‹ Molière, 1622-1673Chapitre 151 sur 223 · ACTE CINQUIÈME. SCENE SIXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME. SCENE SIXIÈME

J'ai dû vous offenser, et je suis criminel

D'avoir fait tout ceci sans l'aveu paternel;

Mais, à quelque dépit que ma faute vous porte,

La nature toujours se montre la plus forte,

Et votre honneur fait bien quand il ne veut pas voir

Que le transport d'Eraste ait de quoi m'émouvoir.

POLIDORE

On me faisait tantôt redouter sa menace ; Mais les choses depuis ont bien changé de face, Et, sans le pouvoir fuir, d'un ennemi plus fort Tu vas être attaqué.

MASCARILLE

Point de moyen d'accord ?

VALÈRE

Moi! le fuir? Dieu m'en garde. Et qui donc pourrait-

[ce être?

POLIDORE Ascagne.

VALÈRE Ascagne ?

Oui; tu le vas voir paraître.

VALÈRE

Lui qui de me servir m'avait donné sa foi!

POLIDORE

Oui, c'est lui qui prétend avoir affaire à toi.

Et qui veut, dans le champ où l'honneur vous appelle.

Qu'un combat seul à seul vide votre querelle.

io8 LE DÉPIT AMOUREUX

MASCARILLE

C'est un brave homme; il sait que les cœurs généreux Ne mettent point les gens en compromis pour eux.

POLIDORE

Enfin d'une imposture ils te rendent coupable,

Dont le ressentiment m'a paru raisonnable;

Si bien qu'Albert et moi sommes tombés d'accord

Que tu satisferais Ascagne sur ce tort,

Mais aux yeux d'un chacun et sans nulles remises»

Dans les formalités en pareil cas requises.

VALÈRE

Et Lucile, mon père, a d'un cœur endurci...

Lucile épouse Éraste, et te condamne aussi :

Et, pour convaincre mieux tes discours d'injustice.

Veut qu'à tes propres yeux cet hymen s'accomplisse^

VALÈRE

Ha! c'est une impudence à me mettre en fureur : Elle a donc perdu sens, foi, conscience, honneur?

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