VINGT-UNIÈME JOUR
Second moyen de soulager les' Ames du Purgatoire :
L'Aumône.
lo L'aumône corporelle.
2o L'aumône spirituelle.
^^^^^REMIER POINT.
— L'aumône est une des vertus qui nous sont le plus souvent et le plus fortement recommandées dans TEvangile. Elle possède même , d'après saint Thomas, une puissance de satis-
faction plus grande que la prière:
ou plutôt elle double la force de nos prières el en assure le succès.
L'ange disait à Tobie : (c L'aumône sauve de la mort ; c'est ^lle qui efface les péchés ; elle retire l'àme des ténèbres, lui fait trouver grâce devant Dieu et lui assure la vie éternelle. »
Quel moyen plus efficace pour soulager les Ames souffrantes ?
Lorsqu'en leur nom nous exerçons la charité, les cris de reconnaissance des pauvres montent Yers Dieu et triomphent de tout auprès de lui. C'est une douce rosée qni tombe dans les flammes du Purgatoire et en tempère les ardeurs. Admirable économie !
nensée consolante ! le denier qui donne le pain du moment à un misérable de ce monde, donne peut-être à une Ame délivrée une place éternelle, à la table du Seigneur, dans le Ciel. Oh ! soyons donc niiséricordieux autant que nouspouvonsrêtre;si nous avons beaucoup, donnons beaucoup ; si nous avons peu, donnons peu, mais donnons de bon cœur.
(( Heureux, s^écrie le psalmiste, celui qui comprend la douleur du pauvre et du délaissé ; le Seigneur le délivrera au jour mauvais, il l'assistera sur son lit d^angoisse et le récompensera éternellement. »
À l'œuvre donc. Ame chré-
tiene, secourez les affligés de la terre et vous soulagerez en même temps ceux qui pleurent au-delà de la tombe Mettez llobole de la veuve dans la main du pauvre ; c'est le geôlier du Purgatoire ; à sa voix les feux s'éteindront, les les cachots s'ouvriront, les captifs deviendront libres.
Deuxième point. — Si les biens nous manquent, si l'argent nous fait défaut, est-ce qu'il ne nous reste pas l'aumône spirituelle qui fait du bien à l'âme et au cœur qui souffrent et gémissent, et qui surpasse, suivant l'expression de saint Thomas, l'aumône corporelle, comme l'esprit surpasse le corps ? Ah ! les
misères spirituelles sont bien plus nombreuses et plus déplorables que les misères corporelles. Or, la divine bonté permet que nous transportions à nos frères chéris du Purgatoire les mérites que nous pouvons obtenir par la voie de ce genre d'aumône. Donc pour eux, soignons les pauvres malades ; pour eux, veillons au chevet des agonisants; poureux visitons les prisonniers ; poureux, protégeons les orphelins; pour eux, consolons les veuves; pour eux, essuyons les larmes de tous ceux qui pleurent ; et qu'ainsi notre charité, en diminuantles souffran ces de ce monde, qui est un Purgatoire aussi, adou-
cisse et abrège pour nos frères les morts le Purgatoire de l'autre vie !
Qu'est-ce donc qui nous arrête quand il s'agit du soulagement et de la délivrance de ces chères Ames ! Qu'est-ce qui pourrait nous servir d'excuse si nous les oublions, quand il nous est si facile de leur venir en aide ? et qui viendra un jour à notre aide, à nous, si nous ne faisons rien pour les autres?
