‹ Moïse et le TalmudChapitre 178 sur 178 · nm · texte numérisé non relu

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PAKAPHflASE. 321 pérance. Toute douleur dit à l'homme qu'il s'est fourvoyé, qu'il est temps de s'arrêter dans la mauvaise voie. Les douleurs héritées sont une conséquence de la solidarité des êtres, qui a toujours existé et qui existera toujours.

Le Dieu de Moïse, comme nous l'a vous prouvé dans sa loi fondamentale, n'est pas tout à fait le Dieu d'Abraham. Entre Èlohim et Jéhovah il y a tout un système philosophique. Élohim, c'est la force suprême; Jéhovah, c'est l'Être qui n'a jamais changé et qui ne changera jamais, qui fut ce qu'il sera. Dans tous les êtres créés, dit Platon, il y a un non-étre latent qui va devenir. Ce que Platon explique dans plusieurs pages, Moïse l'énonce dans un mol.

En vertu de ce principe, Dieu, selon Moïse, représente l'éternelle loi qui jamais ne ploie devant aucune considération. L'homme, à son tour, représente la liberté, tenant en sa main son bonheur et son malheur.

F.n vertu encore de ce principe, toutes les créatures jaillies de la même loi, sont égales devant elle et solidaires les unes des autres.

En vertu de ce principe enfin, le faible

n'existe plus pour être sacrifié au fort ; le fort, au contraire, existe pour faire son devoir envers le faible, car Dieu lui-même, par son essence et la création, représente le Devoir. La créature doit en tout imiter le créateur, s'élever vers lui par la pureté, la sainteté, par le devoir accompli envers le prochain et les existences à côté et audessous d'elle.

Voilà donc la raison d'être tiu peuple rie Moïse. Tu dois, lui dit-il, servir de modèle aux autres nations, dont les lois anti-rationnelles sont basées sur la tyrannie et la force brutale . Tu dois rester un peuple de raison pure. Du jour que tu oublieras la raison, en vertu de laquelle Jéhoval» t'a élu ; du jour que tu ressembleras aux peuples idolâtres don I les dieux, faits des mains d'homme, sont aussi injustes que les mortels, tu deviendras la proie des nations plus fortes que toi, lu tomberas dans l'esclavage , tu disparaîtras parmi elles.

Étant la nation la moins nombreuse, la moins considérable par l'antiquité et la force, tu n'existes et lu ne seras supérieure aux autres, que par la loi basée sur la raison divine. En d'autres

PARAPHRASE. 323 ternies, je le donne la Qualité, l'élection, car je te donne In Féritc. Dès qu'entre tes mains celte qualité disparait par tes vices et tes crimes, tu ne seras plus qu'une seule et imperceptible Quantité, plus tard .lésus a répété la même chose à ses apôtres, en les appelant le sel de la terre.

Je n'ai pas besoin d enumérer encore les causes de la chute du premier temple. Les lois de Moïse restèrent à l'état d'idéal. Sous les juges seulement, le principe vital en fut respecté, L'idolâtrie, avec toutes les barbaries à la suite, envahit les deux royaumes d'Israël et de Juda. Tons deux disparurent sous la main puissante des rois babyloniens, tous deux devinrent un sujet d'abjection et de risée. Etant tombé de plus haut, Israël roula bien plus bas que d'autres peuples vaincus ]>ar la force. Il se piquait d'être toujours le peuple élu, ignorant, oubliant qu'il n'était plus élu, dès qu'il n'observait plus la loi fondamentale de Moïse. Cette prétention d'élection lui a valu des ennemis irréconciliables, et à juste titre. On n'est é'u que par ses vertus et ses devoirs accomplis, jamais par l'exigeance des droits

3ï4 LES LIVRES DE DIEU,

imaginaires. Israël depuis longtemps n'avail plus que les vices de ses vainqueurs.

Dans son malheur, Israël reconnut celte vérité. H revint sur lui-même. Il eut le temps de réfléchir et d'étudier la loi de Moïse. Babylone, ivre de sang, tomba pour ne plus jamais se relever, comme le lui avait prédit le plus grand disciple de Moïse, le grand Isaïe. Quelques véritables grands hommes surgirent de nouveau de son sein, tels que Daniel, Néliémie, Zorobabel,

Ses malheurs, Israël les a dus, il les doit et il les devra toujours à ses princes et à ses enrichis. Son salut ne lui vient que par ses poètes et ses savants, qu'il a toujours méprisés durant le temps de sa prospérité.

