SCÈNE IV ET DERNIÈRE
LE ROI, MOLIÈRE, PERSONNAGES, composant la cour.
LE ROI, s'adressant à ceux qui viennent d'entrer. Croiriez-vous bien, Messieurs...
{Offrant une aile de volaille à Molière).
Celte aile... Voulez-vous Du lait chaud pour calmer votre maudite toux ? Vous faites à Chambord, dit-on, fort pauvre chère;
go MOLIERE A CHAMBORl).
Mais j'aurai soin de vous... voire santé m'est chère. {S' adressant à la cour). {A Molière).
Croiriez-vous bien... Un peu de ce blanc de poulet...
{Aux huissiers).
Mais vous toussez toujours... J'ai demandé du lait!
{A la cour).
Croiriez-vous qu'à Molière on ail fait l'avanie De trouver qu'il n'est pas de bonne compagnie Pour manger au château! Mes gens n'en veulent pas, Et Molière h l'écart prend ses tristes repas. Ils croiraient déroger, commensaux de Molière ! Je suis moins dédaigneux : ma table familière Le reçoit aujourd'hui. Je veux montrer à tous L'estime où je le liens. Hé ! Messieurs, savez-vous Qu'honorant le génie on s'honore soi-même ? Moi, j'admire Molière à la fois et je l'aime.
MOLIÈRE
Sire !..
LE ROI
Que je vous fasse enfin mon compliment Sur votre comédie... un ouvrage charmant.
PREMIER DUC
Charmant !
SECOND DUC
Charmant!
LE MARQUIS
Charmant !
MOLIÈRE
Sire !..
DE ROI
Charmant, vous dis-je :
D'esprit et de gailé c'est vraiment un prodige.
PREMIER DUC
Un prodige !
ACTK IV, SCENIi IV. (^ |
LE MARQUIS
Molière esl le roi des auteurs.
LE ROI , bas à Molière.
Je l'avais dit ; voyez, vous avez des flatteurs. (Haut).
Que de goût et de sens ! de fine moquerie ! Quoiqu'on en ait, il faut de force que l'on rie.
PREMIER DUC
Que l'on rie, en effet...
SECOND DUC
El de force !..
LE MARQUIS
il le faut.
PREMIER DUC
Quoiqu'on en ait.
LE MARQUIS
La pièce est vraiment sans défaut.
LE ROI
Doucement ! L'auteur paie à l'humaine faiblesse Son tribut: il a trop maltraité la noblesse, Et Dorante...
PREMIER DUC
En effet, un comte! un comte enfin !,..
SECOND DUC
Un comte dont Molière a fait un aigrefin !
^ LE MARQUIS
Si c'est une licence elle esl un peu hardie !
MOLIÈBE.
Une licence 1 non, non ! pour la comédie
FusUger les travers est un droit tout acquis.
Vous croyez qu'elle en veut aux ducs, comtes, marquis?
Non : elle en veut à l'homme, au vice, au ridicule...
Mais devant aucun rang sa gaité ne recule.
Pour détourner les traits dont l'arme la raison,
Il nous faut des vertus... et non pas un blason !
Je m'embarrasserais d'un titre! à Dieu ne plaise !
Grâce à l'appui du roi, Messieurs, je puis à l'aise
Me prendre h toutes gens, et quand devant mes pas
Je trouve un... fût-il duc, je ne m'arrête pas.