‹ Molière; drama en cinq actesChapitre 46 sur 101 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

ARMA N DE, pensive.

Vous avez bien de la vertu dans l’amitié. Cette vertu-là serait inquiétante pour qui serait tenté de vous aimer !

BARON

Que voulez-vous dire, Armande? Armandel si vous m’aimiez, vous!

ARMANDE

Eh bien ! si je vous aimais, et si Molière avait jeté la vue sur moi, est-ce que la douleur de Molière éconduit ne vous empêcherait pas d’apprécier votre bonheur?

BARON

Eh bien! parlez-moi de Molière, et dites-moi que vous l’aimez.

ARMANDE

C’est encore autre chose ; vous n’avez pas deux idées de suite, Baron ! La question était de savoir si j’étais aimée de Molière, et si, dans ce cas, vous deviez renoncer à moi...

baron, accablé.

Prononcez donc mon arrêt : vous aime-t-il ?

ARMANDE, le regardant attentivement .

Vous êtes brave comme un preux. Vous voilà tout prêt à être guéri de votre flamme, si je dis oui? Vous ne m’aimez guère !

BARON

Guéri ! vous dites que je serai guéri ! la mort guérit en effet tous les maux...

armande,, riant.

Ah ! Baron, si vous me dites que vous en mourrez, me voilà forcée de ne vous point laisser mourir, pour peu que je ne sois point une tigresse, et alors, tant pis pour Molière !...

BARON

Armande, vous me tuez! Oui, oui , souriez avec dédain, moquez-vous, trouvez-moi ridicule. Dites que les amoureux parlent toujours de leur mort. Cherchez dans ma faiblesse des armes pour me mépriser... Mais vous avez ri trop tôt, et si je suis malheureux plus que je ne puis le dire, du moins je ne suis pas encore trop coupable... Ne riez donc pas, Armande, je ne suis point un lâche !... je suis un homme que vous voulez briser, et qui succombera peut-être sous sa douleur, mais non pas SOUS votre caprice ! (11 sort avec impétuosité par la droite.)

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