‹ Molière, 1622-1673Chapitre 147 sur 223 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ASCAGNE, FROSINE

ASCAGNE

Est-il bien vrai, Frosine, et ne rêvai-je point? De grâce, contez-moi bien tout de point en point.

FROSINE

Vous en saurez assez le détail; laissez faire :

Ces sortes d'incidents ne sont pour l'ordinaire

Que redits trop de fois de moment en moment.

Suffît que vous sachiez qu'après ce testament

Qui voulait un garçon pour tenir sa promesse,

De la femme d'Albert la dernière grossesse

N'accoucha que de vous, et que lui, dessous main

Ayant depuis longtemps concerté son dessein,

Fit son fils de celui d'Ignés la bouquetière,

Qui vous donna pour sienne à nourrir à ma mère.

La mort ayant ravi ce petit innocent

Quelque dix mois après, Albert étant absent,

La crainte d'un époux et l'amour maternelle

Firent l'événement d'une ruse nouvelle.

Sa femme en secret lors se rendit son vrai sang;

Vous devîntes celui qui tenait votre rang,

Et la mort de ce fils, mis dans votre famille.

Se couvrit pour Albert de celle de sa fille.

Voilà de votre sort un mystère éclairci.

Que votre feinte mère a caché jusqu'ici.

Elle en dit des raisons et peut en avoir d'autres

Par qui ses intérêts n'étaient pas tous les vôtres.

Enfin cette visite, où j'espérais si peu.

Plus qu'on ne pouvait croire a servi votre feu.

Cette Ignés vous relâche, et par votre autre affaire

L'éclat de son secret devenu nécessaire.

Nous en avons nous deux votre père informé :

Et, poussant plus avant encore notre pointe,

Quelque peu de fortune à notre adresse jointe,

Aux intérêts d'Albert, de Polidore après,

Nous avons ajusté si bien les intérêts,

Si doucem.ent à lui déplié ces mystères,

Pour n'effaroucher pas d'abord trop les affaires;

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