‹ Molière, 1622-1673Chapitre 123 sur 223 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

VALÈRE, ALBERT, MASCARILLE

ALBERT

Plus je reviens du trouble où j'ai donné d'abord, Plus je me sens piqué de ce discours étrange Sur qui ma peur prenait un si dangereux change ; Car Lucile soutient que c'est une chanson, Et m'a parlé d'un air à m'ôter tout soupçon.

(A Valère.) Ha ! Monsieur, est-ce vous de qui l'audace insigne Met en jeu mon honneur et fait ce conte indigne ?

MASCARILLE

Seigneur Albert, prenez un ton un peu plus doux^ Et contre votre gendre ayez moins de courroux.

ALBERT

Comment gendre? coquin! Tu portes bien la mine De pousser les ressorts d'une telle machine. Et d'en avoir été le premier inventeur.

MASCARILLE

Je ne vois ici rien à vous mettre en fureur.

ALBERT

Trouves- tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille. Et faire un tel scandale à toute une famille ?

MASCARILLE

Le voilà prêt de faire en tout vos volontés.

ALBERT

Que voudrais-je, sinon qu'il dît des vérités ? Si quelque intention le pressait pour Lucile, La recherche en pouvait être honnête et civile : Il fallait l'attaquer du côté du devoir. Il fallait de son père implorer le pouvoir, Et non pas recourir à cette lâche feinte Qui porte à la pudeur une sensible atteinte.

Quoi ! Lucile n'est pas sous des liens secrets A mon maître ?

ALBERT

Non, traître, et n'y sera jamais.

MASCARILLE

Tout doux ; et s'il est vrai que ce soit chose faite. Voulez-vous l'approuver, cette chaîne secrète ?

ALBERT

Et s'il est constant, toi, que cela ne soit pas, Veux-tu te voir casser les jambes et les bras ?

VALÈRE

Monsieur, il est aisé de vous faire paraître Qu'il dit vrai.

ALBERT

Bon ! voilà l'autre encor, digne maître D'un semblable valet. O les menteurs hardis !

MASCARILLE D'homme d'honneur, il est ainsi que je le dis.

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