‹ Molière, 1622-1673Chapitre 36 sur 223 · ACTE TROISIÈME. SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. SCÈNE DEUXIÈME

Mais c'est bien plus : j'ai su que tout ce beau mystère D'un rapt d'Egyptiens, d'un grand seigneur pour père, Qui doit partir d'Espagne et venir en ces lieux, N'est qu'un pur stratagème, un trait facétieux, Une histoire à plaisir, un conte dont Lélie A voulu détourner notre achat de Célie.

Voyez un peu la fourbe !

LÈANDRE

Et pourtant Trufaldin Est si bien imprimé de ce conte badin. Mord si bien à l'appât de cette faible ruse. Qu'il ne veut point souffrir que l'on le désabuse.

MASCARILLE

C'est pourquoi désormais il la gardera bien, Et je ne vois pas lieu d'y prétendre plus rien.

LÉANDRE

Si d'abord à mes yeux elle parut aimable. Je viens de la trouver tout à fait adorable, Et je suis en suspens si, pour me l'acquérir. Aux extrêmes moyens je ne dois point courir. Par le don de ma foi rompre sa destinée Et changer ses liens en ceux de l'hyménée.

MASCARILLE Vous pourriez l'épouser ?

LÉANDRE

Je ne sais ; mais enfin, Si quelque obscurité se trouve en son destin.

Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces Qui, pour tirer les cœurs, ont d'incroyables forces.

MASCARILLE

Sa vertu, dites-vous ?

LÉANDRE

Quoi ? que murmures-tu ?

Achève, explique-toi sur ce mot de vertu.

Monsieur, votre visage en un moment s'altère, Et je ferai bien mieux peut-être de me taire.

LÉANDRE

Non, non, parle.

MASCARILLE

Eh bien! donc, très charitablement.

Je vous veux retirer de votre aveuglement. Cette fille...

LÉANDRE Poursuis.

MASCARILLE

N'est rien moins qu'inhumaine; Dans le particulier elle oblige sans peine. Et son cœur, croyez-moi, n'est point roche après tout A quiconque la sait prendre par le bon bout ; Elle fait la sucrée, et veut passer pour prude ; Mais je puis en parler avecque certitude : Vous savez que je suis quelque peu du métier A me devoir connaître en un pareil gibier.

LÉANDRE

Célie?...

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