‹ Molière, 1622-1673Chapitre 100 sur 223 · ACTE DEUXIÈME. SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. SCÈNE DEUXIÈME

ASCAGNE

Ce que je vous ai dit, Je l'ai dit comme fille, et vous le devez prendre Tout de même.

VALÈRE

Ainsi donc, il ne faut rien prétendre, Ascagne, à des bontés que vous auriez pour nous, A moins que le ciel fasse un grand miracle en vous. Bref, si vous n'êtes fille, adieu votre tendresse ; Il ne vous reste rien qui pour nous s'intéresse ?

ASCAGNE J'ai l'esprit délicat plus qu'on ne peut penser. Et le moindre scrupule a de quoi m'offenser Quand il s'agit d'aimer. Enfin je suis sincère : Je ne m'engage point à vous servir, Valère, Si vous ne m'assurez au moins absolument Que vous sentez pour moi le même sentiment ; Que pareille chaleur d'amitié vous transporte. Et que, si j'étais fille, une flamme plus forte N'outragerait point celle où je vivrais pour vous.

VALÈRE

Je n'avais jamais vu ce scrupule jaloux ;

Mais, tout nouveau qu'il est, ce mouvement m'oblige.

Et je vous fais ici tout l'aveu qu'il exige.

ASCAGNE Mais sans fard ?

VALÈRE Oui, sans fard.

ASCAGNE

S'il est vrai, désormais Vos intérêts seront les miens, je vous promets.

VALÈRE

J'ai bientôt à vous dire un important mystère Où l'effet de ces mots me sera nécessaire.

ASCAGNE

Et j'ai quelque secret de même à vous ouvrir Où votre cœur pour moi se pourra découvrir.

Hé ! de quelle façon cela pourrait-il être ?

ASCAGNE

C'est que j'ai de l'amour qui n'oserait paraître, Et vous pourriez avoir sur l'objet de mes vœux Un empire à pouvoir rendre mon sort heureux.

VALÈRE

Expliquez-vous, Ascagne, et croyez par avance Que votre heur est certain, s'il est en ma puissance.

ASCAGNE Vous promettez ici plus que vous ne croyez.

VALÈRE Non, non ; dites l'objet pour qui vous m'employez,

ASCAGNE

Il n'est pas encor temps ; mais c'est une personne Qui vous touche de près.

VALÈRE

Votre discours m'étonne :

Plût à Dieu que ma sœur...

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