ACTE TROISIEME. SCENE NEUVIEME
LUCILE •Quoi ! l'ardeur de mes feux vous a fait mon époux ?
VALÈRE
Cest un bien qui me doit faire mille jaloux ; Mais j'impute bien moins ce bonheur de ma flamme A l'ardeur de vos feux qu'aux bontés de votre âme. Je sais que vous avez sujet de vous fâcher; Que c'était un secret que vous vouliez cacher. Et j'ai de mes transports forcé la violence A ne point violer votre expresse défense : Mais...
MASCARILLE Eh bien ! oui, c'est moi ; le grand mal que voilà !
Est-il une imposture égale à celle-là ?
Vous l'osez soutenir en ma présence même.
Et pensez m'obtenir par ce beau stratagème ?
O le plaisant amant, dont la galante ardeur
Veut blesser mon honneur, au défaut de mon cœur.
Et que mon père, ému de l'éclat d'un sot conte,
Paye avec mon hymen qui me couvre de honte î
Quand tout contribuerait à votre passion,
Mon père, les destins, mon inclination,
On me verrait combattre, en ma juste colère.
Mon incHnation, les destins et mon père ;
Perdre même le jour, avant que de m'unir
A qui par ce moyen aurait cru m'obtenir.
Allez ; et si mon sexe, avecque bienséance,
Se pouvait emporter à quelque violence,
Je vous apprendrais bien à me traiter ainsi.
V'ALÈRE, à Mascariîle.
C'en est fait; son courroux ne peut être adouci.
MASCARILLE
Laissez-moi lui parler. Eh ! Madame, de grâce,
A quoi bon maintenant toute cette grimace ?
Quelle est votre pensée, et quel bourru transport
Contre vos propres vœux vous fait roidir si fort ?
Si monsieur votre père était homme farouche,
Passe ; mais il permet que la raison le touche,
Et lui même m'a dit qu'une confession
Vous va tout obtenir de son affection.
Vous sentez, je crois bien, quelque petite honte
A faire un libre aveu de l'amour qui vous dompte ;
Mais s'il vous fait perdre un peu de liberté.
Par un bon mariage on voit tout rajusté ;
Et, quoique l'on reproche au feu qui vous consomme.
Le mal n'est pas si grand que de tuer un homme.
On sait que la chair est fragile quelquefois.
Et qu'une fille, enfin, n'est ni caillou, ni bois.
Vous n'avez pas été sans doute la première,
Et vous ne serez pas, que je crois, la dernière.
LUCILE
Quoi ! vous pouvez ouïr ces discours effrontés. Et vous ne dites mot à ces indignités ?
ALBERT
Que veux-tu que je die ? une telle aventure Me met tout hors de moi.
Madame, je vous jure Que déjà vous devriez avoir tout confessé.