Les Perses venaient d'établir leur règne sur les ruines de Babylone. Parmi eux il y avait quelques rois philosophes recherchant les penseurs juifs. Des juifs furent appelés à la cour et revêtus de dignités royales. Un roi perse permit enfin aux Israélites de relever le temple de Jérusalem. Les juifs enrichis restèrent en Perse, mais les savants, les pauvres et les artisans retournèrent à

PARAPHRASE. 323 Jérusalem où, après des tribulations sans nombre, ils proclamèrent de nouveau la loi de Moïse.

Mais parmi les juifs revenus de la Perse, il y avait une secte qui, de ce pays, avait rapporté la doctrine mazdéenne de la fatalité. Ce fut là l'origine des pbarisiens. La fatalité en effet est le principe fondamental des pharisiens. Seulement ils l'ont appelée grâce, ou prédestination.

I,a fatalité, étant un principe tout à fait opposé à la doctrine fondamentale de Moïse, qui met le bonheur et le malheur dans l'action lihre de l'homme, force fut à cette secte, dès qu'elle devint maîtresse du pouvoir, d'adultérer la doctrine sacrée, soit en falsifiant les textes, soit en les expliquant à sa guise, soit même en les supprimant tout à fait.

La fatalité traîne à sa suite d'autres erreurs sociales bien plus calamiteuses.

Dès que l'homme attend tout de la divinité, non par ses lois naturelles, mais par la grâce et la puissance de suspendre ces lois — des miracles — il cherche à la corrompre par des flatteries, par des sacrifices, par des prières sans fin.

De même que les tyrans humains n'aiment

que de bas solliciteurs, de même les dévots ne demandent à leur Dieu que des biens matériels, la santé, la fortune et les dignités, le tout pour glorifier le Seigneur comme le courtisan qui, à l'entendre, ne se gorge de richesses que pour faire resplendir la magnanimité de son maître.

Dès lors plus de devoirs envers le prochain.

L'essentiel c'est de plaire à Dieu. 11 n'y a même pas d'autre prochain pour le dévot que celui qui hurle avec lui et partage avec lui les dépouilles divines, prises sur des mortels plus faibles. Tout opposant est un athée, un rebelle qu'il faut exterminer. À défaut de le tuer, il faut du moins, sous prétexte qu'il est damné et qu'il n'entre pas au ciel, l'exclure de tous les droits de la terre. Quant à ce ciel, ce sont les initiés, les chambellans de Dieu qui seuls en possèdent la clef. Eux seuls admettent les élus et refusent les réprouvés, la proie de l'enfer et du purgatoire. L'Autre n'en sortira jamais. Seulement à force de les prier, à force de soumission, on peut obtenir d'eux que ces réprouvés, après avoir beaucoup souffert , remontent et soient reçus à merci. Eux seuls, vrais serviteurs de

PARAPHRASE. 327 Dieu, sont les mai très des vivants et des morts. En vertu de quel droit? En vertu de la grâce de Dieu et de la prédestination, en vertu du droit divin. 11 se peut que le déshérité des biens de la terre, pourvu qu'il soit bien soumis, ou bien repentant, reçoive une compensation au ciel, mais en aucun cas il n'a le droit de se plaindre.

Il est prédestiné. Tout ici-bas est arrangé, casé par la Providence qui sait tout, peut tout et fait tout. L'homme ne fait que s'agiter. Sa liberté n'est que factice. S'il fait le bien, c'est que Dieu l'a inspiré pour le bien. S'il fait le mal, c'est que Dieu s'est détourné de lui. D'aucuns admettent une espèce de dieu inférieur pour le mal, un Satan, un diable. Le vrai Dieu, d'ailleurs, sait d'avance si l'homme le quitte pour suivre le diable. Seulement dans sa bonté, — car autrement le monde ne pourrait pas exister, — il pardonne à son fils égaré ou désobéissant, annihile le mal qu'il a fait, soit par un souffle, soit par un miracle, soit par sa grâce.

Par exemple, il pardonne à l'assassin, mais on ne sait pas ce que devient l'assassiné. Ce dernier n'est jamais consulté.

C'est là la doctrine (lu Talmud, au nom de Jéhovah. Elle est prêchée encore sous d'autres noms, .le n'ai pas besoin de les nommer.

