ACTE QUATRIÈME. SCENE DEUXIEME
LÉLIE
En Turquie, à Turin.
TRUFALDIN
Turin ? Mais cette ville Est, je pense, en Piémont.
MASCARILLE, à pari.
0 cerveau malhabile !
(A Irufaldin.) Vous ne l'entendez pas : il veut dire Tunis, Et c'est en effet là qu'il laissa votre fils; Mais les Arméniens ont tous par habitude Certain vice de langue à nous autres fort rude : C'est que dans tous les mots ils changent nis en rin. Et, pour dire Tunis, ils prononcent Turin.
TRUFALDIN
Il fallait, pour l'entendre, avoir cette lumière. Quel moyen vous dit-il de rencontrer son père?
MASCARILLE
(A part.) (A Trufaldin, qui le voit gesticuler.) Voyez s'il répondra. Je repassais un peu Quelque leçon d'escrime ; autrefois en ce jeu Il n'était point d'adresse à mon adresse égale. Et j'ai battu le fer en mainte et mainte salle .
TRUFALDIN, à Mascarille.
Ce n'est pas maintenant ce que je veux savoir.
(A Lélie.) Quel autre nom dit-il que je devais avoir?
MASCARILLE
Ah! seigneur Zanobio Ruberti, quelle joie Est celle maintenant que le ciel vous envoie !
LÉLIE C'est là votre vrai nom, et l'autre est emprunté.
TRUFALDIN Mais où vous a-t-il dit qu'il reçut la clarté ?
MASCARILLE
Naples est un séjour qui paraît agréable ;
Mais, pour vous, ce doitêtre un lieu fort haïssable.
TRUFALDIN Ne peux-tu sans parler souffrir notre discours ?
LÉLIE Dans Naples son destin a commencé son cours.
TRUFALDIN Où l'envoyai-je jeune, et sous quelle conduite ?
MASCARILLE
Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite D'avoir depuis Bologne accompagné ce fils Qu'à sa discrétion vos soins avaient commis.
TRUFALDIN Ahl
MASCARILLE, bas.
Nous sommes perdus si cette entretien dure.