ACTE PREMIER. SCÈNE HUITIÈME
HIPPOLYTE
Quoi? tout ce grand projet qui m'a mise en courroux, Tu l'as formé pour moi, Mascarille?
MASCARILLE
Oui, pour vous ; Mais puisqu'on reconnaît si mal mes bons offices, Qu'il me faut de la sorte essuyer vos caprices, Et que, pour récompense, on s'en vient de hauteur Me traiter de faquin, de lâche, d'imposteur, Je m'en vais réparer l'erreur que j'ai commise, Et dès ce même pas rompre mon entreprise.
HIPPOLYTE, l'arrêtant.
Hé ! ne me traite pas si rigoureusement.
Et pardonne aux transports d'un premier mouvement.
MASCARILLE
Non, non, laissez-moi faire ; il est en ma puissance De détourner le coup qui si fort vous offense. Vous ne vous plaindrez point de mes soins désormais: Oui, vous aurez mon maître, et je vous le promets.
HIPPOLYTE
Hé ! mon pauvre garçon, que ta colère cesse : J'ai mal jugé de toi, j'ai tort, je le confesse.
(Tirant sa bourse.) Mais je veux réparer ma faute avec ceci. Pourrais-tu te résoudre à me quitter ainsi ?
MASCARILLE
Non, je ne le saurais, quelque effort que je fasse ; Mais votre promptitude est de mauvaise grâce.
Apprenez qu'il n'est rien qui blesse un noble cœur Comme quand il peut voir qu'on le touche en l'honneur.
HIPPOLYTE
Il est vrai, je t'ai dit de trop grosses injures; Mais que ces deux louis guérissent tes blessures.
Hé ! tout cela n'est rien ; je suis tendre à ces coups ; Mais déjà je commence à perdre mon courroux : Il faut de ses amis endurer quelque chose.
HIPPOLYTE
Pourras-tu mettre à fin ce que je me propose? Et crois-tu que l'effet de tes desseins hardis Produise à mon amour le succès que tu dis ?
MASCARILLE
N'ayez point pour ce fait l'esprit sur des épines : J'ai des ressorts tout prêts pour diverses machines ; Et quand ce stratagème à nos vœux manquerait, Ce qu'il ne ferait pas, un autre le ferait.
HIPPOLYTE
Crois qu'Hippolyte au moins ne sera pas ingrate.
MASCARILLE L'espérance du gain n'est pas ce qui me flatte.
HIPPOLYTE
Ton maître te fait signe, et veut parler cà toi ; Je te quitte : mais songe à bien agir pour moi.