Comme les malheureux, quoi que l'on fasse, protesteront toujours contre la doctrine de la prédestination et de la fatalité, il ne reste aux hommes de ce système que la force et le droit du plus fort. Seulement pour prêter à ce droit une apparence de justice, ils l'exercent au nom de Dieu et pour sa grande glorification.

Poussés par la logique, — car l'erreur a sa logique comme la vérité, — ils déclarent posséder, à eux seuls, la vérité absolue. Que celle vérité soit contraire à toute raison, peu importe. Elle a été révélée telle quelle. La raison n'a rien à y voir. Elle est impuissante à maintenir l'homme dans la voie du bien, quoiqu'il n'y eût jamais d'autre voie de bien que la raison; émanation directe du Créateur. D'après leur système Dieu aurait donné la raison à l'homme pour ne jamais s'en servir, à moins que cela ne fût pour la nier, car il faut même de la raison pour nier la raison. En vertu du même principe, les fatalistes, partisans de la grâce, nient le progrès hu-

PARAPHRASE. 3Î9 main. Du moment que Dieu a révélé a l'homme la vérité absolue, il ne peut y avoir jamais le moindre progrès dans cette vérité, ni dans ses conséquences politiques et sociales. S'il y a un changement dans la vie des peuples, c'est que Dieu les a ordonnés, après avoir lui-même changé de volonté, soit qu'il se fût apaisé, de courroucé qu'il était, soit qu'il éclatât de colère, après une période de bonté et de douceur. Parfois ses châtiments frappent l'innocent et ses bénédictions comblent le méchant, mais tous deux après leur mort changeront de place. La raison de l'homme, d'ailleurs, est trop courte et trop mince pour pénétrer les causes de ces catastrophes. Ces changements à vue une fois opérés, le vieux système continue et le monde est toujours gouverné, en vertu de la même vérité absolue, accordant par sa grâce tout aux élus, — les dévots, les prêtres, et les privilégiés qui les soutiennent, — et refusant tout aux reprouvés, — les pauvres, les hérétiques, les impies, et les étrangers. — Voilà le système des pharisiens juifs et autres.

C'est l'extrême opposé de la religion philosophique de Moïse, qui, — on ne saurait assez le

répéter, - met le bonheur et le malheur de l'homme dans sa propre main pur la liberté, tout en reconnaissant la solidarité des méchants avec les bons, n'ayant garde de payer les souffrances du pauvre par une lettre de change, tirée sur le ciel, payable après la mort.

Qu'on se figure maintenant ce système de fa- . talité cousu, lissé, enchevêtré de force dans les lois de Moïse, li n'en reste pus une ligne, pas un mot, pas une syllabe tlans son sens naturel. Là où la lettre de la loi est contraire au système, on la violente, on la falsifie; là, au contraire, où l'esprit de la loi crie contre l'application, l'esprit est condamné et la lettre maintenue dans toute sa rigueur '.

I . Le Talmud n'a pas de parti pris pour la lettre contre l'esprit. Tantôt il maintient la lettre, tantôt il la oie et l'interprète à sa guise. Ainsi, quand Moisc dit poétiquement : « Cette lt»i te servira comme signe sûr ta main et comme

lettre et l'appliquant rigoureusement, ordonne, sous peine

tout juif, pour jhùt, uiultr:i tous les matins un nœud de cuir de veau contenant le Sehemah Israël sur le front entre les yeux, et sur le bras nu en face du cœur, le tout enjolivé de courroies avec lesquelles le crojant fera un certain

PARAPHRASE. 331 Une telle doctrine devait naturellement provoquer des dissidents et des opposants. Aussi l'histoire de la seconde monarchie juive n'estelle qu'une longue suite de crimes et de guerres civiles. Jésus vint. Il prolesla au nom des pauvres, des femmes et des esclaves contre la doctrine des pharisiens. Il Tut sacrifié. Mais ses disciples étaient lalmudisles.

A peine fut-il mort qu'ils appliquèrent à Jésus la doctrine que le Talmud appliquait a Jéhovah. Les miracles et la résurrection sont talmudiques.

