‹ Molière, 1622-1673Chapitre 39 sur 223 · ACTE TROISIEME. SCENE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME. SCENE TROISIEME

LELIE

Quoi?

LÊANDRE

Votre procédé de l'un à l'autre bout.

C'est de l'hébreu pour moi, je n'y puis rien comprendre.

LÉANDRE

Feignez, si vous voulez, de ne me pas entendre ; Mais, croyez-moi, cessez de craindre pour un bien Où je serais fâché de vous disputer rien : J'aime fort la beauté qui n'est point profanée. Et ne veux point brûler pour une abandonnée.

LÉLIE Tout beau, tout beau, Léandre.

LÉANDRE

Ah ! que vous êtes bon !

Allez^ vous dis-je encor, servez-la sans soupçon, Vous pourrez vous nommer homme h bonnes fortunes : Il est vrai, sa beauté n'est pas des plus communes; Mais en revanche aussi le reste est fort commun.

LÉLIE

Léandre, arrêtons là ce discours importun.

Contre moi tant d'efforts qu'il vous plaira pour elle ;

Mais surtout retenez cette atteinte mortelle :

Sachez que je m'impute à trop de lâcheté

D'entendre mal parler de ma divinité,

Et que j'aurai toujours bien moins de répugnance

A souffrir votre amour qu'un discours qui l'offense.

Ce que j'avance ici me vient de bonne part.

Quiconque vous Ta dit est un lâche, un pendard ; On ne peut imposer de tache à cette fille : Je connais bien son cœur.

LÉANDRE

Mais enfin, Mascarille D'un semblable procès est juge compétent; C'est lui qui la condamne.

LÉLIE Oui ?

LÉANDRE

Lui-même.

LÉLIE

Il prétend D'une fille d'honneur insolemment médire, Et que peut-être encor je n'en ferai que rire ! Gage qu'il se dédit.

LÉANDRE Et moi, gage que non.

LÉLIE

Parbleu, je le ferais mourir sous le bâton, S'il m'avait soutenu des faussetés pareilles.

LÉANDRE Moi, je lui couperais sur-le-champ les oreilles S'il n'était pas garant de tout ce qu'il m'a dit.

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