‹ Molière, 1622-1673Chapitre 7 sur 223 · ACTE PREMIER. SCENE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. SCENE QUATRIEME

CÉLIE

Autrefois j'ai connu cet honnête garçon ;

Et vous n'avez pas lieu d'en prendre aucun soupçon.

MASCARILLE

Est-ce là le seigneur Trufaldin ?

CÉLIE

Oui, lui même.

MASCARILLE

Monsieur, je suis tout vôtre, et ma joie est extrême

De pouvoir saluer en toute humilité

Un homme dont le nom est partout si vanté.

TRUFALDIN Très humble serviteur.

MASCARILLE

J'incommode peut-être ; Mais je l'ai vue ailleurs, où m'ayant fait connaître Les grands talents qu'elle a pour savoir l'avenir. Je voulais sur un point un peu l'entretenir.

TRUFALDIN Quoi ! te mêlerais-tu d'un peu de diablerie ?

CÉLIE

Non, tout ce que je sais n'est que blanche magie.

Voici donc ce que c'est. Le maître que je sers Languit pour un objet qui le tient dans ses fers ; Il aurait bien voulu du feu qui le dévore Pouvoir entretenir la beauté qu"il adore ;

i8 LETOURDl

Mais un dragon veillant sur ce rare trésor,

N'a pu, quoi qu'il ait fait, le lui permettre encor,

Et, ce qui plus le gêne et le rend misérable,

Il vient de découvrir un rival redoutable ;

Si bien que, pour savoir si ses soins amoureux

Ont sujet d'espérer quelque succès heureux,

Je viens vous consulter, sûr que de votre bouche

Je puis apprendre au vrai le secret qui nous touche.

CÉLIE Sous quel astre ton maître a-t-il reçu le jour ?

MASCARILLE Sous un astre à jamais ne changer son amour.

CÉLIE

Sans me nommer l'objet pour qui son cœur soupire,

La science que j'ai m'en peut assez instuire :

Cette fille a du cœur, et dans l'adversité

Elle sait conserver une noble fierté ;

Elle n'est pas d'humeur à trop faire connaître

Les secrets sentiments qu'en son cœur on fait naître ;

Mais je les sais comme elle, et, d'un esprit plus doux,

Je vais en peu de mots vous les découvrir tous.

MASCARILLE O merveilleux pouvoir de la vertu magique !

CÉLIE

Si ton maître en ce point de constance se pique, Et que la vertu seule anime son dessein, Qu'il n'appréhende pas de soupirer en vain : Il a lieu d'espérer, et le fort qu'il veut prendre N'est pas sourd aux traités, et voudra bien se rendre.

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