Bientôt des rabbins convertis s'emparèrent de ce nom, pour prêcher aux gentils la docnombre de nœuds et de rouleaux cabalistiques autour le bras et les doigts. Mais quand Moïse, par humanité, dit: i Tu ne cuiras pas l'encan (bris lu lait rie si ir.i-rc, > le Talmud, loin de prendre cela à la lettre, invente tout un volume de règlements et de défenses sur le mélange du laitage avec le viaiidaire, qu'il :i j) [nr Thariibclh. Lin:, giiutlc de lait tombant sur un morceau de viande, la viande est défendue, à moins qu'il n'y ait soixante parties de viandes contre une partie de lait. D'Bfsn h*>2 II y a plus de mille volumes d'imprimés sur ce:te -eu II- question de McUw^rs lous cmtenu-, d'après le Talmud. dans les paroles de Moisi', el auxquels ce grand homme, certes, n'a jamais songé, en ordonnant de ne pas cuire l'enfant dans le lait de sa mère.

trine talmudique. Il n'entre pas dans mon système de rechercher les causes du triomphe de la doctrine chrétienne des premiers temps.

On connaît la vie de Constantin, on connaît ses vertus et ses vices. Les talmudisles néo-chréliens promettaient pleine rémission et pardon complet à tous ceux qui, se repentant, reconnaissaient leur Dieu. Quelque temps après, le dogme des pharisiens fut officiellement proclamé : la grâce, la prédestination, le pardon du mal. La vérité fut de nouveau déclarée absolue et révélée par le Saint-Esprit, qu'elle fut contraire ou non à la raison. Le but de l'homme était, comme toujours, de plaire à Dieu, non par des œuvres envers le prochain, par le dévouement pour le faible, le pauvre et le malheureux, mais par la foi. Inutile de m' appesantir là-dessus. Le Talmud n'avait nullement perdu en crédit. 11 n'y avait de changé que quelques mots.

Les Juifs, niant la divinité de Jésus, reculèrent d'abord et serrèrent leurs rangs autour de Jéliovah. Ils protestèrent au nom de Dieu- Un, mais ils ne retournèrent nullement à la pliiloso-

PARAPHRASE. 333 phie de Moïse. Ils étaient et ils restaient lalmudistes, pharisiens, c'est-à-dire, ennemis de la liberté et du progrès.

Ils devaient survivre comme monothéistes, mais ils oevaieht mourir comme pharisiens.

Sorlis de l'arène de la pensée philosophique, rouilles d'erreurs et de casuistique niaise, puérile, absurde, ils ne pouvaient ni vivre ni mourir. Les peuples les regardaient comme des ruines inutiles contre lesquelles les passants déposaient leurs ordures. Qu 'avaient-ils à espérer d'eux et de leurs doctrines? Rien, absolument rien.

11 n'y aurait eu pour eux d'autre alternative que celle-ci. Sortir du joug dogmatique pour se plier sous les fourches caudines des rabbins. Pour un dogme chrétien contraire à la raison, le judaïsme rabbïnique vous imposait deux absurdités cérémonielles. En général toute doctrine religieuse, qui ne sert pas au progrès et à la prospérité du peuple, est morte ou va mourir. Pour la maintenir il faut la force brutale, des flots de sang.

Mais au-dessus du Talmud resta la Bible, la loi de Moïse ; loi de liberté, d'égalité et de solidarité.

Le Tahuuil avait beau la tronquer, la défigurer, l'interpréter, les esprits élevés du judaïsme, tout en courbant la tète sous le double despotisme du rabbin et de l'évêque, notamment Eben Esra, y sont toujours revenus. Malheureusement la plupart des penseurs juifs du moyen âge tournent dans le cercle vicieux de la philosophie scolastique. Toute leur science est stérile, mortnée. Dans Ions les écrits de Maimonide, le plus fort de tous, il n'y a pas deux pages qui aient une valeur pour le philosophe moderne.

El pourtant, si les Juifs hébraïsanls étaient revenus purement et simplement à la loi de Moïse, du moins dans leurs écrits, en arborant le drapeau de la liberté qui est le drapeau de l'Ancien Testament, au lieu d'écrire des milliers de volumes stériles sur le Talmud, sur des questions cérémonielles , nul doule que toi ou lard le peuple, malgré son fanatisme et son ignorance, n'eût pris fait et cause pour eux. Ce même peuple qui a injurié les talmudistes en les brûlant, eût trouvé une larme de commiséralion pour eux, dès qu'il eut appris qu'ils mouraient, pour avoir défendu sa liberté et son affranchissement.

