‹ Moïse; tragédie. Avec noticeChapitre 43 sur 46 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

moïse, NADAB, ARZANE, DATHAN, NÉBÉE ; SOLDATS, PEUPLE, etc.

ARZANE

Jacob ! je reconnais ton malfaisant génie.

MOÏSE, toujours sur les rochers.

De mon front sillonné dernière ignominie ! Veillé-je, ou n'est-ce pas l'idolâtre Israël Qui d'un monstre du Nil environne l'autel? O Tables de la Loi, du ciel présent insigne, De vos commandements ce peuple n'est plus digne! Tombez, et brisez-vous !

(Il brise les Tables de la Loi, descend des rochers marche à l'autel.)

Disparais à mes yeux.

Disparais à jamais, simulacre odieux.

(Il renverse l'autel et l'idole.) Vous qu'un ange toujours protège de son aile, 1

Lévites, accourez : Moïse vous appelle. t

Et toi, noble Marie, am.ène dans ce lieu Ton faible bataillon, si puissant devant Dieu.

(Les lévites et les jeunes Israélites entrent de tous côtés sur la scène, se rangeant autour de Moïse.)

NADAB, tirant son épée.

Soldats ! livrerez-vous mon épouse à ces traîtres? Défendez votre roi contre la main des prêtres.

MOÏSE

Que tout fidèle Hébreu, par son zèle emporté, D'un repentir soudain passe de mon côté. (Le peuple fait un mouvement.)

NADAB

Infâmes déserteurs!

MOÏSE

N'écoutez point l'impie.

Et qu'à la voix des saints Israël se rallie.

(Le peuple et les soldats passent du côté de Moïse.) NADAB, à Arzane.

Je te défendrai seul, objet cher et cruel, Contre ce peuple entier. Moïse et l'Éternel.

MOÏSE

Vengeurs du sanctuaire, entourez la victime. Et désarmez le bras qu'avait armé le crime.

(Des lévites environnent Arzane et désarment Nadab. d'autres emmènent Dathan.)

ARZANE

Cessez, vils meurtriers ; je saurai bien sans vous Mourir comme une reine. Oui, je vous brave tous. Heureuse, en expirant j'ai vengé ma patrie ; C'est par moi que Jacob connaît l'idolâtrie. Retourne si tu veux, ô peuple renié, A ton Dieu dévorant, à ton Dieu sans pitié. Je te livre à l'arrêt qui déjà te condamne. Et ton sang va*couler après celui d'Arzane.

MOÏSE

Qu'on l'entraîne !

NADAB, s'arrachant des mains des lévites et se précipitant vers Arzane.

Sur moi tournez votre poignard !

Arzane, que mon corps te serve de rempart ; Permets avec le tien que mon sang se confonde ; Que nos âmes ensemble abandonnent le monde, Et que le dernier souffle exhalé de mon cœur Des feux qui me briîlaient te porte encor l'ardeur.

ARZANE, le repoussant.

Quoi ! jusque dans la mort m 'accabler de ta flamme Laisse, laisse aux enfers descendre en paix mon âme. Disons-le maintenant à la face des cieux : Comme tout Israël tu m'étais odieux.

Fils d'Aaron, dans l'espoir de te perdre toi-même, J'avais pour mon supplice, eu la faiblesse extrême De me vouloir sauver en me donnant à toi ; Mais cet effort était trop au-dessus de moi ; Et lorsque de l'amour j'affectais le langage Les pleurs le démentaient sur mon pâle visage. Je suis enfin soustraite à ces secrets tourments ; Le tombeau me dérobe à tes embrassements. Quel bonheur d'échapper à l'amant qu'on déteste! Adieu, parjure enfant d'une race funeste ; De mon dernier aveu que le dur souvenir Augmente la douleur de ton dernier soupir ; Et songe, en expirant à ton culte infidèle. Que je n'avais pour toi qu'une haine immortelle!

(Elle arrache son voile, et sort avec les Amalécites sous la garde d'une troupe de lévites.)

MOÏSE

Allez, brisez la tête à cet ingrat serpent, Et tarissez les flots du venin qu'il répand.

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