‹ Moïse; tragédie. Avec noticeChapitre 5 sur 46 · AARON, DATHAN · texte numérisé non relu

AARON, DATHAN

AARON

appelant Nadab qui s'éloigne, et disparait sous les palmiers.

Nadab! Il n'entend point! Dans sa mélancolie

Son âme est à présent toujours ensevelie.

O mon cher fils ! reçois mes bénédictions :

Tes maux doublent le poids de mes afflictions : Mes jours ont été courts et mauvais sur la terre, Et n'ont point égalé ceux d'Issac mon père. Nadab, que l'Éternel prenne pitié de toi !

DATHAN

Sur le sort des Mébreax, Aaron, éclairez-moi. Par lAoiiù envoyé vers le Madianîte, Depuis trois mois sorti du camp Israélite, Je trouve à mon retour ie peuple menaçant, L'Iduméen détruit et ie propnèce absent ; J'ignore également nos miauxet notre gloire: Daignerez-vous, Aaron, ni 'en raconter l'riistoire?

AARON

Dathan, cher compagnon que regrettait mon fils, Quand Israël, fuyant les princes de Memphis, Eut franchi de la mer les ondes divisées, Nos tribus, par le ciel toujours favorisés, En suivant du désert lé m.erveilleux cherhin, Non loin du Sinaï s'arrêtèrent enfin.

Ce fut là qu'Arnalec, à sa haine fidèle, Nous chercha pour vider son antique querelle, Thémar régnait alors sur ce peuple nombreux ; Il vint à Raphidim attaquer ies Hébreux. , Aux aulels d'Adonis son épouse attachée, . Méprisant du fuseau la gloire humble et cachée, Arzane, dans l'orgueil de toute sa beauté. Presse, anime Thémar, et marche à son côté : De sa main au vainqueur une palme est promise. La trompette a sonné, ies traits sifflent ; Moïse, Sur un mont à l'écart, debout, ies Bras levés. Priait le Dieu par qui les flots sont soulevés. Ses redoutables bras, étendus sur nos têtes. Paraissaient dans le ciel assembler les temipêtes : Quand il ies abaissait, de f::tigue vaincu, Amalec triomphait d'Israël abattu ; Mais quand ses. bras au ciel reportaient sa prière, Nos plus fiers ennemis- roulaient sur la poussière. Soutenant dans les airs ce bras fort et puissant, Qui sans porter de coups versait des flots de sang. J'achevai parmi nous de fixer la victoire. Un seul jour vit périr Thémar et sa mémoire : Sa veuve, à des dieux sourds ayant ses vœux offerts. N'en fut pas entendue, et tomba dans nos fers,

DATHAN

Je. ne vois jusqu'ici que d'heureuses prémices.

AARON

Écoute. Après avoir réglé les sacrifices,

Mon frère, qu'en secret appelle l'Éterne!,

x'Aoïse se dérobe aux regards d'Israël,

Il monte au Sinaï ; Josué l'accompagne :

Mille bruiis de sa mort dans le camp répandus

Tiennent de nos vieillards les esprits suspendus.

On s'agite au milieu du peuple qui murmure ;

Je ne sais quel démon souffle une flamme im.pure ;

Le soldat se soulève, et proclame en ce lieu

Et Nadab pour son chef et Baai pour son dieu.

DATHAN

Nadab accepte-t-il cet honneur populaire?

AARON

De ses mâles vertus rejetant le salaire,

Mon fiis porte en son sein un trait qu'il veut cacher.

Et que toi seul, Dachan. tu pourras arracher.

Pâle et silencieux dans sa marche pensive.

Il erre autour du camp comm.e une ombre plaintive.

Il prononce tout bas le nom de ses aïeux ;

Son regard languissant se tourne vers les cieux :

La nuit, à sa douleur se livrant sans obstacles.

On l'a trouvé pleurant auprès des tabernacles.

.Mais j'aperçois Caieb, ce flambeau de la loi.

Et ma sœur, dont les chants raniment notre foi.

Dathan, cherche Nadab. et dis-lui que son père

L'attend ici.

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