PARAPHRASE. 33S Si les juifs avaient simplement développé les principes de liberté, d'égalité et de solidarité de Moïse, en les opposant an principe de fatalisme, d'esclavage et de privilèges, ils auraient bien vite retrouvé leur raison d'être. Les eùt-on brûlés comme on l'a fait, ils auraient laissé des traces divines. En tout cas ils auraient fait leur devoir. Qu'avaient -il s à craindre? Pouvaient-ils être plus malheureux qu'ils l'étaient. N'onl-ils pas été en grande partie forcés de quitter les pays et les langues des chrétiens pour écrire en arabe? Mais non! Jamais on ne reprochera aux Juifs de n'avoir pas su mourir pour leur Die» et pour ce qu'ils croyaient être la vérité. Dix-huit siècles de martyres se lèveraient et répondraient. Ce n'est, donc poinl le courage qui a manqué. La vérité est, que dans l'obscurité universelle, peu d'esprits ont été éclairés par la lumière de l'Écriture. Le nombre des savants juifs qui ont pénétré le génie de Moïse est extrêmement rare. Ils auraient bravé les foudres de l'inquisition, mais ils n'ont pas osé rompre en visière aux Rabbins leurs maîtres, qui d'ailleurs auraient fait office d'inquisiteurs, si on leur avait laissé le

33t> LES LIVRES DE DIEU,

pouvoir. Témoin Spinoza, qui certes eut été exterminé par la synagogue, si elle avait eu un bourreau à sa disposition.

Chose plus curieuse encore! C'est a partir du quinzième siècle et après l'invention de l'imprimerie que le fanatisme talmudique s'empare des Rabbins et s'embourbe dans l'abîme du Hassidisrne et dans les bas-fonds de l'argutie pilpulesque.

Or, quel que fût le sort d'un peuple, dès qu'U ne lutte plus, soit par le verbe, soit par la plume, ce peuple n'a plus de raison d'être. Dieu ne s'en mêle nullement. Toute nation récolle ce qu'elle a semé et si les pères ont manqué à leurs devoirs, les fils ne jouiront, certes, pas de leurs droits. Les peuples se suicident toujours par l'ignorance et l'erreur. Dès qu'une nation perd la trace de Dieu, la voie qui conduit à la connaissance de ses lois, elle bronche, tombe et perd la vie ! Dès qu'une nation ne produit plus de grands penseurs, autant de soleils humains, montrant le chemin de la vérité aux générations à venir, elle tâtonne dans l'obscurité, perd la voie du progrès, la voie lactée de la vie, et finit par croupir durant

PARAPHRASE. 337 des siècles comme une plante privée d'air et de lumière. Cette nation a beau produire de grands généraux, de grands financiers, de grands mathématiciens même, les héros ne sont grands qu'en servant de bras à une tète, en d'autres termes, qu'en mettant la force du côté du droit, le financier n'a de valeur qu'en appliquant sa science de faire fortune au profil du peuple, qu'en aidant à éteindre la misère, qu'à guérir les plaies matérielles de lu société, autrement c'est un fléau dont il faudra se débarrasser au plus tôt; le mathématicien n'a de valeur qu'en appliquant sa raison exacte à une vérité morale, qu'en prouvant, non le droit mais le devoir, autrement c'est une engeance ravalant la qualité à la quantité et mettant la hache à la place du bûcheron. C'est pourquoi les obscurantistes, de soi-disant conservateurs, tous ceux qui mettent obstacle à l'émission de la pensée, à la propagation de la raison sont les ennemis les plus cruels d'une nation. Ils creusent la tombe à leurs propres enfants. Non-seulement ils exploitent le peuple au profit de leurs intérêts fugaces et passagers, mais, en compromettant son avenir, ils sapent le sol

au-dessous des pas de leurs fils. C'est aux Pharisiens que les Juifs doivent la perle de leur nationalité, de lous les droits imprescriptibles de l'individualité humaine; c'est aux Pharisiens, aux Talmudistes que, dans leur exil même, les Juifs doivent 1 elouffement de tout esprit d'indépendance spirituelle, de toute raison philosophique, l'essence de leur religion.

