SCÈNE PREMIÈRE LÉLIE, MASCARILLE
MASCARILLE Vous voilà fagoté d'une plaisante sorte.
LÉLIE Tu ranimes par là mon espérance morte.
MASCARILLE
Toujours de ma colère on me voit revenir; J'ai beau jurer, pester, je ne m'en puis tenir.
LÉLIE
Aussi, crois, si jamais je suis dans la puissance,
Que tu seras content de ma reconnaissance,
Et que, quand je n'aurais qu'un seul morceau de pain.
MASCARILLE
Baste, songez à vous dans ce nouveau dessein ; Au moins si l'on vous voit commettre une sottise, Vous n'imputerez plus l'erreur à la surprise : Votre rôle en ce jeu par cœur doit être su.
LÉLIE Mais comment Trufaldin chez lui t'a-t-il reçu ?
MASCARILLE
D'un zèle simulé j'ai bridé le bon sire : Avec empressement je suis venu lui dire, S'il ne songeait à lui, que l'on le surprendroit, Que l'on couchait en joue, et de plus d'un endroit, Celle dont il a vu qu'une lettre en avance Avait si faussement divulgué la naissance ; Qu'on avait bien voulu m'y mêler quelque peu; Mais que j'avais tiré mon épingle du jeu, Et que, touché d'ardeur pour ce qui le regarde, Je venais l'avertir de se donner de garde. De là, moralisant, j'ai fait de grands discours Sur les fourbes qu'on voit ici-bas tous les jours ; Que, pour moi, las du monde et de sa vie infâme, Je voulais travailler au salut de mon âme, A m'éloigner du trouble et pouvoir longuement Près de quelque honnête homme être paisiblement ; Que, s'il le trouvait bon, je n'aurais d'autre envie Que de passer chez lui le reste de ma vie ; Et que même à tel point il m'avait su ravir Que, sans lui demander gages pour le servir, Je mettrais en ses mains que je tenais certaines Quelque bien de mon père et le fruit de mes peines, Dont, advenant que Dieu de ce monde m'ôtât, J'entendais tout de bon que lui seul héritât.