EXEMPLE
Tyçf NE dame veuve avait un fils unique i^i^qu'elle aimait tendrement. Un jour que celui-ci se divertissait avec d'autres jeunes gens de son âge, un étran-
ger vint à passer et se mit à les troubler dans leurs jeux. Le fils delà veuve le reprit duiement. Alors, l'étranger courroucé tire son poignard, le lui plonge dans le cœur, et, laissant l'infortuné palpilant sur le sol, s'enfuit, l'instrument de son crime à la main, et se réfugie dans la première demeure qu'il trouve ouverte. Il supplie la maîtresse de la maison de le cacher pour l'amour de Dieu. 0 surprise ! c'était précisément la mère du jeune homme assassiné. Elle consentit. Des gendarmes, qui étaient à la recherche du meurtrier, entrèrent dans la maison, et, ne l'y trouvant pas, l'un d'eux dit à la dame « Sans doute, vous ne savez pas que votre fils est mort, car si vous le saviez, vous nous livreriez le coupable qui doit être certainement ici, »
— Peu s'en fallut que la pauvre mère ne mourût de douleur en apprenant cette fatale nouvelle. Mais, retrouvant
ensuite tout son courage et toute sa charité, elle dit au coupable : « Malheureux, vous avez tué mon fils, qui était mon unique soutien, l'espoir de ma vieillesse. Je pourrais vous livrer aux exécuteurs delà justice, qui vous tueraient aussi. Je préfère, par charité, vous rendre le bien pour le mal. Je vous garderai chez moi, je demanderai grâce pour vous, je vous adopterai pour mon fils, et j'espère qu'en cette considération Dieu ouvrira le Ciel à mon cher enfant. » — Quelle charité !
quel héroïsme !
Quelquesj ours après, le défunt apparaissait à sa mère : € Essuyez vos larmes, lui dit-il, et réjouissez-vous, car vous m'avez sauvé. Je devais rester longtemps au Purgatoire, mais vous m'en avez retiré par la générosité, par les aumônes que vous avez pratiquées envers celui qui m'avait ôlé la vie.
Consolez-vous, ô ma mère, je monte
au Ciel !» Et la pauvre veuve poussa un doux soupir. Elle était, en effet, bien consolée. Oh ! puissance de la charité et de Taumône !
PRIÈRE
Plein de foi en vos paroles, ô mon Sauveur, je ne verrai plus désormais que voire personne adorable, cachée sous celle de l'indigent qui implorera ma pitié. Je déposerai avec respect mon aumône dans la main qu'il me tendra, pensant que c'est à vous-même que je donne. Mais, ô mon Dieu, ma charité ne se bornera pas aux vivants ; je veux qu'elle s'élende jusqu'aux morts, et que ce que je ferai pour les pauvres de la terre serve aux pauvres du Purgatoire et attire sur eux l'effusion de votre miséricorde. Doux Jésus l donnez-leur le repos éternel !
Requiescant in pace !
VINGT-DEUXIÈWIE JOUR
Troisième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
La Sainte Communion.
i^ Communion sacramentelle.
2^ Communion spirituelle.
'REMiER point. — Quand nous avons le bonheur de communier, nous sommes unis à Jésus-Christ d'une manière si intime, que chacun de nous peut s'écrier avec le grand Apôtre:
« Non, ce n'est plus moi qui vis,
c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Alors notre chair devient sa propre chair, son cœur fait palpiter le nôtre, son sang coule dans nos veines, sa divinité réside en nous ; nous sommes d'autres Christs ! Oh! dans cet heureux instant, envié des Anges, qu'il nous est facile de parler à Dieu sans bruit de paroles, et de lui dire avec plus de confiance encore que le roi-prophète : ce 0 Dieu, protecteur des affligés Jetez les yeux sur moi, vous y verrez la face de votre Christ : Respice in faciem Christi tiii. Non, ce n'est plus moi qui parle et qui prie^ c'est Jésus, votre propre Fils, qui parle et prie par moi ;
c'est lui qui demande pour moi la délivrance de mon père, la délivrance de ma mère, la délivrance des pauvres Ames abandonnées. Je suis sûr, ô Père miséricordieux, que vous ne rejetterez pas ces justes supplications, car le visage, les prières, les larmes, le sang de Jésus-Christ, ont une voix toute-puissante pour apaiser votre justice et obtenir le pardon ! »
Communions donc. Ame chrétienne , communions souvent pour ces Ames tant aimées qui n'ont plus le bonheur de participer au banquet eucharistique.
Oh ! avec quelle ardeur, quelle mainte impatience elles attendent
que nous répandions sur elles la rosée rafraîchissante et libératrice du sang de Jésus-Christ ! Bientôt, oh ! que cette pensée est consolante! bientôt l'éternelle communion commencera pour elles, et elles iront contempler dans le Ciel le Sauveur eucharistique , devenu le Dieu des récompenses.