C'est enfin aux Talmudistes qu'il faut attribuer l'absence de la juive, c'est-à-dire, de tout ce qui exalte l'esprit et provoque l'enthousiasme. La juive disparait avec le Talntud et ne reparaît qu'avec la résurrection de l'esprit philosophique. Pendant quinze siècles il n'est plus question d'elle. De temps en temps il en surgit une qui se convertit et devient la maîtresse d'un roi chrétien. Certes, la juive meurt pour sa religion, qu'elle ne connaît d'ailleurs pas, mais elle meurt obscurément, stérilement comme le mari son maître. Son sang ne lève pas, ne féconde pas. Depuis que le Talmud, ce livre de plomb, pèse sur Israël, les Juifs n'ont plus d'histoire. L'histoire même de leurs martyrs a disparu, ou bien n'excite aucun intérêt, car ces martyrs ne pro-

PARAPHRASE. 339 jettent pas un rayon de lumière, ne laissent pas un sillon fertile. Ils meurent, en refusant de croire à la divinité de Jésus. Mais sauf cet article de foi négatif, les bourreaux et les victimes partagent absolument les mêmes principes. Tous deux sont fatalistes, pharisiens, ennemis de la liberté , amis de l'esclavage prédestiné ; nul d'eux n'a une idée éclairée de Dieu et de l'homme. C'est un horrible spectacle. On dirait deux loups s'eut re-dévorant. Kul d'eux ne combat ni pour la liberté de l'homme, ni pour la glorification de Dieu.

Des hommes niant la liberté humaine, par conséquent le progrès facultatif, prétendant, grâce à la fatalité, que tout doit arriver tel qu'il est arrivé, ont défendu le Talniud et ont prouvé qu'il avait conservé les Juifs durant des siècles. Oui, le Tahnud a soutenu les Juifs comme la corde soutient un pendu. Ces mêmes hommes trouveraient des arguments — et ils en trouvent — en faveur de l'inquisition. Heureusement la raison humaine possède un critérium pour discerner l'erreur de la vérité Toute idée qui n'est pas logique, adéquate, c'est-à-dire, dont toutes

les parties ne sont pas égales entre elles, est fausse. Or, de deux choses l'une : ou l'homme par sa raison est lihre; en ce cas, optant librement entre le bien elle mal, il lient le progrès dans sa main, car un mal de plus ne sera jamais un progrès; ou bien l'homme n'est pas lihre, toute son histoire el tout le mal qui existe sont alors de toute nécessité divine el fatale. En ce cas,. que serait Dieu? Un être incomplet, un homme supérieur, rien de plus.

Point ne serait besoin de l'adorer. Il ne resterait à l'homme lié par la fatalité que de se croiser les bras, ou mieux encore, de se détruire le plus lot possible. C'est à quoi aboutirait le Talmud. Non-seulement il n'a jamais rien créé, rien conservé, pas plus lui que toute doctrine qui lui ressemble, mais il n'y a pas de salut pour la résurrection des vérités fondamentales du judaïsme, aussi longtemps que les Juifs eux-mêmes ne l'auront rejeté, condamné, renié à la face des peuples !

La raison d'être des Juifs du moyen âge recommence avec le premier livre de Dieu, fait par un juif et fait contre le Talmud , contre les

PARAPHRASE. 341 principes du Talmud adoptés par les dogmatiques.

Non-seule ment par son système de la Substance une Spinoza a donné le coup de grâce aux erreurs lalmudiques et jésuitiques, mais lui, le premier, a soumis les cinq livres de Moïse à la critique de la raison, ce qui ne pouvait être fait que par un juif sachant l'hébreu comme une langue maternelle. Lui, le premier, a irréfragablemenl prouvé que Moïse n'est pas l'auteur du Pentaleuque tel qu'il existe. Avant lui personne n'a osé mettre systématiquement le scalpel de la critique de la raison pure aux croyances théologiques. Descartes lui-même, bien que monothéiste, a évité toute controverse exégétique. Depuis Jésus le pliariséisme n'avait trouvé un adversaire si décidé et si triomphant que Spinoza.

Mais, dira-t-on, Spinoza eût pu être chrétien. Sa doctrine n'a rien de commun avec le mosaïsnie. C'est un pur hasard qu'il fut né juif, qu'initié dès son enfance à la science de l'Écriture et du Talmud, il eût pu la soumettre à la raison philosophique. Sa doctrine à lui n'a rien de commun avec le mosaïsme.

3d2 LES LIVRES DE DIEU.

C'est à cette objection que je vais répondre.

