ACTE I, SCÈNE VI
dans les choses qui me préoccupent. Vous savez bien que je n’ai qu’une passion, celle du théâtre ; que j’y ai tout sacrifié , mes parents, mon avenir et moi-mème. Héritier d’un certain fonds de commerce et d’une charge assez lucrative dans la maison du roi, fils de famille, avocat... diplômé, s’il vous plaît, ne m’avez-vous point vu quitter tout pour m’attacher à une profession misérable et que le monde considère comme dégradante? J’y fus poussé par une force inconnue, par un entêtement de ma destinée encore plus que de ma volonté, et encore que je ne voie point la fin de mes traverses, de mes fatigues et de mon obscurité, rien ne me fera renoncer à mon dessein ; j’y veux donner tout mon temps, toutes mes veilles , toutes mes pensées ; je ne me laisserai distraire ni par les sentiments du cœur, ni par les charges de la famille. Vous voyez donc bien que je ne me dois point marier, à moins que je ne devienne fort riche et fort célèbre, (Souriant.) ce qui n’est point vraisemblable, que vous en semble ?
MAGDELEINE
Je sais vos résolutions, et me suis associée à vos intérêts sur ce pied que nous ne devions nous marier ni l’un ni l’autre ; mais à ce compte-là, Molière, vous ne devez point aimer ma sœur, et j’ai sujet d’en être inquiète.
. Non, Magdeleine, vous n’avez point sujet de l’être, car je suis un galant homme, et vous le savez bien.
MAGDELEINE
Vous me donnez votre parole sérieuse et réfléchie que vous verrez toujours Armande avec les yeux d’un frère?
Oui , ma bonne amie, recevez-la devant Dieu.
MAGDELEINE
J’y crois, et j’y compte.
Brécourt, derrière le théâtre.
Molière ! hé Molière ! (Molière va vers lui.)
MAGDELEINE, h part.
J’y crois, j’y compte, et cependant je souffre.