précipités... C'est là toute la philosophie de l'histoire du monde : l'orgueil entante ie libertinage, et l'impureté plonge le flambeau de la foi ou l'éteint dans la fange.
O bonheur! ô gloire de l'humilité ! Dieu se révèle aux esprits humbles ; Dieu se donne aux cœurs simples; il les exaltera et les glorifiera
dans le ciel, en proportion môme de leurs abaissements et anéantissements sur la terre.
Vous terminerez cet exercice par une prière fervente à Jésus, Marie, Joseph, pour obtenir cette belle vertu, et souvent pendant le cours de cette journée, vous répéterez celte oraison jaculatoire : 0 Cœur de Jésus, etc..
Jesiu mills et humilis corde, fac cor meam secundum Cor tuum... Cœur de Marie, abîme d'humilité, priez pour moi... 0 saint Joseph, méprisé des hommes, mais si grand aux yeux de Dieu, priez, priez pour moi !
TROISIEME NEUVAINB
ou