Deuxième point. — Si vous ne pouvez pas , Ame chrétienne , faire souventla communion sacramentelle , c'est-à-dire recevoir réellement Jésus dans votre cœur, à la table sainte, faites du moins la Communion spirituelle. Elle consiste dans un désir ardent de s'unir au divin Sauveur et de recevoir son esprit et ses grâces.
C'est une pratique si salutaire aux vivants et aux morts, que saint Liguori va jusqu'à dire qu'on en peut tirer autant et plus de fruit, si on la fait avec ferveur, que de la communion sacramentelle , faite avec tiédeur. Elle a, en outre, cet avantage qu'on peut la faire tous les jours, à tous les moments du jour et de la nuit, et en tous lieux, soit profanes, soit sacrés.
N'est-ce pas un moyen simple^, facile, puissant^ de soulager nos chers défunts?
Faites donc. Ame chrétienne, cette communion spirituelle au moins à chaque messe que vous entendez, et à chaque visite du saint Sacrement. Voici la formule
que vous pouvez employer : ce Mon Jésus ! je vous crois ici présent ; je vous aime, je vous désire, je m'unis à vous d'esprit et de cœur, en attendant que je puisse vous recevoir réellement. Bénissezmoi, bénissez aussi les pauvres Ames si souffrant es du Purgatoire.
Oui, Seigneur, appelez vos enfants et nos frères au repos éternel, et que la lumière qui ne s'éteint plus, luise sur eux ! Qu'ils reposent en paix ! Requiem œternam doua eis^ Domine ! »
EXEMPLE
E vénérable Louis de Blois, célèbre -^maître de la vie spirituelle et homme d'une remarquable sagesse^
rapporte qu'un dévot serviteur de Dieu, qu'il connaissait et aimait, fut visité par une âme du Purgatoire, et que celle-ci lui fît voir tout ce qu'elle endurait de tourments Elle était punie pour avoir reçu la divine Eucharistie avec une préparation insuffisante et beaucoup de tiédeur. C'est pourquoi, la divine justice l'avait condamnée au supplice d'un feu dévorant qui la consumait. — (( Je vous conjure, disaitelle^ vous qui avez été mon ami intime et fidèle, et qui devez l'être encore, je vous conjure de communier une fois en mon nom, et de le faire avec toute l'ardeur et toute la charité dont vous êtes capable. J'ai la confiance que cette fervente communion suffira pour ma délivrance et que par ce moyen seront compensées mes coupables froideurs. > Celui-ci s'empressa d'entendre la sainte messe et de communier pieuse-
ment pour le repos de l'âme de son ami. Après l'action de grâces, l'âme lui apparut de nouveau, entourée d'un éclat incomparable, heureuse et pleine de reconnaissance. « Soyez béni, ô le meilleur des amis, votre communion m'a délivrée et je vais voir face à face mon adorable Maître. »
N'est-ce pas le cas de rappeler le conseil de saint Bonaveiiture ? « Que la charité vous porte à communier souvent et pieusement, car il n'y a rien de plus efficace pour le repos éternel des défunts. »
PRIÈRE
Vous retenez, ô mon Dieu, les âmes de mes proches dans les prisons de votre justice, mais vous voulez qu'en mangeant le Pain des Anges je puisse leur en ouvrir la porte. Soyez donc
béni, Père miséricordieux, et recevez la promesse que je vous fais aujourd'hui de communier souvent en faveur de ces saintes âmes du Purgatoire^ afin que vous ne voyiez plus en moi que votre Fils, et que ma voix, couverte par la sienne, parvienne jusqu'à vous el m'obtienne plus sûrement la grâce que je sollicite 0 Jésus, soyez propice
à nos chers défunts ! qu'ils reposent en paix !
Requiescant inpace !
VINGT-TROISIÈIVIE JOUR
Quatrième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
Le Saint Sacrifice de la Messe.
1<> Il est offert par jésus-