‹ Molière, 1622-1673Chapitre 75 sur 223 · SCÈNE VIII CÉLIE, HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII CÉLIE, HIPPOLYTE

HIPPOLYTE

Depuis votre séjour, les dames de ces lieux

Se plaignent justement des larcins de vos yeux ;

Si vous leur dérobez leurs conquêtes plus belles,

Et de tous leurs amants faites des infidèles,

Il n'est guère de cœurs qui puissent échapper

Aux traits dont à l'abord vous savez les frapper ;

Et mille libertés à vos chaînes offertes

Semblent vous enrichir chaque jour de nos pertes.

Quant à moi, toutefois, je ne me plaindrais pas

Du pouvoir absolu de vos rares appas.

Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,

Un seul m'eût consolé de la perte des autres.

Mais qu'inhumainement vous me les ôtiez tous.

C'est un dur procédé dont je me plains à vous.

CÉLIE

Voilà d'un air galant faire une raillerie ;

Mais épargnez un peu celle qui vous en prie :

Vos yeux, vos propres yeux, se connaissent trop bien

Pour pouvoir de ma part redouter jamais rien ;

Ils sont fort assurés du pouvoir de leurs charmes,

Et ne prendront jamais de pareilles alarmes.

HIPPOLYTE

Pourtant en ce discours je n'ai rien avancé Qui dans tous les esprits ne soit déjà passé; Et, sans parler du reste, on sait bien que Célie A causé des désirs à Léandre et Lélie.

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