‹ Molière, 1622-1673Chapitre 195 sur 223 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LA FEMME DE SGANARELLE, seule

Il s'est subitement éloigné de ces lieux,

Et sa fuite a trompé mon désir curieux;

Mais de sa trahison je ne fais plus de doute,

Et le peu que j'ai vu me la découvre toute.

Je ne m'étonne plus de l'étrange froideur

Dont je le vois répondre à ma publique ardeur :

Il réserve, l'ingrat, ses caresses à d'autres

Et nourrit leurs plaisirs par le jeûne des nôtres.

Voilà de nos maris le procédé commun.

Ce qui leur est permis leur devient importun.

Dans les commencements, ce sont toutes merveilles,

Ils témoignent pour nous des ardeurs non pareilles ;

Mais les traîtres bientôt se lassent de nos feux,

Et portent autre part ce qu'ils doivent chez eux.

Ah ! que j'ai de dépit que la loi n'autorise

A changer de mari comme on fait de chemise !

Cela serait commode, et j'en sais telle ici

Qui, comme moi, ma foi, le voudrait bien aussi.

(En ramassant le portrait que Célie avait laissé tomber.) Mais quel est ce bijou que le sort me présente ? L'émail en est fort beau, la gravure charmante. Ouvrons.

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