‹ Molière, 1622-1673Chapitre 20 sur 223 · SCENE II MASCARILLE, ANSELME · texte numérisé non relu

SCENE II MASCARILLE, ANSELME

MASCARILLE

La nouvelle a sujet de vous surprendre fort.

ANSELME Être mort de la sorte!

MASCARILLE

Il a certes grand tort.

Je lui sais mauvais gré d'une telle incartade.

ANSELME

N'avoir pas seulement le temps d'être malade!

MASCARILLE

Non, jamais homme n'eut si hâte de mourir.

Et Lélie?

MASCARILLE

Il se bat, et ne peut rien souffrir;

Il s'est fait en maints lieux contusion et bosse. Et veut accompagner son papa dans la fosse ; Enfin, pour achever, l'excès de son transport M'a fait en grande hâte ensevelir le mort, De peur que cet objet, qui le rend hypocondre, A faire un vilain coup ne me l'allât semondre.

ANSELME

N'importe, tu devais attendre jusqu'au soir; Outre qu'encore un coup j'aurais voulu le voir. Qui tôt ensevelit bien souvent assassine, Et tel est cru défunt qui n'en a que la mine.

MASCARILLE

Je vous le garantis trépassé comme il faut.

Au reste, pour venir au discours de tantôt,

Lélie, et l'action lui sera salutaire.

D'un bel enterrement veut régaler son père,

Et consoler un peu ce défunt de son sort

Par le plaisir de voir faire honneur à sa mort.

Il hérite beaucoup; mais comme en ses affaires

Il se trouve assez neuf, et ne voit encor guères

Que son bien la plupart n'est point en ces quartiers,

Ou que ce qu'il y tient consiste en des papiers,

Il voudrait vous prier, en suite de l'instance.

D'excuser de tantôt son trop de violence.

De lui prêter au moins pour ce dernier devoir...

ANSELME Tu me l'as déjà dit, et je m'en vais le voir.

MASCARILLE, seul.

Jusques ici du moins, tout va le mieux du monde ; Tâchons à ce progrès que le reste réponde, Et de peur de trouver dans le porl un écueil, Conduisons le vaisseau de la main et de l'œil.

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