‹ Molière; drama en cinq actesChapitre 48 sur 101 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

retiré, qui convient mieux à un homme fatigué de campagnes et de voyages que l’éclat des fêtes royales... Mais voilà mademoiselle votre sœur, si je ne me trompe.

A R M A N D E , le reconnaissant.

Monsieur le prince de Condé !

CONDÉ

Pardonnez-moi, si, après les années écoulées sans vous voir, je ne vous ai pas reconnue tout d’abord ; ces années-là vous ont fait gagner en agréments ce qu’elles m’ont fait perdre.

ARMANDE, avec minaudrie.

Oh ! monseigneur, j’ai toujours ma bague ; elle ne m’a jamais quittée 1

CONDÉ

Je VOUS en rends mille grâces. (Il lai baise la main , et dit à part après l’avoir regardée.) Toujours la même personne, naïveté bien étudiée ! (Hant.) Vous devez être aujourd’hui une actrice accomplie, on le dit partout. (Se tournant vers Magdeleine.) On le dit de vous deux.

MAGDELEINE

Nous faisons de notre mieux, pour mériter les distinctions que le roi accorde à la troupe de Molière.

CONDÉ, à Magdeleine.

Savez-vous bien, mademoiselle, que lorsque le bruit, de la gloire de Molière m’est venu trouver partout, dans le tumulte des camps comme dans la retraite, je n’ai pas été surpris le moins du monde ?

ARMANDE

Votre Altesse s’est rappelé que ce nom appartenait à un homme qu’elle avait rencontré pour un moment en voyage?

CONDÉ

Ce voyage-là, mademoiselle, a trop marqué dans ma vie,

pour que j’aie pu l’oublier ; je fis cent vingt lieues, presque seul à travers des pays hostiles, et dans un moment où ma tète était mise à prix. Eh bien, je ne fus reconnu que par un seul homme, lequel, par grande loyauté et générosité, ne me voulut point trahir, encore qu’il ne fût point de mon parti et qu’il blâmât mon entreprise. Cet homme, c’était Molière, le divin Molière, qui faisait alors dans le monde une assez pauvre figure , mais en qui je ne sais quels airs de franchise et de grandeur, me firent pressentir un homme au-dessus du commun; Molière, dont on peut dire aujourd’hui que, si Corneille est le Bréviaire des rois, il est lui, le Bréviaire de tous les hommes.

MAGDELEINE

Ah ! que Molière ne peut-il entendre les paroles de Votre Altesse! je les veux retenir pour les lui dire.

ARMANDE

En vérité, je ne le croyais point si célèbre ! je voyais bien qu’il divertissait agréablement la cour et la ville, mais je n’aurais point pensé qu’on parlât de lui dans tous les pays que Votre Altesse a parcourus, ni que sa renommée fût aussi chère qu’elle l’est au grand Condé.

CONDÉ

C’est que, vivant au foyer même de cet astre, vous ne pouvez point voir jusqu’où ses rayons s’étendent ; et puis, c’est le propre de la jeunesse et de la beauté d’ètre fièros d’ellesméme, et de ne vouloir briller que de leur propre éclat. Mais j’entends un grand mouvement , c’est peut-être que la comédie finit.

MAGDELEINE

Oui, monseigneur. Molière vient se reposer ici pour un moment avant le ballet ; je cours lui dire...

CONDÉ

Non, de grâce, laissez-moi aller avec vous ; je le veux em-

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