INon! Spinoza n'eut jamais été Spinoza, s'il n'avait pus été juif. Sa doctrine philosophique est une branche poussée sur te niosaïsme pur. Qu'il en ait tiré de fausses conséquences, nous examinerons cela quand nous exposerons sa doctrine. Mais constatons dés aujourd'hui que l'idée fondamentale de Spinoza a jailli de Moïse.

Le plus grand des hommes n'apporte à l'humanité que deux ou trois idées primitives. Moïse lui-même, comme nous l'avons prouvé , n'a révélé au monde que deux vérités fondamentales, à savoir :

Premièrement : Jéhovah , l'Être étant, la loi qui ne change jamais.

Deuxièmement : la liberté de l'homme, maître par ses actions, de son bonheur ou de son malheur.

île cet Être étant qui ne change pas, et d'où tout émane, Spinoza fait la Substance une, intellectuelle, qui est en tout.

Quant à la liberté de l'homme, toute YÉthif/ue de Spinoza tend à prouver que l'homme n'est

PARAPHRASE. 343 pas libre de n'être pas libre, qui- sa liberté est de nécessité divine ' .

On avait beau calomnier Spinoza el l'appeler juif, alliée, nul penseur n'est plus plein de Dieu que lui. C'esl lui qui, après des siècles d'ignorance el d'erreurs, a déblayé le terrain philosophique de toutes les ronces de la superstition lalrmidique, seolaslique el dogmatique. Ni Leibuitz, ni Rant, ni Locke, ni Wolf, ni Voltaire, ni Rousseau, ni Schelling, ni Hegel n'auraient pu surgir sans Spinoza, car les idées sont solidaires les unes desaulres. Dans le monde moral comme dans le domaine matériel, il faut que l'erreur soi! sarclée, arrachée du jardin de la science, avant que la vérité puisse v germer, pousser el se transformer en fmils politiques el sociaux.

D'ailleurs, quand nous aborderons de front la doctrine de Spinoza, nous verrons que la philosophie, depuis lui, n'a pas fait un pas, et que tous les métaphysiciens de noire temps el du siècle passé ne foui que ronger les os que Spinoza leur

I. Wachter a pcrït un volume |»>iir prouver l'intime mriiicxioti rntiv l,i Kaliale el Spinoza.

Mais ce que nous pouvons constater, c'est que toutes les conquêtes sociales sont les fruits de tu pensée divine de Spinoza, que sans celle pensée morale, le fait matériel n'eût pas pu naître. L'effet ne pouvait pas être pensé sans la cause, d'où il a jailli. Son existence et son nom sont identiques.

Sans le principe de la Substance Une, nulle égalité sociale n'est possible. Dès que l'homme croit que les ilï\ cr^i's créatures ne sortent pas de la même essence, qu'elles diffèrent les unes des autres dans leurs qualités essnitirUes, il rejettera le principe d'égalité comme un attentat à sa dignité et à son pouvoir. N'y a-t-il pas encore des blancs qui se croient d'un élément supérieur aux noirs? Les anciens, sauf Moïse, ont-ils eu une idée de l'égalité? Platon et Arislote ont cru à la nécessité de l'esclavage. Combien d'hommes est-il, croyant avoir des devoirs à accomplir envers l'animal et la plante ? D'après Moïse et Spinoza, l'égalité est de droit divin, la substance divine étant dans toute créature, minéral, végétal, animal et homme. Iji différence entre les êtres n'est pas dans la qualité' de substance, mais dans la quantité.

PARAPHRASE. 3!ifl L'homme est libre, d'après Moïse, grâce à sa raison. L'homme, d'après Spinoza, n'est pas libre de n'être pas raisonnable. Sur la question de la liberté, Spinoza n'est pas lout à fait de l'avis de Moise, mais Moïse est plus près de la vérité que son disciple.

Avec le système talmudique ei dogmatique, la liberté n'est qu'un mot. A quoi bon? Puisque Dieu peut annibiler le mal fait par l'homme.

L'homme n'a nullement besoin de sa raison et de sa liberté pour être sage, juste et bon. Il n'a qu'à se mettre bien avec son Dieu, qui d'un souffle, transforme le mal de son favori en bien, ou l'efface tout à fait par un miracle. Avant Spinoza la solidarité de tous les êlres

nue. Moïse eu a eu une notion, puisqu'il prescrit des devoirs envers toutes les existences; mais Spinoza le premier prouve, dans un langage clair et concis, que toutes les existences sont autant de pensées, de modes if être de Dieu, et qu'il y a entre elles une solidarité réelle et non inter-

La solidarité des êtres , c'est absolument

comme la solidarité des membres du corps Lumain. Le mal que l'on ressent dans l'ongle de l'orteil réagit sur la tête. Il faut donc que l'orteil soïl traité d'après les lois de sa nature. La moindre injustice que l'on se permet à son égard, se venge sur le corps entier.

