‹ Molière, 1622-1673Chapitre 53 sur 223 · ACTE aUATRIEME. SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

ACTE aUATRIEME. SCENE PREMIERE

MASCARILLE Je m'en vais là dedans donner le premier trait.

LÉLIE

Écoute, Mascarille, un seul point me chagrine : S'il allait de son fils me demander la mine?

MASCARILLE

Belle difficulté ! Devez-vous pas savoir Qu'il était fort petit alors qu'il l'a pu voir? Et puis, outre cela, le temps et l'esclavage Pourraient-ils pas avoir changé tout son visage?

LÉLIE

Il est vrai; mais, dis-moi, s'il connaît qu'il m'a vu, Que faire ?

MASCARILLE

De mémoire êtes-vous dépourvu ?

Nous avons dit tantôt qu'outre que votre image N'avait dans son esprit pu faire qu'un passage Pour ne vous avoir vu que durant un moment. Et le poil et l'habit déguisaient grandement.

LÉLIE

Fort bien ; mais, à propos, cet endroit de Turquie ?...

MASCARILLE Tout, vous dis-je, est égal : Turquie ou Barbarie.

LÉLIE

Mais le nom de la ville où j'aurai pu les voir?

MASCARILLE

Tunis. Il me tiendra, je crois, jusques au soir :

La répétition, dit-il, est inutile,

Et j'ai déjà nommé douze fois cette ville.

Va, va-t'en commencer; il ne me faut plus rien.

MASCARILLE

Au moins, soyez prudent, et vous conduisez bien ; Ne donnez point ici de l'imaginative.

LÉLIE

Laisse-moi gouverner. Que ton âme est craintive !

MASCARILLE

Horace : dans Bologne écolier ; Trufaldin : Zanobio Ruberti, dans Naples citadin ; Le précepteur Albert...

LÉLIE

Ah ! c'est me faire honte Que de me tant prêcher ; suis-je un sot, à ton compte ?

MASCARILLE Non, pas du tout, mais bien quelque chose approchant.

LÉLIE, seul.

Quand il m'est inutile, il fait le chien couchant;

Mais, parce qu'il sent bien le secours qu'il me donne,

Sa familiarité jusque-là s'abandonne.

Je vais être de près éclairé des beaux yeux

Dont la force m'impose un joug si précieux ;

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