SCÈNE DIX-SEPTIÈME
N'avons-nous pas assez des autres accidents Qui nous viennent happer en dépit de nos dents ? Les querelles, procès, faim, soif et maladie, Troublent-ils pas assez le repos de la vie, Sans s'aller de surcroît aviser sottement De se faire un chagrin qui n'a nul fondement? Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes, Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes : Si ma femme a faiUi, qu'elle pleure bien fort. Mais pourquoi moi pleurer, puisque je n'ai point tort? En tout cas, ce qui peut m'ôter ma fâcherie. C'est que je ne suis pas seul de ma confrérie : Voir cajoler sa femme et n'en témoigner rien Se pratique aujourd'hui par force gens de bien. N'allons donc point chercher à faire une querelle Pour un affront qui n'est que pure bagatelle. L'on m'appellera sot de ne me venger pas, Mais je le serais fort de courir au trépas.
(Mettant la main sur son estomac.) Je me sens là pourtant remuer une bile Qui veut me conseiller quelque action virile. Oui, le courroux me prend, c'est trop être poltron ; Je veux résolument me venger du larron; Déjà pour commencer, dans l'ardeur qui m'enflamme. Je vais dire partout qu'il couche avec ma femme.
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