‹ Molière, 1622-1673Chapitre 77 sur 223 · MASCARILLE, CÉLIE, HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

MASCARILLE, CÉLIE, HIPPOLYTE

MASCARILLE

Grande, grande nouvelle, et succès surprenant. Que ma bouche vous vient annoncer maintenant!

CÉLIE Qu'est-ce donc ?

MASCARILLE

Écoutez, voici sans flatterie...

CÉLIE Quoi?

MASCARILLE

La fin d'une vraie et pure comédie.

La vieille Égyptienne, à l'heure même...

' CÉLIE

Eh bien?

MASCARILLE

Passait dedans la place, et ne songeait à rien.

Alors qu'une autre vieille assez défigurée.

L'ayant de près, au nez, longtemps considérée,

Par un bruit enroué de mots injurieux

A donné le signal d'un combat furieux [ches,

Qui pour armes, pourtant, mousquets, dagues ou flè-

Ne faisait voir en l'air que quatre griffes sèches.

Dont ces deux combattants s'efforçaient d'arracher

Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair.

On n'entend que ces mots : chienne, louve, bagasse 1

D'abord leurs scoffions ont volé par la place.

Et, laissant voir à nu deux têtes sans cheveux,

Ont rendu le combat risiblement affreux.

Andrès et Trufaldin, à l'éclat du murmure,

Ainsi que force monde, accourus d'aventure,

Ont à les décharpir eu de la peine assez,

Tant leurs esprits étaient par la fureur poussés.

Cependant que chacune, après cette tempête,

Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête.

Et que l'on veut savoir qui causait cette humeur,

Celle qui la première avait fait la rumeur.

Malgré la passion dont elle était émue.

Ayant sur Trufaldin tenulongtemps la vue :

Page 1