‹ Moïse; tragédie. Avec noticeChapitre 15 sur 46 · NADAB, ARZANE, NÉBÉE, CHŒUR DE JEUNES FILLES AMALECITES · texte numérisé non relu

NADAB, ARZANE, NÉBÉE, CHŒUR DE JEUNES FILLES AMALECITES

ARZANE

Fils d'Aaron, à mon sort il faut que je succombe! Vous me parliez d'hymen, et je touche à ma tombe.

NADAB, sans écouter Arzane.

Nous allons te revoir enfin, fameux mortel, Encor tout éclatant des feux de l'Eternel. Honneur à tes vertus, et gloire à ton génie!

ARZANE

Veillé-je? dans mes maux quelle affreuse ironie. Quoi ! Nadab, ces desseins où tous deux engagés, Ces projets de l'amour...

NADAB

Ils ne sont point changés.

ARZANE

Entre Moïse et moi vous tenez la balance ; De votre passion je vois la violence.

NADAB

Femme, je suis sans force à tes pieds abattu ; Mais ne puis-je du moins admirer la Vertu?

ARZANE

Qui pourra m 'arracher de ce sanglant théâtre Où la mort me poursuit?

Ce cœur qui t'idolâtre.

ARZANE

Mais les remords viendront arrêter vos efforts.

NADAB

Mais si je t'obéis, que te font mes remords?

ARZANE

De ces hauts sentiments je serai la victime.

NADAB

Laisse-moi m'enc'nanter d'innocence et de crime, Connaître mes devoirs sans te manquer de foi. Apercevoir l'abîrne, et m'y jeter pour toi.

ARZANE

Je ressens vos douleurs, et n'en suis point complice

NADAB

Cesse de t'excuser : j'adore mon supplice.

Ma souffrance est ma joie, et je veux à jamais

Conserver la douceur du mal que tu me fais.

Hélas ! mon fol amour m'épouvante moi-même ;

Je me sens sous le coup de quelque arrêt suprême :

D'involontaires pleurs s'échappent de mes yeux ;

La nuit, dans mon sommeil, j'entends parler tes dieux.

Prêt à sacrifier à leurs autels coupables,

Je me réveille au bruit de mes cris lamentables.

Dis : n'est-ce pas ainsi, dans ses tourments divers.

Qu'une âme est par le ciel dévouée aux enfers?

ARZANE

On va vous délivrer du joug de l'étrangère.

NADAB

Des légers fils d'Agar la voix est mensongère ; L'Arabe aime à conter : je veux sonder des bruits Aisément élevés, plus aisément détruits : De Moïse en ces lieux je viendrai vous apprendre Le destin. Quel parti qu'alors vous vouliez prendre Contre tout ennemi prompt à vous secourir ; Arzane, je saurai vous sauver ou mourir. (Nadab sort.)

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