ACTE CINQUIÈME. SCENE SIXIÈME
J'ai dû vous offenser, et je suis criminel
D'avoir fait tout ceci sans l'aveu paternel;
Mais, à quelque dépit que ma faute vous porte,
La nature toujours se montre la plus forte,
Et votre honneur fait bien quand il ne veut pas voir
Que le transport d'Eraste ait de quoi m'émouvoir.
POLIDORE
On me faisait tantôt redouter sa menace ; Mais les choses depuis ont bien changé de face, Et, sans le pouvoir fuir, d'un ennemi plus fort Tu vas être attaqué.
MASCARILLE
Point de moyen d'accord ?
VALÈRE
Moi! le fuir? Dieu m'en garde. Et qui donc pourrait-
[ce être?
POLIDORE Ascagne.
VALÈRE Ascagne ?
Oui; tu le vas voir paraître.
VALÈRE
Lui qui de me servir m'avait donné sa foi!
POLIDORE
Oui, c'est lui qui prétend avoir affaire à toi.
Et qui veut, dans le champ où l'honneur vous appelle.
Qu'un combat seul à seul vide votre querelle.
io8 LE DÉPIT AMOUREUX
MASCARILLE
C'est un brave homme; il sait que les cœurs généreux Ne mettent point les gens en compromis pour eux.
POLIDORE
Enfin d'une imposture ils te rendent coupable,
Dont le ressentiment m'a paru raisonnable;
Si bien qu'Albert et moi sommes tombés d'accord
Que tu satisferais Ascagne sur ce tort,
Mais aux yeux d'un chacun et sans nulles remises»
Dans les formalités en pareil cas requises.
VALÈRE
Et Lucile, mon père, a d'un cœur endurci...
Lucile épouse Éraste, et te condamne aussi :
Et, pour convaincre mieux tes discours d'injustice.
Veut qu'à tes propres yeux cet hymen s'accomplisse^
VALÈRE
Ha! c'est une impudence à me mettre en fureur : Elle a donc perdu sens, foi, conscience, honneur?