‹ Molière, 1622-1673Chapitre 26 sur 223 · ACTE DEUXIÈME. SCENE SIXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. SCENE SIXIEME

LÉLIE

Ah! mon pauvre garçon, la chance a bien tourné. Pourrais-tu de mon sort deviner l'injustice ?

MASCARILLE

Quoi ? que serait-ce ?

LÉLIE

Anselme, instruit de l'artifice, M'a repris maintenant tout ce qu'il nous prêtait, Sous couleur de changer de l'or que l'on doutait.

MASCARILLE

Vous vous moquez peut-être ?

LÉLIE

Il est trop véritable.

MASCARILLE

Tout de bon?

Tout de bon ; j'en suis inconsolable.

Tu te vas emporter d'un courroux sans égal.

MASCARILLE

Moi, Monsieur? quelque sot : la colère fait mal, Et je veux me choyer, quoi qu'enfin il arrive. Que Célie après tout soit ou libre ou captive. Que Léandre l'achète, ou qu'elle reste là, Pour moi, je m'en soucie autant que de cela.

LÉLIE

Ah ! n'aie point pour moi si grande indifférence. Et sois plus indulgent à ce peu d'imprudence !

Sansxe dernier malheur, ne m'avoûras-tu pas Que j'avais fait merveille, et qu'en ce feint trépas J'éludais un chacun d'un deuil si vraisemblable Que les plus clairvoyants l'auraient cru véritable?

MASCARILLE Vous avez en effet sujet de vous louer.

LÉLIE

Eh bien! je suis coupable, et je veux l'avouer; Mais si jamais mon bien te fut considérable, Répare ce malheur et me sois secourable.

MASCARILLE Je vous baise les mains, je n'ai pas le loisir.

LÉLIE Mascarille, mon fils!

Point.

Fais-moi ce plaisir.

MASCARILLE Non, je n'en ferai rien.

LÉLIE

Si tu m'es inflexible, Je m'en vais me tuer.

MASCARILLE

Soit, il vous est loisible.

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