Sans solidarité, pas de justice possible. Menacer le méchant de l'enfer, l'histoire nous apprend l'efficacité de cette menace, d'autant plus puérile, que le même homme qui tient le châtiment dans une main, montre le pardon dans l'autre. Mais apprendre à l'homme, l'histoire et la science à la main, c'est-à-dire, avec la certitude spirituelle el la certitude matérielle, que toute injustice commise envers un être plus faible, rebondit sur tous et atteint tôt ou tard le méchant et ses enfants; plus encore, le juste même qui, regardant faire cette injustice, ne risque pas fortune et vie pour l'empêcher, c'est mettre les hommes dans la seule voie divine, qui conduit au bonheur spirituel et temporel. F.t c'est là l'idée juive de Spinoza!

On le voit, Spinoza est le véritable restaurateur de l'idée juive. Il est le disciple et le digne

PARAPHRASE. 347 successeur de Moïse, proclamant la justice, la liberté et l'égalité.

Les philosophes qui ont succédé à Spinoza n'ont pas adopté toutes ses formules, mais ils ont adopté toutes les conséquences politiques et sociales. De ces conséquences a jailli la grande Révolution française de 89.

Cette Révolution ne sera arrêtée que quand l'humanité retournera à ses anciens vomissements lalmudiques e( dogmatiques.

La Révolution française est une conséquence pratique des principes de Moïse et de Spinoza, du judaïsme enfin.

Toute contre-révolution est basée sur le talmudisme et le jésuitisme : deux mots tout à fait identiques.

Il n'est pas vrai que le progrès soit continu et pérennal. Le bonheur de l'homme est dans sa liberté et dans l'option entre le bien et le mal.

Si l'Europe adopte Y Être Étant, le Pieu qui ne change jamais ses lois, si elle croit fermemenl qu'une action humaine ne peut jamais être annihilée par aucune puissance surnaturelle, si elle proclame l'égalité et la solidarité des êtres, à sa-

voir : que loule injustice commise envers un être quelconque relombe sur tous, elle marchera, avancera dan:, la voie du progrès et deviendra de jour en jour plus parfaite, plus heureuse et plus prospère.

Mais si les humains, rejetant, niant ces vérités, rentrant dans l'ornière de la prédestination, de la grâce et du pardon, admettent de nouveau qu'une violence, qu'une injustice faite à un être quelconque, puisse être effacée, réduite à néant par la volonté de Dieu, suivant, non ses lois immuables, mais ses caprices, ou suspendant ces lois par des miracles, en faveur des dévots, se disant ses élus, seuls détenteurs de ses faveurs, alors loin de compter sur le progrès, qu'ils ne comptent que sur des malheurs et des calamités, sur des révolutions et des pestes, sur des siècles de ténèbres et de barbaries!

Il n'y aura pas de juste qui les sauvera!

Leur fausse opinion de Dieu ne changera pas la nature et la loi de Dieu. Il laissera libre cours aux lois de ce monde. 11 a donné la liberté aux hommes, il ne la leur ôtera pas. Si ces hommes, par leurs actions, se forgent un avenir de mi-

PARAPHRASE. 340 sères et de douleurs, Dieu n'arrêtera pas le temps pour éloigner d'eux ces douleurs et ces misères. La solidarité, qu'elle soit reconnue ou non, ne chômera jamais. 11 faut répéter ces vérités aux hommes tous les jours, dans toutes les langues. Il faut surtout les leur prouver par la science, par l'hisloire, par la logique, par tous les moyens, par toutes les forces que la raison met au service de la vérité.

Et voici pourquoi il faut qu'A y ait encore des juifs. Qu'ils naissent dans le judaïsme ou dans le christianisme, pourvu qu'ils ramènent les humains vers les vérités fondamentales de Moïse, (d'une partie de l'Évangile) et de Spinoza.

Et voici pourquoi, moi, rejeton de ces hommes de Dieu, j'ai écrit ce livre. Puissé-je n'en être pas tout à fait indigne!

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