ACTE II, SCÈNE II
attire à ses fêtes; il l’enivre de ses séductions, il l’écrase de sa magnificence, il abaisse l’orgueil des châteaux, et fait ramper à ses pieds, en costume de baladins, ces fiers seigneurs qui se croyaient ses pairs dans leurs provinces, et qui s’habituent désormais à s’effacer comme de petites étincelles dans les rayons du soleil de Versailles.
Tu vois juste, Molière : la splendeur du roi efface celle des grands et prépare peut-être celle des petits ! La jeune noblesse rit à ses fêtes, parce que la jeunesse s’amuse même de ce qui la tue ; mais les vieux frondeurs ne s’y méprennent point et mordent leur moustache grise, en accusant tout bas le roi de ne protéger que les vilains.
DUP ARC
Je vous accorde ceci, car la chose est assez visible, mais prenez garde que le roi n’ait pas aussi bon marché des bigots que des ambitieux; les courtisans drapés dans 1 q M isanthrope ont été forcés d’avaler la pilule, mais trop de gens se reconnaîtront dans Tartufe , et ceux-ci perdront Molière dans l’esprit du roi, en attendant qu’ils perdent le roi dans l’esprit du peuple. ( Us vont pour se disputer. Molière les sépare.)
BRÉCOURT
Tu vois toujours les choses en noir.
DUPARC
Je les vois comme elles sont.
Que Dieu nous protège , mes amis , et remplissons notre tâche ; un roi nous encourage à dire la vérité, disons-la, dussions-nous la payer cher, et dût-il nous désavouer un jour.
(On entend les fanfares au dehors un moment, et elles continuent en sourdine !i l’orchestre )