SCENE DOUZIÈME
MASCARILLE. Holà! Champagne, Picard, Bourguignon, Cascaret, Basque, la Verdure, Lorrain, Provençal, la Violette ! Au diable soient tous les laquais ! Je ne pense pas qu'il y ait gentilhomme en France plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul.
MADELON. Almanzor, dites aux gens de monsieur le marquis qu'ils aillent quérir des violons, et nous faites venir ces messieurs et ces dames d'ici près, pour peupler la solitude de notre bal.
(Alman:(or sort.) MASCARILLE. Vicomte, que dis-tu de ces yeux? JODELET. Mais toi-même, marquis, que t'en semble ?
MASCARILLE. Moi, je dis que nos libertés auront peine à sortir d'ici les braies nettes. Au moins, pour moi, je reçois d'étranges secousses, et mon cœur ne tient qu'à un filet.
MADELON. Que tout ce qu'il dit est naturel ! Il tourne les choses le plus agréablement du monde. CATHOS. Il est vrai qu'il fait une furieuse dépense' en esprit.
MASCARILLE. Pour vous montrer que je suis véritable, je veux faire un impromptu là-dessus. (Il médite.) CATHOS. Eh ! je vous en conjure de toute la dévotion de mon cœur, que nous oyions quelque chose qu'on ait fait pour nous.
JODELET. J'aurais envie d'en faire autant ; mais je me trouve un peu incommodé de la veine poétique, pour la quantité de saignées que j'y ai faites ces jours passés. MASCARILLE. Que diable est-ce là ? Je fais toujours bien le premier vers, mais j'ai peine à faire les autres. Ma foi, ceci est un peu trop pressé ; je vous ferai un impromptu à loisir, que vous trouverez le plus beau du monde.
JODELET. Il a de l'esprit comme un démon.
MADELON. Et du galant, et du bien tourné.
MASCARILLE. Vicomte, dis-moi un peu, y a-t-il
longtemps que tu n'a vu la comtesse ?
JODELET. Il y a plus de trois semaines que je ne
lui ai rendu visite.
MASCARILLE. Sais-tu bien que le duc m'est venu
voir ce matin, et m'a voulu mener à la campagne
courir un cerf avec lui ?
MADELON. Voici nos amies qui viennent.